US 755 du 24 octobre 2015

Partenariat Education-Défense et EMC : des liaisons dangereuses

En 1982, les ministères de l’éducation et de la Défense ont pour la première fois signé un protocole voulant « conjuguer leurs efforts pour former des citoyens responsables ».

Trois autres ont suivi, en 1989, 1995 et enfin 2007, l’éducation à la défense prenant alors une place inexpugnable dans les programmes d’histoire-géographie, d’éducation civique et, depuis 2015, d’EMC.

Le partenariat est devenu plus étroit avec la suspension de la conscription et le « parcours de citoyenneté » conçu comme une succession d’étapes (dont le recensement et la journée d’appel) où interviennent enseignants et militaires. L’enseignement de défense est obligatoire, relève de la responsabilité du Ministère de l’Éducation nationale, et « a pour objectif d’aider les jeunes à comprendre les valeurs qui fondent la République et contribue à les préparer à leur devoir de défense ».

Former des citoyens critiques

Ainsi, le site de l’académie de Clermont-Ferrand a récemment mis en ligne un diaporama proposant une séquence de Troisième sur « La Défense ». Il s’agissait de mettre les élèves en activité avec un jeu de rôle d’un goût douteux : « Diviser la classe en cinq groupes. Expliquer à chaque groupe qu’il constitue un ennemi impitoyable de la France et qu’il doit mener une attaque contre cette dernière en 2015. Question : comment allez-vous procéder ? » (sic). S’en suit une proposition d’un film documentaire sur le Véhicule blindé de combat d’infanterie (VBCI) : les sept diapositives avec questions et corrigés consistent en une promotion sans faille de l’engin de guerre.

Le SNES-FSU a dénoncé l’initiative et la section académique de Clermont-Ferrand est intervenue directement auprès de la rectrice qui l’a fait retirer du site. Les professeurs d’histoire-géographie sont convaincus de l’utilité sociale de leur discipline, à savoir former des citoyens critiques et leur permettre de discerner les discours d’endoctrinement.

Ce dernier épisode vient conforter la position du SNES-FSU, qui réclame à chaque refonte des programmes le retrait des items sur l’éducation à la défense. Mais c’est bien ce partenariat qu’il conviendrait de soumettre à un plus large débat.

Amélie Hart Hutasse, Alice Cardoso

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