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Un film de Carlos Lechuga (Cuba-France-Panama)

"Melaza" Sortie en salles le 16 avril 2014.

Monica et Aldo vivent à Melaza, une ville cubaine économiquement dévastée depuis que son industrie sucrière a disparu.

Ils mènent une vie des plus modeste avec, sous le même toit, une grand-mère en fauteuil roulant qui vend à la sauvette des beignets qu’elle confectionne et une adolescente, fille que Monica a eue d’une précédente union.

Chaque matin, Monica et Aldo empruntent la main dans la main la grand rue pour se rendre à leur travail. Elle est gardienne de la fabrique de rhum désaffectée alors qu’Aldo enseigne à quelques enfants.

Certains soirs, ils louent leur habitation à Marquez, un notable, mari infidèle, qui abrite chez eux ses amours d’occasion, contre rétribution.

Lorsque la police locale découvre la manœuvre, Monica et Aldo se voient infliger une amende qui met en péril l’économie de leur foyer.

Comment payer l’amende dans les délais sans avoir recours à un autre trafic ?

A partir du portrait d’une famille ordinaire, d’un couple amoureux confronté à des difficultés financières sans cesse menaçantes, Carlos Lechuga construit une comédie dramatique qui témoigne de la réalité d’un pays saisi par l’étau de la crise économique et qui voit disparaître les petites industries locales.

Bien qu’ayant chacun un travail et appartenant à un pan de la société cultivée (Aldo propose des cours d’anglais aux élèves de l’école, Monica est soucieuse de transmettre à sa fille ses connaissances) les deux jeunes gens ne parviennent pas à joindre les deux bouts.

Aldo, le plus audacieux des deux, envisage de risquer le tout pour le tout et de se lancer dans le trafic de viande douteux qu’on lui propose et Monica finit par envisager de se vendre occasionnellement à Marquez, la mort dans l’âme.

Comment vivre à Melaza (et ailleurs dans le monde) honnêtement et sans perdre son intégrité quand la crise économique sévit et qu’il ne suffit plus d’avoir un travail pour subsister ?

Le film de Carlos Lechuga qui se limite au constat, n’a pas de réponse.

Mais le récit est soutenu par l’énergie naturelle des personnages, à défaut d’optimisme.

Pour Aldo et Monica, la vie est là et leur quotidien est ponctué de petits moments de quiétude qui les renvoient à la savoureuse réalité de leur amour, même si la menace leur fait mesurer le passage étroit d’un bonheur à tout prix.

Ni pathos, ni misérabilisme. Les personnages avancent les yeux grands ouverts dans la pénombre du lendemain.

Suffit-il pour résister au pire de réduire de l’instant présent son seul avenir ?

Peut-il y avoir dans la résignation, une part de combat ?

Francis Dubois

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