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Un film de Sophie Scoukens (Belgique–Allemagne)

"Marieke" Sortie en salles le 28 mars 2012

Marieke est une jeune fille de vingt ans. Elle travaille sans plaisir dans une chocolaterie, vit avec sa mère et, pour ce qui est de l’ amour, montre un net penchant pour les hommes d’âge mûr.

Auprès d’eux, elle retrouve, le temps d’un instant ou d’une nuit, les souvenirs de la tendresse de son père disparu.

Au cours des moments d’intimité qu’elle passe avec ces hommes, Marieke photographie des parties de leurs corps, leurs mains, leurs pieds, un carré de peau, leurs fesses, leurs sexes et à l’aide des clichés, elle tente par la suite, de reconstituer un corps ou une portion de corps cohérents.

Sa rencontre avec Jacoby, à la fois ami de son père et éditeur de ses livres, et la découverte, grâce à lui, de la maison qu’ils habitaient autrefois et que sa mère tenait pour détruite, vont raviver des souvenirs d’enfance enfouis et lui permettre de découvrir la vérité sur la mort de son père.

En opposition à sa mère dont elle pense qu’elle l’a trahie mais qui, en fait, souffre de non-dits reconduits, Marieke va quitter l’appartement familial et vivre d’un endroit à un autre, une galère qui s’avérera salvatrice.

"Marieke" trace sans beaucoup d’originalité le portrait d’une jeune fille en train de devenir une adulte et qui, pour cela, a besoin de guérir de ses blessures d’enfance.

Elle a entrepris l’édification d’un puzzle avec les parcelles de l’anatomie masculine qu’elle vole à ses partenaires, le plus souvent pendant leur sommeil.

Parviendra-t-elle à reconstituer le portrait de l’homme idéal qui lui fera rencontrer l’amour ? Celui de ce père dont la disparition est un mystère et une souffrance ?

On ne peut pas dire que dans sa démarche initiale, le film de Sophie Scoukens souffre d’un excès d’originalité. La difficulté d’accéder à l’état d’adulte, les chemins qui s’ouvrent pour y parvenir et ceux qu’il faut contourner, les obstacles que représentent pour l’évolution, les secrets de famille, la difficulté de communiquer entre une mère et sa fille, la souffrance qui en résulte, sont autant de sujets qui, pris isolément ou regroupés comme ici, ont habité de nombreux films.

Ici, la singularité du sujet et du traitement repose sur le personnage de Marieke et de son attirance pour les hommes d’âge mûr. La supériorité naturelle qu’elle opère sur ses partenaires fragilisés dans leur relation amoureuse par l’âge la font avancer sur un parcours sans obstacles, dans la sérénité d’une douce domination.

Les vieux hommes ont laissé derrière eux toute trace de machisme et leur douceur en fait des partenaires interchangeables.

Marieke est une jeune fille gourmande et joueuse. Elle vit pleinement, comme quelque chose de libérateur et de chaleureux, des moments d’amour qui pansent à chaque fois ses plaies sans arrière-pensées négative ou tourment.

Il y a des moments de grâce dans ce film, d’une grande tendresse et Hande Kodja qui joue Marieke exprime avec beaucoup de nuances, le mélange de force et de fragilité qui vont de front, dans un travail de construction.

Francis Dubois

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