US Magazine 758 du 9 janvier 2016

Microsoft-France éducation nationale : partenariat indigne

Fin novembre, le ministère a signé un accord de 13 milliards d’euros sur 18 mois avec Microsoft qui permettra à l’éditeur de s’immiscer comme jamais dans l’École. Du jamais vu !

Formation, traitements de données d’expérimentations du ministère, participation à la mise en place des programmes du collège, fourniture (payante ?) de logiciels, conseil en organisation et déploiement de solutions… Cet accord, non exclusif, met à mal le principe de neutralité (et donc de laïcité) de notre système éducatif, tout en tournant le dos à la volonté du gouvernement Ayrault de favoriser l’utilisation des solutions libres. La formation portera en effet sur les produits Microsoft, notamment Office, sans parler de l’accompagnement d’enseignants qui opteront pour les « solutions mobiles utilisant les technologies Microsoft en classe ». Qu’achèteront donc ensuite les élèves ainsi formés ? Et que dire du livre blanc destiné à l’apprentissage du code, qui s’ajoutera aux formations « à l’animation des cours d’initiation au code » ? La formation continue est confiée à un opérateur privé !

Flatteries et corruption

On y apprend aussi que chefs d’établissement et cadres académiques sont « le maillon le plus important de la chaîne éducative ». Ils sont 2 500 à être concernés par « l’accompagnement (...) pour la réussite du changement numérique des établissements ».

Le ministère joue aussi les entremetteurs : Microsoft apportera un « support financier, technique, opérationnel et commercial aux (...) acteurs français de l’e-Éducation », s’ils utilisent Windows. Ainsi les éditeurs pourront « intégrer leurs manuels numériques à Office 365 Éducation » ! On achète la licence pour un an, et on a gratuitement un manuel scolaire...

Aucun ministre n’est jamais allé aussi loin dans un accord entre l’Éducation nationale et une entreprise privée. Alors que la neutralité de l’École n’a jamais été autant au centre des réflexions, cet accord doit être dénoncé. C’est la porte ouverte à une privatisation partielle du système éducatif !

Le SNES-FSU est signataire de l’appel ­initié par l’APRIL(1), un partenariat indigne des valeurs affichées par l’Éducation nationale(2).

Jean-François Clair

(1) Association pour la promotion et la recherche en informatique libre.
(2) www.april.org/microsoft-educ-nat-partenariat-indigne.

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