A la une des lycées

Orientation active : conseil anticipé pour la rentrée 2011 Circulaire 2011-1015 du 24 juin 2011 au BO n°31 du 1er septembre 2011

Ce que dit la circulaire

Introduction de la circulaire : rappel du processus « orientation active »

« L’orientation active s’articule autour de cinq grandes séquences : l’information, le conseil, la pré-inscription, l’admission et la réorientation.
Afin de préparer le lycéen à la phase de formulation des vœux dans le portail « Admission post-bac », au second trimestre de la classe de terminale, et de lui ménager le temps nécessaire pour mûrir son projet, plusieurs académies ont expérimenté le conseil d’orientation anticipé dès la classe de 1ère et jusqu’au 1er trimestre de la terminale. Ces expérimentations ont pris appui sur la collaboration des équipes éducatives des lycées et des enseignants-chercheurs des universités, portées par un pilotage académique facilitateur de la démarche. Le conseil d’orientation anticipé sera généralisé dans toutes les académies, à partir de la rentrée 2011, en classe de 1ère. »

Classe de première

« Au-delà de l’information sur les formations post-baccalauréat, il est nécessaire d’apprendre aux lycéens à rechercher et à s’approprier les informations les plus utiles dans l’élaboration de leurs choix. Le parcours de découverte des métiers et des formations est désormais le vecteur de la capacité « apprendre à s’orienter ». La découverte des métiers, des formations et la connaissance de soi-même en sont les jalons.
Les professeurs, notamment les professeurs principaux, doivent s’appuyer sur l’expertise la plus large : conseillers d’orientation-psychologues, chefs de travaux, conseillers principaux d’éducation, afin de délivrer la meilleure information personnalisée à leurs élèves. Le tutorat offre aussi à l’élève qui le souhaite la possibilité d’être conseillé et guidé par un adulte référent dans son parcours de formation et d’orientation.
L’entretien personnalisé au cours du second semestre de l’année de 1ère par le professeur principal doit servir de base au dialogue à construire. Les heures d’accompagnement personnalisé en classe de 1ère constituent un temps favorable pour permettre aux élèves de mener leur réflexion, en particulier lorsque le conseil n’a pas été dans le sens du projet de l’élève. Ces heures permettent également de sensibiliser à la procédure de pré-inscription dans l’application « Admission post-bac » pour mieux en faire comprendre les enjeux. »


Les établissements d’enseignements supérieurs sont sommés d’aller au devant des lycéens pour présenter leurs formations et donner des conseils personnalisés allant jusqu’à la rencontre avec un enseignant-chercheur.
Le pilotage est académique et prend notamment la forme d’un calendrier définissant les « périodes d’information » des lycéens.

L’analyse du SNES

L’orientation active, illusions et fausses promesses
Si l’entreprise est louable d’améliorer par l’anticipation le processus d’orientation dans l’enseignement supérieur de façon à éviter le couperet de l’inscription sur APB (Admission Post-Bac) en février de l’année de terminale, la méthode proposée n’est pas la bonne.
L’expérience montre que les élèves ne commencent à montrer de l’appétence pour une réflexion personnelle sur leur orientation qu’à partir du deuxième ou du troisième trimestre de la classe de première, une fois que le travail d’adaptation au cycle terminal et aux spécificités de leur série s’est accompli. Elle montre aussi que les avis reçus de l’enseignement supérieur par les élèves qui en font la demande dans le cadre des processus de préinscription ont un impact fort sur les familles et peuvent les conduire à une autocensure d’autant moins justifiée que les personnels qui étudient les dossiers manquent le plus souvent de qualification pour le faire et que ce sont souvent les seuls avis négatifs qui sont communiqués aux élèves (les dossiers « acceptables » n’étant pas commentés). « L’orientation active » peut alors se transformer en « sélection douce » parfaitement inacceptable, qui peut aussi prendre la forme de « filières de niveau » au sein de la faculté, en fonction des dossiers, ou de procédures d’évaluation à la légitimité douteuse (QCM de maths pour une fac de droit, par exemple).
En outre, avec l’application de la loi LRU, le paysage des formations du supérieur est devenu particulièrement complexe, rendant d’autant plus compliqué le « conseil » plus ou moins avisé de personnels plus ou moins formés. Il ne suffit pas d’une procédure informatisée donnant l’illusion de la simplicité pour dépasser ce problème.

L’orientation active : les élèves ne bénéficieront pas du brouillage des missions
Le « conseil anticipé en 1ère » consiste avant tout à informer, dans la continuité du parcours de découverte des métiers et des formations en principe initié au collège. La personnalisation du conseil repose sur un entretien avec le professeur principal, et éventuellement avec le tuteur, ou encore un enseignant-chercheur : la circulaire institue-t-elle la substitution des copsy (conseiller d’orientation psychologues) par les enseignants, alors que les postes de copsy partagés entre lycées et universités sont peu à peu supprimés ? Le grand absent du texte est en effet le copsy, remplacé à bon compte par des questionnaires d’auto-évaluation et des entretiens par des enseignants, non formés à ce type de démarche, et qui se trouvent juge et partie : évaluateurs et « orienteurs ». Les heures d’accompagnement personnalisé justifient à bon compte l’escamotage du travail de fond réalisé par les conseillers d’orientation psychologues. La connaissance des filières de formation, et celle de l’adolescent confronté à des choix parfois difficiles, est un métier à part entière.
Un professeur peut évidemment donner un conseil pédagogique à un élève concernant la discipline qu’il enseigne, qui peut avoir une place importante dans le cursus envisagé à un moment par un élève. De même, le professeur principal peut informer un groupe classe, travailler sur l’orientation avec les élèves de manière collective. Mais aucun de ces personnels n’est formé à l’entretien personnalisé ni au tutorat tel que le prévoit la réforme. Ce n’est pas rendre service à un élève que de lui faire croire que n’importe quel « adulte » peut répondre solidement à ses doutes et ses intérêts.

La volonté d’élargissement des missions du Professeur principal de 1ère pose en outre la question de la définition des missions (et des indemnités) du PP à ce niveau de la scolarité.

L’orientation dès la 1ère... pour quoi faire ?

Pour le SNES, cette phase d’orientation en 1ère ne peut être qu’un moment d’ouverture des horizons, de présentation de l’éventail des possibilités à des élèves qui, l’expérience le montre, changeront probablement d’avis plusieurs fois avant leur inscription sur APB en terminale. Cela ne doit donc en aucun cas être une forme de préorientation.

Le SNES appelle les collègues à ne pas jouer aux apprentis sorciers et à se rapprocher des conseillers d’orientation-psychologues pour l’organisation du volet « personnalisé » de l’orientation dite active. A chacun son métier : le professeur principal donne l’information générale, le conseiller d’orientation psychologue est garant du conseil personnalisé.

Autres articles de la rubrique A la une des lycées