Autour du Jazz

Rattrapages : qu’il est difficile de commencer 2017 sans avoir, un peu, soldé 2016

« O grito passarinho », Didier Labbé quartet Oiseau pour qui chantes-tu ?

Hermeto Pascoal, brûleur de chandelles par tous les bouts s’il en fut, musicien hors norme né au Brésil, concepteur de collages culturels les plus divers, free-jazzman à ses heures, patriarche d’une famille de musiciens venants d’horizons différents laisse un patrimoine en forme de montagne, un héritage qui attendait Didier Labbé et cet album « o grito de passarinho » pour revivre vivifié par les compositions du quartet.

Jazz : Didier Labbé

Leur musique fait écho à celle d’Hermeto comme à d’autres pour danser et faire bouger au son des saxophones, de la flûte de Didier Labbé, de l’accordéon de Grégory Daltin – qui s’est saisi de l’âme de cet art de vivre -, du tuba de Laurent Guitton – d’une légèreté étrange pour cet instrument à la lourdeur volontaire, habitué des graves, servant aussi de basse – et de la batterie, qui se transforme parfois en percussions d’ Alain Laspeyres. Danser, respirer dans la transe qui est la marque de cette création. Il faut faire exploser tous les codes pour aller au-delà de toute bienséance, retrouver le chant des oiseaux. La mémoire du jazz reste présente. Le batteur ne craint pas d’évoquer les grands orchestres. Il retrouve des rythmes des orchestres swing en les intégrant à la couleur de notre présent.

On se souvient de ces paroles de Johnny Mercer dans « Too Marvelous for Words » qui veut emprunter le chant des oiseaux pour dire son amour à cette aimée trop merveilleuse pour répondre à la définition des mots ou de Alice au pays de ses merveilles qui fraternise avec les animaux lorsqu’il n’ont pas de nom, un chemin qui se retrouve ici : les oiseaux sont sollicités pour dire la joie d’être ensemble, la fraternité retrouvée. La flûte de Didier Labbé dans « Passejada » l’exprime en emmêlant les références pour affirmer la possibilité d’unir toutes les influences au lieu qu’elles se fassent la guerre.

Nicolas Béniès.

, Klarthe Records distribué par Harmonia Mundi.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • Mémoires vivantes
    Frémeaux et associés proposent un travail de mémoire - doublé du plaisir de l’écoute – à travers trois parutions récentes. « De Manhattan à Saint-Germain-des-Prés » fait traverser une décennie... Lire la suite (13 octobre)
  • « Dreams and Daggers »
    D’abord une pochette étrange de ce double album Mack Avenue, écrite à la main et au design inhabituel, création de la dame qui ne se contente pas de chanter. Original mais pas très lisible pour le... Lire la suite (7 octobre)
  • "Live in San Francisco" Giulia Valle trio
    Giulia Valle, contrebassiste, cheffe d’orchestre et compositeure, mène une carrière des deux côtés de l’Atlantique. De ce côté-ci, elle incarne le nouveau du jazz de Barcelone, de la Catalogne et... Lire la suite (16 juillet)
  • "More Powerful" George Colligan,
    Le pianiste George Colligan fait partie de ces musiciens nécessaires. Il synthétise une grande partie de l’art de ce piano illustré par Chick Corea, Herbie Hancock, McCoy Tyner pour l’énergie avec... Lire la suite (16 juillet)
  • « Thelonious Monk, Les Liaisons dangereuse 1960 »
    S’en souvient-on ? Dans la fin des années 1950, les réalisateurs français de films appelés « noirs » faisaient souvent appel à des groupes de jazz pour la musique de leur film. La collaboration la plus... Lire la suite (2 juillet)