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Un film de Neeraj Ghaywan (Inde)

"Masaan" Sortie en salles le 24 juin 2015.

Sur les bords du Gange, la ville sainte de Bénarès punit cruellement ceux qui s’écartent de la tradition morale.

Deepak, un jeune homme pauvre, est coupable d’être tombé amoureux d’une jeune fille qui n’est pas du même milieu social que lui.

Devi, une jeune étudiante à la dérive est surprise dans une chambre d’hôtel avec un garçon. Elle est poursuivie par le souvenir de la disparition de son premier amant et par le danger qui la menace désormais.

Pour tirer Devi du mauvais pas où elle s’est fourvoyée, Pathak, son père laisse de côté le sens moral qui était sa ligne de conduite pour céder au harcèlement d’un policier corrompu.

Pour réunir une somme d’argent exorbitante, il va exploiter Jontha, un jeune enfant en mal de famille qui va risquer sa vie pour lui.

Ces personnages en quête d’un avenir meilleur, écartelés entre le tourbillon de la modernité et la fidélité aux traditions, vont être amenés à se croiser.

Une histoire aura des conséquences déterminantes sur l’autre…

Cinéma : Massan

Bien que la société en Inde soit en pleine mutation, que la femme indienne soit cultivée, puisse exercer un métier et être financièrement indépendante, ce qui touche au mariage n’a guère changé.

Le mariage, au même titre que d’autres étapes de la vie, sont régies par des règles émanant de textes religieux et de traditions ancestrales solidement ancrées et reconduites.

Transgresser les règles expose à des sanctions lourdes qui se traduisent par la notion de déshonneur, un rejet de la société et de la famille, des mises à l’écart, véritables ostracisations aux conséquences parfois extrêmes pouvant amener jusqu’au suicide.

Internet, Facebook et autres sites de rencontres sont très prisés par les jeunes dans un pays partagé entre la modernité liée aux nouvelles technologies et traditions millénaires

A travers les deux personnages principaux du récit, Neeraj Ghayway dresse un portrait d’une certaine jeunesse indienne et celui d’une société qui creuse un gouffre entre les différentes classes sociales.

Avec le personnage de Pathak, le père de Devi, le film dévoile le rituel autour du ghat. La ghat désignant les escaliers aménagés qui mènent aux berges du fleuve où ont lieu les baignades, les prières ainsi que les nombreuses crémations quotidiennes.

Vârânasi compte une centaine de ghats dont certains sont la propriété privée de familles fortunées Y sont pratiquées environ 30 000 crémations par an.

"Masaan ", sorte de récit choral où les destins des personnages sont liés les uns aux autres par des fils ténus, est une fiction prétexte à la peinture de la société indienne.

Mais le film a également une valeur documentaire.

Le lien entre les deux genres cinématographiques est d’une fluidité telle que si la fiction prédomine, elle laisse un éclairage suffisant sur la peinture plus générale de la société

Avec " Masaan" . Le cinéma indien marque son émancipation par rapport aux productions illustrées par Bollywood, aux tonalités "kitsch" et enfiévrées.

Très loin des clichés, le film de Neeraj Ghaywan est en plus une œuvre personnelle et forte, exempte de tout pathos.

Francis Dubois

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