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Un film de Maïwen (France)

"Polisse" Sortie en salles le 19 octobre 2011

Le cinéma français de qualité aurait-il le vent en poupe, serait-il entré dans une période où des cinéastes exigeants, en s’appuyant sur des sujets porteurs, nous donnent à voir des films aboutis qui devraient ratisser large et intéresser à la fois un public friand de divertissement et un public plus sélectif ?

En 2006, le "Pardonnez-moi " de Maïwen annonçait une cinéaste singulière et audacieuse. En 2009,"Le bal des actrices" confirmait ses qualités avec une œuvre qui rendait hommage de façon originale et touchante à la condition d’actrice de cinéma à travers un mélange d’épisodes fictifs ou réels les concernant.

"Polisse" son dernier film qui a obtenu le Prix du Jury à Cannes est d’une toute autre inspiration. Maïwen est allée dénicher son sujet du côté du quotidien de policiers de la Brigade de Protection de Mineurs, un sujet ambitieux, offert à tous les risques de dérive.

Mais là encore, la jeune cinéaste ne manque pas sa cible. A travers une dizaine de personnages, leur façon d’appréhender leur mission, de concilier leur activité professionnelle souvent éprouvante avec leur vie personnelle, elle réalise un film à la construction serrée, à la fois drôle et touchant, vivant et humain, solide comme un roc.

© Mars Distribution

Ces membres de la BPM se partagent les missions qui se présentent : gardes à vue de pédophiles, arrestations de pickpockets, brutalité sur mineurs, dérives de la sexualité chez des ados. Il s’agit pour eux de questionner mais aussi d’écouter, de mettre de l’ordre dans des révélations insensées, parfois difficiles à concevoir, de garder son sang-froid et de serrer les dents face à l’impuissance d’agir dans le bon sens, faute de moyens.

Mais ces hommes et ces femmes, qui très souvent sont passionnés par leur métier ont aussi une vie personnelle, des problèmes de couple, des souffrances, des frustrations et leurs préoccupations sont aussi dans la recherche d’un équilibre.

Il y a la frondeuse Nadine qui vit très mal son divorce et la décision du juge de la non-garde de ses enfants, Fred l’écorché vif, violent et hyper sensible, Iris en mal de maternité, Mathieu l’impulsif raisonnable, Balloo chef de brigade pétri d’humanité et menotté par sa hiérarchie, Gabriel réfléchi et sur-diplômé, Nora, la beurette fonceuse ou Sue Ellen, la placide bonne vivante et Melissa, la photographe mandatée par le Ministère pour réaliser un livre de photographies sur la brigade.

En face d’eux il y a la grand père pédophile, la jeune mère qui n’a trouvé d’autre moyen pour endormir ses enfants que de les masturber, la fragile madame de Faublaise qui subit les déviations sexuelles de son mari qu’il étend à leur enfant, la mère droguée qui dans l’agitation, a laissé tomber son bébé à terre, l’adolescente qui s’est fait racketter son portable et qui a accepté une fellation de groupe pour le récupérer, la jeune prostituée, la mère africaine qui, pour que son enfant ait une vie différente de la sienne, vient le confier à la police…

Avec un sujet lourd qui multiplie les pistes, traite autant de l’intime que des difficultés de la Brigade de mineurs avec les autres services de police, des cas de conscience, des conflits personnels, Maïwen en alternant les moments déchirants et les moments drôles, en insufflant à toutes les séquences des élans de vie, est parvenue à une œuvre forte et prenante.

Sans démagogie ni concession, elle conduit son film sur le chemin d’une belle humanité.

Magnifique.

Francis Dubois

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