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Un film de Valérie Massadian (France)

"Nana" Sortie en salles le 11 avril 2012

Nana est une petite fille de quatre ans et demi qui vit avec sa mère dans une maison de pierres en bordure de forêt. Elle a beaucoup d’affection pour son grand père qui, sans doute, vit dans une ferme voisine. Sans doute, car rien n’est précisé dans ce film qui s’attache essentiellement au personnage de la petite fille et laisse au second plan et dans le flou les autres, celui de la mère ou celui épisodique du grand père.

En ouverture, Nana assiste à la mort du cochon, à la saignée de l’animal sans sourciller puis on la voit aller, venir, jouer, comme le font toutes les petites filles, commenter ses jeux, imiter les gestes des adultes, aller chercher du bois pour la cheminée, faire une promenade avec son grand père, laisser un instant peser sa tête sur l’épaule de l’aïeul.

On comprend mieux le film de Valérie Massadian quand on sait qu’il s’est construit au montage, qu’il s’est entièrement élaboré sur la relation qui s’est établie entre elle et la fillette qu’elle a filmée en liberté en lui parlant constamment, laissant de côté le script de vingt-cinq pages qui figurait dans son dossier de demande d’avance sur recettes.

Au bout de la période de tournage, la réalisatrice s’est retrouvée avec soixante heures de rushs. Il a fallu, dans cette matière sculpter le film en oubliant tout ce qui avait précédé et surtout le projet initial.

Du coup, les scènes qui s’amorcent, comme la mise en place du piège à lapins avec le grand- père, et qui se poursuit avec la présence de l’animal inerte sur une chaise près de l’âtre échappent aux règles de la narration attendue.

La mère disparaît du champ assez vite mais non pas sans avoir raconté une histoire à sa fille, lui avoir fait sa toilette.

Ce film qui avance à l’aveugle d’une scène à l’autre et qui bouscule les règles du cheminement linéaire, puise sa cohérence dans le mystère du filmage, dans le jeu spontané de la petite fille, dans le surgissement tout à coup d’une scène campagnarde réaliste.

Le spectateur se trouve à la fois face à des images de conte (la petite fille seule dans la forêt qui ramasse du bois) et à des images réalistes (la mort du cochon). Il ne lui reste plus qu’à laisser les choses en l’état ou à faire avec la matière que lui ont fournie les images, sa propre version de l’histoire.

"Nana", programmé à de nombreux festivals, est un film d’une tonalité et d’une construction nouvelles. Chaque image qu’on voit se suffit à elle-même mais elle est génératrice d’autres images, absentes et nécessaires.

Filmé à hauteur d’enfant, il porte sur les questionnements essentiels, la vie, la mort, la tendresse et sur cette force qui se cache derrière l’apparente vulnérabilité d’un enfant.

Francis Dubois

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