Actualité théâtrale

Jusqu’au 12 novembre au CineXIII

« Moulins à paroles »

Les trois monologues, réunis sous ce titre, ont été écrits pour la BBC (sous le titre de Talking heads) par le dramaturge, romancier, scénariste, réalisateur et acteur Alan Benett. Dans le premier, une jeune actrice, Leslie, est prête à tout pour saisir La chance de sa vie et tombe dans tous les pièges … et les lits, de ceux qui prétendent lui ouvrir la carrière à laquelle elle aspire. Nuits dans les jardins d’Espagne donne la parole à Rosemary, parfaite femme au foyer qui envie sa voisine au jardin si parfait, laquelle l’invite chez elle alors qu’elle vient de tuer son mari ! Á l’insu de son époux, Rosemary va nouer une amitié avec la meurtrière. Dans Un lit parmi les lentilles , c’est la femme d’un vicaire, exaspérée par les bondieuseries des bigotes fans de son mari, qui trouve refuge dans l’alcool … et le lit d’un épicier indien.

Il y a une jolie progression d’un monologue à l’autre. La naïve Leslie garde ses espoirs d’actrice, mais prend conscience de la façon dont les hommes la bernent. Les deux autres qui vivent, enfermées dans l’ombre des hommes, une vie médiocre et étriquée vont ouvrir les yeux et trouver le moyen de faire le pas de côté qui leur donne identité et dignité. On aime par-dessus tout dans ces monologues le ton si particulier de la comédie anglaise. Le drame passe dans les interstices de la comédie, les dialogues brillants conduisent à une chute courte et toujours surprenante. On se régale de cet humour. Rosemary, appelée par sa voisine qui vient de tuer son mari, se dit qu’il sera difficile de récupérer le tapis avec cette tâche de sang, demande ensuite à la meurtrière si elle a appelé les urgences puis se dit que ce n’est peut-être pas une urgence et que l’urgence, c’est plutôt de faire le thé !

Théâtre : Moulins à paroles

Dans une mise en scène astucieuse de Diane de la Croix, Roxane Turmel incarne avec talent ces trois femmes. Pour chaque nouveau monologue on la voit en ombre chinoise se changeant derrière un rideau, passant de la robe moulante de l’apprentie actrice à la tenue de jardinière avec chapeau de soleil et enfin se transformant en femme de vicaire au bord de la crise de nerf avec son serre-tête, sa croix autour du cou et ses grosses lunettes. En quelques secondes, elle passe du rire au sérieux, s’étonne, fait la moue, s’indigne et toujours nous touche et nous fait rire en même temps. Elle est formidable !

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 19h

Ciné XIII

1 avenue Junot, 75018 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 42 54 15 12

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Au but »
    Une mère et sa fille ont assisté à la représentation d’une pièce de théâtre d’un jeune auteur, Sauve qui peut . La fille a aimé et applaudi. Dans un premier temps la mère a trouvé que « le texte ne... Lire la suite (24 septembre)
  • « Les vibrants » de Aïda Asgherzedeh
    En 1914, Eugène, beau jeune homme vif et insolent, part à la guerre comme engagé volontaire. Atteint par un éclat d’obus à Verdun, il a la moitié du visage arrachée et compte parmi ceux qu’on a appelé... Lire la suite (24 septembre)
  • « We love arabs »
    Hillel Kogan est un artiste engagé. Il est à la fois danseur, chorégraphe, interprète, acteur, concepteur et dramaturge mais cette accumulation de titres qui lui ont valu de nombreuses récompenses... Lire la suite (16 septembre)
  • « La nostalgie des blattes »
    Sur un plateau nu, une estrade, et sur cette estrade, assises sur deux simples chaises, deux femmes plus très jeunes. La plus ancienne dans son poste voit arriver la remplaçante avec une belle dose... Lire la suite (11 septembre)
  • « Trahisons » de Harold Pinter
    Jerry et Emma se retrouvent devant un verre deux ans après leur rupture. Leur embarras n’a d’égal que l’émotion de se revoir. Pendant des années, alors qu’une amitié sincère et de très longue date liait... Lire la suite (11 septembre)