Réforme du lycée

Place du professeur documentaliste dans la réforme du lycée Un mépris flagrant

Les textes réglementaires de la réforme du lycée ont été publiés au B.O. spécial n°1 du 4 février 2010. Les circulaires d’application concernent notamment l’accompagnement personnalisé, l’accès des lycéens à la culture et le tutorat. Parallèlement, les projets de programme de seconde censés être mis en oeuvre à la rentrée prochaine sont en consultation depuis le 27 janvier sur le site Eduscol.

L’accompagnement personnalisé

La circulaire concernant l’accompagnement personnalisé confirme notre analyse de ce qui était en projet : un dispositif fourre-tout et une coquille vide. Quand on compare ce texte de cadrage à la proposition qui avait été envoyée par l’association professionnelle des enseignants documentalistes (FADBEN) on ne peut qu’être frappé par la pauvreté des contenus indiqués. Ajoutons que le rôle des professeurs documentalistes n’est absolument pas évoqué alors que parmi les activités sont citées la recherche documentaire, la maîtrise et l’utilisation responsable des TIC, l’aide méthodologique. Enfin, les effectifs réduits lors de cet accompagnement n’étant pas assurés et son organisation étant entièrement abandonnée au local, les premiers témoignages des collègues nous prouvent que les CDI risquent d’être utilisés comme des bouche-trous, ce qui mettrait en péril les actions qui y étaient organisées par le professeur documentaliste. La vigilance s’impose !

Le référent culture

Autre nouveauté introduite par la réforme : le « référent culture » dont la mission est « d’assurer la cohérence, la qualité et le suivi de la mise en œuvre du volet culturel du projet d’établissement. » Le Ministère serait-il frappé d’amnésie ? Aurait-il oublié qu’il existe déjà dans les lycées un personnel qui, d’après sa circulaire de missions, participe à « l’ouverture de l’établissement » et que dans ce cadre, il entretient des relations notamment avec diverses bibliothèques et les associations culturelles, qu’il recherche et met à disposition les documents relatifs aux informations culturelles et qu’il peut participer à l’organisation, de visites, de sorties culturelles ? A noter : ce volet culturel repose pour l’instant sur l’appel au bénévolat enseignant alors qu’il va représenter une surcharge de travail non négligeable.

Le tutorat

Finalement, le seul nouveau dispositif dans lequel est évoqué la participation du professeur documentaliste est celui du tutorat : « Le tutorat est assuré sur la base du volontariat par des enseignants, dont les documentalistes ». Le Ministère pense-t-il ainsi apaiser les collègues qui demandent à cors et à cris que leur fonction soit reconnue et mentionnée dans les textes officiels ? Ils ne se laisseront pas leurrer par un tutorat qui s’apparente à une substitution au rôle de CO-PSY. Ils poursuivront l’indispensable travail en complémentarité avec les conseillers d’orientation, en se consacrant à la formation à l’utilisation des ressources documentaires sur l’orientation qui inclut le développement de l’esprit critique face aux diverses ressources. A noter : aucune précision sur le montant de l’indemnisation prévue. Gageons que les contentieux des documentalistes au sujet de la rémunération de leurs travaux supplémentaires ne vont pas manquer de rebondir à cette occasion !

Place de l’information-documentation et rôle du professeur documentaliste dans les projets de programmes

Traditionnellement grande consommatrice d’informations et d’activités documentaires dans les CDI, les SES semblent tourner le dos à la recherche documentaire, grande absente du projet de programme. Et cela, en totale cohérence avec la diminution horaire des SES et la non garantie des dédoublements puisque mener des activités documentaires nécessite du temps et ne peut se faire qu’en petits groupes.

Hormis le cas de cette discipline, le développement des compétences documentaires à travers une démarche de recherche est à l’honneur dans la plupart des programmes. Et l’ECJS, dispositif dans lequel sont très impliqués les professeurs documentalistes puisqu’ils reposent sur une démarche de recherche documentaire, est maintenu en l’état - du moins dans les textes car sur le terrain l’impératif du dédoublement n’est pas systématiquement respecté. Mais quel rôle pour les professeurs documentalistes dans l’acquisition de ces compétences documentaires ? Paradoxalement, plus aucun. Même le lieu CDI n’est plus mentionné dans les propositions de programme. En fait, l’approche est essentiellement centrée sur la recherche en ligne : or, comment apprendre à utiliser de manière distanciée des ressources en ligne sans avoir accès à d’autres types de ressources pour pouvoir mener une comparaison critique ? La démarche de recherche documentaire ne se limite pas à la consultation de sites Web, comme semblent le penser les rédacteurs des projets de programmes. Et même concernant ce type de recherche, les programmes restent dans le flou le plus total.

Un enseignement concerne plus particulièrement le champ de l’information-documentation : l’enseignement d’exploration « littérature et société ». Les modalités pédagogiques reposent largement sur la démarche de recherche documentaire. Et les 6 domaines présentés permettent d’aborder des sujets d’études propres au champ des sciences de l’information, en particulier de l’éducation aux médias. Pourtant, aucune piste n’est proposée pour le travail en collaboration avec le professeur documentaliste. Les rédacteurs de ces projets de programmes ignorent-ils les propres études ministérielles qui affirment le rôle clé des professeurs documentalistes dans la mise en place d’une éducation aux médias tout au long de l’année, au sein des CDI ? Enfin, nous déplorons que cet enseignement ne s’adresse qu’à quelques élèves alors que les enjeux d’une éducation à l’information et aux médias concerne tous les élèves. Jusqu’à quand le Ministère fera-t-il la sourde oreille aux préconisations des rapports qui se succèdent sur ce sujet et qui plaident pour la massification de cette éducation ?

Nous devons dénoncer la schizophrénie du Ministère qui va recruter des professeurs documentalistes de plus en plus qualifiés dans le domaine des sciences de l’information via le nouveau CAPES 2011 de Documentation mais qui publie des Instructions Officielles qui font totalement l’impasse sur leur rôle pédagogique. Parce que la consultation des professeurs documentalistes sur les projets de programmes ne se fera qu’à la marge, le SNES ouvre pour eux un espace d’expression sur la réforme en cours. Nous nous engageons par la suite à relayer les avis qui se seront exprimés auprès du Ministère.

Envoyez vos contributions à documentalistes@snes.edu

Le Groupe Documentation - Secteur Contenus du SNES (février 2010)

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