Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Quand le livre fait le beau.

Paris vu par Hollywood Catalogue de l’exposition à l’Hotel de Ville de Paris

Les catalogues d’exposition ont une drôle de vie. Il en est qui disparaissent derrière les fastes de l’exposition, d’autres qui se mettent en lumière à la place de l’exposition, d’autres encore qui savent vivre leur vie. Tout est ouvert. Il ne faut se contenter ni de l’une ni de l’autre. Elle et il ne sont pas forcément complémentaires.

C’est le cas pour ce « Paris vu par Hollywood ». L’exposition à l’Hôtel de Ville de Paris a été quelque peu décevante, le livre qui porte le même titre (dirigé par le commissaire de l’exposition, Antoine de Baecque) apporte des éléments d’analyse intéressants, surtout par cette mise en perspective – et en abyme – de la Capitale représentée dans le cinéma américain. Le rappel, nécessaire, pour comprendre cette attirance, Paris, avec Pathé, au temps du muet, est la ville de référence dans le cinéma. Minnelli se dira influencé par Renoir et Cocteau, et il ne sera pas le seul.

Dans l’introduction, Antoine de Baecque rappelle ces liens et Jean-Yves de Lépinay parle de l’Eiffel Power, la tour Eiffel comme représentation unique de Paris, image d’Épinal qui a fait le tour du monde. L’auteur note que ce n’est pas tout à fait vrai. Que beaucoup de cinéastes, à commencer par Michael Curtiz dans le mythique « Casablanca », rôdent autour du quartier latin et que Minnelli dans « Un Américain à Paris » place plutôt son action à Montmartre ou du côté de l’Arc de triomphe.

Le « Paris historique du muet » fait l’objet de deux contributions, une sur Griffith, cinéaste du Sud des États-Unis, raciste et partisan du Ku-Klux-Klan et pourtant génial – oui, ça arrive -, auteur de « La naissance d’une nation », film fondateur de l’art du cinéma, l’installant au même rang que la peinture ou sculpture. Ses relations avec Paris sont distanciées mais réelles. Il était impossible de faire l’impasse sur « La révolution française vue par Hollywood ».

Le deuxième, « Le Paris sophistiqué de la comédie sentimentale », commence par Lubitsch qui avait, c’est du moins la démonstration que tente Marc Cerisuelo, une « Parisian touch » - alors que l’on croyait qu’il était typiquement viennois à l’humour juif sinon freudien. Une façon de revisiter cet auteur. Il était difficile d’éviter le thème de la Parisienne, figure qui, aujourd’hui encore, sert de référence dans la presse et pas seulement féminine. La Parisienne est ravageuse mais aussi sert de représentation de la femme libérée, « garçonne ». Une parisienne en est le portrait, Danielle Darrieux.

Je serai moins laudateur sur Maurice Chevalier qui, c’est vrai, a représenté la gouaille parisienne, mais ce personnage a quelque chose de surfait.

Le chapitre 3 se penche sur « L’apogée du cancan film » dont on retrouve des traces y compris dans « L’incendie de Chicago ». le « french Cancan » a, sans aucun doute, tout autant représenté Paris que la Tour Eiffel. Les films autour de Toulouse-Lautrec, de ces danseuses célèbres, sont légions. Il ne fallait pas oublier non plus l’influence que la Nouvelle vague cinématographique française – à la fin des années 50 – eût sur le cinéma américain. Mais déjà se profile le déclin de « l’usine à rêves » qui a su donner des visages à la culture américaine. Si « Hollywood joue dans Paris » - le chapitre 4 -, c’est que les studios ne sont plus ce qu’ils étaient. Audrey Hepburn sera une des représentations de Paris, un renversement pas aussi paradoxal qu’il le paraît au premier abord. Dans le même temps, Paris a aussi changé.

Et le tout se termine, c’est logique, par Woody Allen et sa comédie musicale « Tout le monde dit I love you », un superbe hommage à la Capitale mais aussi à la comédie musicale, un genre à part entière du cinéma et du cinéma américain en particulier – une création singulière que ces « musicals » - et le dernier grand film du cinéaste. « Minuit à Paris », le dernier en date de rencontre entre Woody Allen et Paris est un peu facile avec un scénario qui s’effiloche.

Chaque chapitre se conclut par une filmographie sélective et, en annexe, une « Chronologie du cinéma américain » pour avoir quelques repères. L’iconographie est soignée mais ce n’est pas elle qui fait tout l’intérêt de ce livre. Les auteur(e)s donnent envie d’en savoir plus, de voir les films dont ils parlent. C’est à cette aune qu’il faut jauger la réussite de ce beau livre.

Nicolas Béniès

« Paris vu par Hollywood », sous la direction de Antoine de Baecque, Skira/Flammarion.

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