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"Moi qui ai servi le roi d’Angleterre" un film de Jiri Menzel - Tchéquie/Slovaquie 2007 - sortie en salles le 7 mai

Jiri Menzel et l’écrivain Bohumil Hrabal n’en sont pas à leur première collaboration. Dans les années 60, pour Petites perles au fond de l’eau, un film tiré de plusieurs nouvelles de l’auteur, Menzel alors cinéaste débutant, avait, en participation avec d’autres réalisateurs plus chevronnés, réalisé La mort de Monsieur Balthazar, un film court remarqué à sa sortie. Ce premier succès à permis à Jiri Menzel de réaliser, toujours en adaptant une nouvelle de Hrabal, un film couronné notamment par l’Oscar du meilleur film étranger en 1968, Trains étroitement surveillés.
Deux autres collaborations suivront : Vends la maison où je ne veux plus vivre tourné pendant le printemps de Prague, et Alouettes, le fil à la patte immédiatement interdit, sorti vingt ans plus tard et couronné par l’Ours d’or à Berlin en 1990.
Dès les premières années de l’Occupation soviétique, Jiri Menzel et Bohumil Hrabal reçoivent l’interdiction de travailler ensemble. Il faudra attendre 1980 pour qu’ils puissent faire La chevelure sacrifiée, un film primé à Venise et qui rencontre alors un énorme succès en Tchécoslovaquie.
Resté un grand admirateur de l’écriture de Hrabal, Jiri Menzel réalise en 2007 l’adaptation du roman qu’il considère comme une des meilleures histoires de l’auteur, Moi qui ai servi le Roi d’Angleterre. Un roman que Hrabal a écrit dans l’urgence, inspiré de la pression permanente dont il a été l’objet pendant la période de normalisation consécutive au Printemps de Prague.

Jan Dite quitte la prison de Prague où il vient de purger une peine de quinze ans pour avoir accumulé, du temps où il était chef de rang dans un grand restaurant, une fortune personnelle. Il trouve refuge dans un village dont les habitants ont été chassés après la seconde guerre mondiale et que les allemands ont déserté à l’armistice. Il se souvient de la période où, jeune homme espiègle, il avait le projet de devenir millionnaire.
Dans son film, Jiri Menzel assortit l’espiègle comportement de Jan Dite, ses insolences de chanceux chronique, ses mimiques et sa gestuelle dignes des grands burlesques, d’une narration fantaisiste à la fois réaliste mais toujours prête à mordre sur le champ onirique. Aux tables somptueuses succèdent des scènes d’amour poétiques où le corps des femmes se transforment en tableaux vivants recouverts de fleurs ou de victuailles, où la mise en scène prend parfois, à force de fluidité, des allures de chorégraphie. La vie de Jan Dite, à sa sortie de prison, est plus sobre et rustique mais cette partie du film ne se prive aucunement du même lyrisme même s’il est, cette fois teinté de nostalgie. Les belles envolées poétiques ne nous ramènent que mieux à une réalité empreinte de gravité. Ni quinze années de détention, ni de multiples épreuves dues au régime de l’époque n’auront réussi à altérer l’optimisme et le plaisir de vivre du personnage.
Sorti en 2007 dans les salles en République Tchèque, Moi qui ai servi le Roi d’Angleterre a rencontré un énorme succès critique et public.
Le film a concouru pour l’Oscar du meilleur film étranger.
Une œuvre somptueuse, changeante d’une scène à l’autre, tonique, nostalgique et optimiste, colorée et ombragée comme le cheminement d’une vie.
Francis Dubois

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