Actualité théâtrale

Le Monfort théâtre, du 21 septembre au 8 octobre

"Nobody" Reprise

Falk Richter, un des auteurs de théâtre les plus prometteurs actuellement, ne pouvait que rencontrer Cyril Teste, le metteur en scène de Nobody . Tous deux veulent dénoncer ce monde où le travail est de plus en plus déshumanisé et où la solidarité cède la place à la concurrence pour les postes.

Derrière une paroi de verre les spectateurs découvrent l’univers d’un bureau en open space, où des employés et des cadres- costumes pour les hommes, tailleurs pour les femmes- se rencontrent autour d’une table de conférence ou près de la photocopieuse. Chargés d’organiser des restructurations, ils abusent du vocabulaire des consultants, parlent de « transformer le client en héros de sa private story », de « personal effectiveness », multiplient les termes anglais inutiles et truffent leur discours de slogans, du style « considérer le marché comme son ami le plus proche ». La prétention scientifique de leur discours apparaît dans toute son absurdité, sa vacuité mais aussi sa cruauté. On suit les pensées, dites par une voix off, d’un consultant nommé Jean Personne, qui semble prendre un peu de recul. Mais, peu à peu, le piège du système se referme sur lui aussi. Les inimitiés dites par une voix off, les jugements à l’emporte-pièce, les alliances de tous contre un explosent. La remarque débitée d’un ton glacial, «  tu ne fais rien, tu ne sers à rien  », signe une éjection prochaine de l’entreprise et tétanise ceux à qui on l’adresse.

Mais Cyril Teste ne s’arrête pas aux textes percutants de Falk Richter, il expérimente. Il dit de l’auteur, « Il a une écriture cinématographique et une vision immersive du monde  ». C’est donc à «  une performance filmique  » qu’il nous convie. Les acteurs jouent leur rôle derrière la baie vitrée tandis qu’un cameraman les filme, doublé par un autre cameraman hors champ. Sur l’écran situé au-dessus de la scène on voit le film en train de se faire. C’est alors un champ beaucoup plus large que la scène qui s’ouvre à nos yeux, comme si nous étions partout, au fond d’un regard, dans les gestes de l’homme qui noue sa cravate, dans les toilettes où les filles se remaquillent, dans le bureau de l’un ou de l’autre.

Alors que très souvent l’usage de la vidéo au théâtre fait figure de gadget, ici elle est pensée. Elle permet au spectateur de s’immerger complètement dans le monde de l’entreprise, évoque la surveillance de tous par chacun qui s’y impose et sa prétention à contrôler jusqu’à la vie privée des salariés. Le spectateur ressent intimement la violence du système. C’est vertigineux !

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, excepté le 24, à 16h

Le Monfort

106 rue Brancion, 75015 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 56 08 33 88

En tournée ensuite au CDN de Lille du 27 novembre au 5 décembre, du 8 au 13 décembre au 104 à Paris, les 16 et 17 décembre à Annecy, etc

contact@collectifmxm.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Vertiges »
    Dans un entretien, Nasser Djemaï, l’auteur et metteur en scène de Vertiges, évoque ces cités où il a vécu enfant et leurs transformations avec la montée du chômage. On y trouve dit-il « des familles... Lire la suite (22 février)
  • « Fabrice Luchini et moi »
    C’est « une histoire vraie qui n’a jamais existé » que nous conte Olivier Sauton, celle d’un jeune homme qui voudrait être acteur. Une nuit sur un pont, il croise Fabrice Luchini, son idole et lui... Lire la suite (17 février)
  • « Noce »
    L’enfant est venue assister à la noce avec ses parents, une noce somptueuse, historique, où tout le monde rêve d’être invité. Rejetés de la grande entrée vers la petite porte au fond du parc, repoussés... Lire la suite (16 février)
  • « L’amante anglaise »
    Marguerite Duras était intéressée par les faits divers – on se souvient de ses interventions lors de « l’affaire Grégory » - et la folie la fascinait. L’amante anglaise , pièce qu’elle écrit en 1967,... Lire la suite (16 février)
  • « Parle-moi d’amour »
    Le couple qu’a imaginé Philippe Claudel vit ensemble depuis trente ans, habite un quartier huppé et a un appartement au décor design très chic. Au retour d’un dîner avec ses collègues, il l’agace par... Lire la suite (14 février)