Actualité théâtrale

Au Théâtre des Quartiers d’Ivry / Studio Casanova, partenaire Réduc’ Snes jusqu’au 14 avril 2013

"Ouz" et "Ore" de Gabriel Calderon Mise en scène d’Adel Hakim.

Les deux spectacles sont présentés en alternance du mardi au vendredi et en diptyque les samedis et dimanches

Après la mise en scène bouleversante d’ "Antigone" en collaboration avec le Théâtre National Palestinien, Adel Akim propose un travail sur une trilogie uruguayenne avec des pièces écrites par le jeune auteur Gabriel Calderon qui, du même coup, se retrouve ici, pour la première fois, confronté au public français.

Admirateur d’auteurs allemands comme Castorf ou Marthaler, il se sent néanmoins très proche du courant théâtral latino-américain, chilien, argentin qui, avec une grande économie de moyens scéniques, a toujours abordé des sujets complexes.

Pour la France, il se réfère à Koltés dont il lit et relit les œuvres.

Le théâtre de Gabriel Caderon est subversif et briseur de tabous non seulement dans les sujets qu’il aborde et qu’il ballade avec une grande liberté entre le collectif et l’intime mais aussi dans ses constructions dont les ruptures peuvent surprendre.

" Ore" est une pièce en trois actes de tonalités totalement différentes. Le premier acte est une tragédie, le second une comédie et le troisième, une tragi-comédie.

Dans un premier temps, l’action nous confronte au poids du régime militaire qui pèse sur le pays. Alors qu’un père et une mère sont sous le choc de la mort de leur fille assassinée par l’armée, le fils a décidé de s’engager dans les rangs militaires et de participer à de prochaines exactions. L’intervention d’un officier de l’armée et son fils acquis aux idées fascisantes en place, viennent nuancer la donne. Les deux hommes sont des familiers de la famille et il est probable que la mère qui a quitté le domicile conjugal, ait eu autrefois une histoire avec l’officier.

Tout à coup ce qui s’annonçait comme un drame universel se tourne en affaire familiale.

Mais tout aussi vite, sans que rien ne nous y ait préparés, changement à vue avec l’apparition d’extra-terrestres qui prennent l’allure de l’ennemi à combattre et justifient la présence de l’armée. Mais nous avons déjà basculé dans la comédie avec un questionnement à propos du dérèglement de la psychologie des individus.

Surgit alors le problème de l’identité de chacun. Qui sommes-nous ? Sommes-nous ce que l’on croit que nous sommes ? Que se passerait-il si, tout à coup, un officier machiste se retrouvait dans le corps d’une femme ? Une jeune fille dans la peau d’un militaire sanguinaire ?

Que se passe-t-il lorsque nous oublions que nous ne sommes que de la poussière d’étoiles, des éléments minuscules du cosmos et que nous nous complaisons à nous laisser submerger par le quotidien le plus anecdotique ?

Cette pièce de Gabriel Caderon est une sorte de pente savonneuse qui nécessite certainement une mise en scène à la fois déjantée et prudente, de la force et du doigté, du délire et de la sagesse. Sans quoi les différentes tonalités du texte et les articulations qui les commandent perdent leur sens originel et font un magma narratif où l’on risque de se perdre.

C’est un peu ce qui se passe avec la mise en scène d’Adel Hakim peut-être trop près du texte, en tout cas pas assez distanciée. Fallait-il faire apparaître les extra-terrestres en toile de fond face aux commentaires d’une télévision (séquences très conventionnelles) qui ne retient que l’événementiel, le fait divers, sans le mettre en perspective avec l’Histoire.

Dans la seconde pièce " Ouz" qui sera donnée en alternance avec "Ore", le Dieu de la bible, irascible et colérique, s’adresse à Grace, une femme ordinaire issue du peuple et exige d’elle qu’elle sacrifie un de ses deux enfants.

Elle doit choisir entre Tom un jeune homme plein de vitalité et de projets et l’autiste Dorothée.

Bientôt, le problème concernera tout le village d’Ouz : le mari de Grace toujours amoureux de sa femme et qui n’a de cesse de la reconquérir, le curé qui, amoureux de Tom, tentera tout pour le sauver, le boucher chez qui surviennent au grand jour des révélations d’adultère et d’homosexualité, deux sœurs siamoises nymphomanes qui vont se délecter de la situation.

A Ouz, sous une apparence normale, tout n’est que pourriture, délire, paranoïa, fantasme, extrémisme.

Les flots de délire relèvent-ils de la folie ou de la passion exacerbée ?

"Ouz" est-elle une comédie déjantée ou la simple plongée dans les abîmes de l’absurdité qui peut habiter l’âme humaine ?

Il est sans doute indispensable de voir les deux spectacles pour mieux réussir à pénétrer dans l’univers singulier mais également dans la construction du théâtre de Gabriel Calderon.

A découvrir.

Francis Dubois

Théâtre des Quartiers d’Ivry / Studio Casanova 69 avenue Danielle Casanova, Ivry.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 43 90 11 11

www.theatre-quartiers-ivry.com

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