Mandats

Motion SNES LR Congrès 2001 (Strasbourg)

1. LES RAISONS D’ENSEIGNER LES LANGUES REGIONALES ­

Elles font partie du patrimoine et de l’identité nationale à la fois au titre des liens historiques qui unissent un grand nombre de ces langues à la langue française et au titre des culture régionales passées et présentes dont elles sont le témoin et l’expression.
­ Elles participent de la diversité constitutive de l’identité nationale.
­ Beaucoup d’entre elles ont des liens, des filiations, avec les langues de nos proches voisins et sont une façon d’accéder plus facilement à leur culture ; certaines sont des langues couramment parlées dans quelques unes des régions des pays voisins.
­ Elles permettent de profiter de formes originales de bilinguisme qui favorisent, comme il est maintenant admis par les linguistes, l’apprentissage des langues vivantes chez les enfants.
­ Beaucoup de familles sont très attachées à ces langues comme repère d’une identité culturelle spécifique au sein de la nation à l’heure où la standardisation des pratiques culturelles pèse à l’excès sur les mentalités et les comportements ; ces familles réclament que l’Education nationale prenne mieux en compte ces préoccupations et offrent un enseignement de ces langues de bonne qualité.
­ Dans les DOM-TOM, c’est encore plus que cela qui se joue : tahitien, langues mélanésiennes, créoles, constituent des enjeux politiques, culturels et sociaux que la République ne peut ignorer et qui sont liés très directement au statut et à l’avenir de ces départements et territoires. Elle ne peut pas non plus ignorer le droit à l’autodétermination des populations des DOM-TOM notamment sur la question des langues régionales.

2. LES CONCEPTIONS ANTAGONISTES

Il faut cependant clarifier les conceptions et éviter les pièges tendus aussi bien par le culte des particularismes et des réflexes identitaires que par des conceptions uniformisantes de la culture au nom de l’unité nationale.
­ Apprendre les langues régionales, ce n’est pas se replier sur un passé révolu et un patrimoine mort : la conservation des langues de France doit aller de pair avec la création culturelle contemporaine.
­ Ce n’est pas non plus exacerber des sentiments régionalistes qui pourraient, à terme, menacer l’identité nationale : nombre d’élus, qui ne sont pas tous d’extrême droite, sont tentés, au nom des spécificités régionales, de faire éclater les cadres constitutifs de la République et des services publics qu’elle a mis en place, et s’exonèrent des règles qui régissent le service public d’enseignement.

3. LES PROJETS DE CIRCULAIRES SUR L’ENSEIGNEMENT DES LANGUES ET CULTURES REGIONALES

Le projet intitulé " programme de développement de l’enseignement des langues et cultures régionales à l’école, au collège et au lycée " s’appuie sur d’excellents principes, notamment le principe de continuité de l’enseignement de l’école au lycée. Cependant, il nous semble esquiver la question d’un développement de ces langues hors des territoires où elles sont ou étaient parlées. Les mouvements de population et la concentration urbaine obligent à concevoir l’offre d’enseignement en langue régionale de façon diversifiée dans les grandes villes. Par ailleurs, il accroche trop l’enseignement de ces langues aux relations frontalières. La réalité est diverse et plusieurs langues régionales n’ont pas de lien direct avec des langues parlées ailleurs en Europe. C’est ce souci excessif qui a transformé par exemple les parlers alsaciens en allemand ; transformation vivement contestée par nombre de locuteurs alsaciens. Il faudrait bien préciser que la langue régionale peut être dorénavant choisie au titre de la langue vivante 1, et que ce choix peut donc se prolonger sur l’ensemble du cursus secondaire.
Une politique volontariste de développement des options dans les lycées nous semble particulièrement manquer dans le projet de circulaire, pour rendre crédibles les évolutions.
Nous souhaitons que les travaux du futur conseil académique des langues régionales soient examinés en CTP systématiquement puisqu’ils ont nécessairement une incidence sur la répartition des moyens horaires. Nous sommes assez sceptiques sur l’efficacité d’une nouvelle instance alors même que celles qui existent seraient plus à même de réfléchir à une politique globale des langues vivantes (CAEN, CDEN, CTP).
Nous sommes extrêmement étonnés, s’agissant du recrutement des maîtres, de voir réapparaître une validation de compétence " attestée par l’examen d’aptitude pédagogique à l’enseignement de la langue régionale concernée ou par la mission d’inspection pédagogique régionale ". Ce dispositif existait antérieurement à la création des CAPES de langues régionales. Ils n’ont maintenant plus lieu d’être.
Puisque de nombreux besoins ne sont pas couverts, il conviendrait d’augmenter le nombre de postes aux concours, de créer des inspections pédagogiques régionales et des agrégations.
Nous souhaitons aussi que soit supprimée la référence au " service annuel " des enseignants certifiés. Ces enseignants ont un calcul de service hebdomadaire. Une simple circulaire ne peut prévaloir sur un décret. S’agissant des interventions dans les écoles maternelles ou élémentaires, il ne peut s’agit que d’une démarche fondée sur le volontariat et non d’une obligation. Ces deux points sont, pour nous, extrêmement importants. On ne voit pas pourquoi ces enseignants seraient soumis à des obligations particulières. S’ils veulent participer à des travaux interdisciplinaires ou à des interventions dans le cadre des cours d’autres disciplines, c’est au projet d’établissement de le prévoir et non à une circulaire ministérielle. En ce qui concerne la formation des maîtres, la position du SNES n’est pas arrêtée. Le problème principal lié au développement des sections bilingues est celui de la qualification des enseignants des disciplines non linguistiques en langue régionale.
Il convient d’approfondir notre réflexion et de prendre position afin de garantir une formation de qualité aux jeunes des sections bilingues des collèges et des lycées.
Nous rappelons enfin qu’une politique de développement des langues régionales a un coût. Or, ce volet est complètement absent et cette absence décrédibilise en grande partie la volonté affichée de les développer.

4. STAGE OBSERVATOIRES Face à la complexité des problèmes posés par l’enseignement des cultures et langues régionales, il est indispensable qu’un stage Observatoires des pratiques et des contenus soit organisé au cours de la prochaine année scolaire. Ce stage serait un stage préparatoire à un débat en CN.

Autres articles de la rubrique Mandats