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Un film d’Alejandro Landes (Colombie-Espagne-Uruguay-France)

"Porfirio" Sortie en salles le 8 mai 2013

Porfirio, ancien cultivateur de coca et éleveur de bétail dans un petit village proche de la jungle amazonienne a été la victime de la guérilla colombienne. Des balles tirées par des policiers, en lui touchant la moelle épinière , l’ont définitivement privé de l’usage de ses jambes.

Se déplaçant désormais en fauteuil roulant, complètement dépendant de son jeune fils et d’une jeune femme qui lui est dévouée, en attendant de percevoir une indemnisation qui tarde à venir, il vit en vendant à ses voisins des minutes de téléphone portable.

Quand Porfirio apprend que son dossier de demande d’indemnisation a été égaré, il prend la décision de régler son problème lui-même. Prétextant un rendez-vous médical important à Bogota, il achète deux billets d’avion (l’un pour son fils et l’autre pour lui) et parvient à se procurer deux grenades défensives qu’il dissimule dans son slip d’incontinent.

Lorsque Alejandro Landes a eu connaissance par les journaux de ce fait divers, il a pris la décision de rencontrer Porfirio.

Le contact pris, trois mois plus tard, il se retrouvait face à cet homme hors du commun qui avait purgé une peine de prison et que la presse avait surnommé "le pirate de l’air".

Ce sont les moments qu’ils ont alors passé ensemble qui ont donné naissance au projet du film. Plus tard, l’idée que ce devait être Porfirio lui-même qui interpréterait le personnage de l’homme en fauteuil roulant s’est imposée.

Et le projet a pris sa tournure définitive quand la décision a été prise de faire jouer le fils de Porfirio par son propre fils.

Le film d’Alejandro Landes rend compte du quotidien de cet homme, dans son aspect le plus intime, face aux difficultés qu’il rencontre à chaque instant de ses journées, depuis le moment du lever jusqu’à celui du coucher.

C’est un regard brut, sans tricherie sur son état de handicap total, sur un rituel établi, le relais des aides, sur les moments allant du plus humiliant (les besoins naturels nécessitent une aide) à ceux de plaisir (l’acte sexuel avec sa compagne).

Ces moments, Porfirio les vit avec cette force intérieure qui lui évite (lui interdit) de s’épancher sur lui-même et le fait avancer quoiqu’il en soit. Cet homme que ses jambes ne portent plus vibre d’un désir de vie inouï et caresse sans doute en secret l’espoir que quelque chose surviendra qui lui permettra un jour de marcher à nouveau (Il écoute volontiers le rebouteux qui lui propose un traitement miracle mais hors de prix et fait par simple toucher, un diagnostic optimiste de son état).

Le film a toutes les caractéristiques du documentaire mais Alejandro Landes refuse d’en adopter totalement les codes et c’est sans doute ces glissements vers la fiction, vers l’expression de l’émotion, qui donnent çà et là à Porfirio les contours d’un personnage de fiction. Ce sont les moments où Porfirio devient comédien, fait une incursion du côté du jeu dramatique.

L’une des séquences les plus fortes du film est celle où on le voit regarder par la fenêtre de sa chambre ce qui lui est offert à voir du monde. L’intensité de son regard à ce moment-là donne accès jusqu’au tréfonds de son âme.

Francis Dubois

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