Actualité théâtrale

au Théâtre de la Tempête, jusqu’au 12 décembre 2010

« Petites histoires de la folie ordinaire » de Petr Zelenka

Nous proposons ci-dessous deux présentations complémentaires de cette création. PL

Cette première pièce de l’auteur tchèque Petr Zelenka,
 [1]a remporté en 2001, le prix Alfred Radok du meilleur texte de théâtre. C’est une pièce irracontable, qui interroge les frontières entre la folie et la normalité dans notre société contemporaine et individualiste, où les schémas sociaux semblent avoir éclatés.
Elle nous entraîne à Prague, dans l’intimité de personnages un peu à la marge, et pourtant terriblement ordinaires, qui évoluent autour du personnage central. Pierre, un jeune homme de 35 ans, est pris dans le tourbillon de morceaux de vie de ses proches - parents, ex petite-amie, patron, meilleur ami, voisins – parfois acteur mais souvent spectateur et s’imbibe telle une éponge, des folies de chacun, pour en arriver à exprimer sa vision de la folie.
« Beaucoup de gens croient qu’ils sont fous mais, c’est un mystère, ils sont tout à fait normaux. (…) En fait, comme la folie représente une vraie valeur, celle de la liberté absolue, beaucoup de gens voudraient devenir fou… ça leur permettrait de s’exprimer, en toute liberté, d’être enfin eux-mêmes. Mais, pas de chance, la vraie folie leur file entre les doigts. Ce qui est mon cas d’ailleurs… Je voudrais être vraiment fou, et donc échapper à toute responsabilité, mais malheureusement, j’ai pas de chance. La véritable folie est aussi rare que le génie ou l’oreille absolue. Je suis sur le point de faire quelque chose de complètement fou, en toute lucidité ».
L’interprétation et la mise en scène sont signées par le collectif DRAO, qui aime à explorer le répertoire contemporain européen. La mise en scène est très visuelle, créative et poétique et place littéralement le personnage principal au centre de la scène, dans un espace circulaire délimité par des rideaux transparents. Les scènes, flash-back et changements de décors s’enchaînent dans un rythme fou, comme des fondus enchaînés, qui mettent superbement en lumière l’univers cinématographique de l’auteur, qui à fait ses études à la faculté de cinéma de Prague.
Le collectif DRAO, tout en gardant toutes les ficelles du théâtre, joue avec talent avec les codes du cinéma, et nous donne à voir un spectacle extraordinairement rythmé, moderne, drôle et poétique.
Tous ces personnages, remarquablement interprétés, sont malades de leur solitude et de l’absence du regard de l’autre et nous racontent, chacun à leur manière, que les fous ne sont pas toujours ceux que l’on croit.
Et l’on ressort de cette représentation pas tout à fait dans l’état où nous étions en entrant…
Delphine Haton

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Le Collectif DRAO s’est crée en 2003 au Théâtre de la Tempête en montant un texte de Jean-Luc Lagarce, "Dernier remords avant l’oubli" dont ils ont gardé les initiales pour nommer le groupe de sept comédiens qu’ils forment.
Ils viennent d’horizons différents et assument tous ensemble la responsabilité de chacune de leurs mises en scène. Ils ont monté en 2006 "Push up" de Roland Schimmelpfennig au Théâtre de la Tempête et au Théâtre 71 de Malakoff puis, en 2008 "Nature morte dans un fossé" de Fausto Paravidino à Toulouse et au Théâtre 71.
Le collectif nous propose pour une fois de plus au Théâtre de la Tempête, un texte déjanté, drôle, savoureux et grinçant, première pièce écrite par Petr Zelenka, écrivain scénariste et réalisateur tchèque.

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© Danica Bijeljac

Un texte qui part dans tous les sens, multiplie les situations les plus invraisemblables et qui, à chaque fois, au moment où on allait s’égarer dans son cheminement chaotique, retombe sur ses pattes avant de repartir pour de nouveaux égarements narratifs encore plus fous…
Un espace circulaire que l’on découvre par un simple jeux de rideaux, ou par transparence, peut faire découvrir deux lieux et dans son intégralité ou dans un recoin privilégié par l’éclairage, un décor réduit et mobile constitué d’un lit, de deux fauteuils, d’un bureau, d’un réfrigérateur contenant une réserve de bouteilles de bière dont certains personnages font une grande consommation.
Comment Pierre, un trentenaire hirsute qui se réveille un beau matin avec, en main, une touffe de cheveux de femme, va t-il tenter d’échapper au désarroi qui le tourmente, à une tristesse insistante, à la solitude ?
Peut-être en se laissant entraîner dans une épopée à la fois ordinaire et déjantée, en emboîtant le pas à une sorte de tribu constituée des ses parents menacés de sénilité, de la fille qu’il aime flanquée de son nouvel ami, de voisins lubriques, de son patron confus mais arrangeant. Tous sont dans une logique et dans la déraison. et Pierre va rentrer dans ce cercle de naufrage où tout semble normal mais où tout est dingue.
On rit beaucoup tout au long de ce spectacle. La mise en scène à la fois simple et sans cesse inventive réussit le tour de force de rendre limpide un entrecroisement de situations parfois complexes. Les comédiens jouent au premier degré, ils sont tous les sept époustouflants d’ingéniosité et leur plaisir de jouer ce texte est communicatif.
Francis Dubois

Théâtre de la Tempête
Cartoucherie
Route du Champ de- Manœuvre
75012 Paris
Du mardi au samedi 20 h 30, dimanche 16 h 30

Plein tarif 18 € / Tarifs réduits 14 € et 10 €
Mercredi tarif unique 10 €

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36 - www.la-tempete.fr

Notes

[1Texte Français Jaromir Janecek et Jean-François Loez (Editions Théâtrales)
Mise en scène et interprétation Collectif DRAO.
Avec Stéphane Facco, Thomas Matalou, Benoît Mochot, Gilles Nicolas, Sandy Ouvrier, Maïa Sandoz, Fatima Souahlia-Manet.
Scénographie et costumes Catherine Cosme
Musique originale Nihil Bordures
Lumières Kelig Le Bars
Magie Thierry Collet
Maquillages, perruques Solweig Martz

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