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Professeur documentaliste : le Ministère s’entête à nier notre rôle pédagogique ! Projet de référentiel de compétences des professeurs documentalistes – Compte-rendu de l’audience à la DGESCO du mercredi 12 décembre 2012

La DGESCO et la DGRH travaillent actuellement à la refonte des référentiels de compétences professionnelles des enseignants, professeurs documentalistes et CPE qui servent de base à l’évaluation des stagiaires depuis 2010. C’est dans ce cadre que le SNES a été reçu, mercredi 12 décembre, pour un premier échange autour du projet de texte.

Étaient présents pour la DGESCO, Xavier Turion (adjoint au directeur de la DGESCO), Jean-Yves Capul (sous – direction des programmes, de la formation des enseignants et du développement numérique), Virginie Gohin (Bureau de la formation des enseignants), Jean-Michel Jolion (chef du service de la stratégie de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle) et pour la DGRH, Philippe Santana (adjoint à la Directrice Générale des Ressources Humaines).

Le SNES était représenté par Frédérique Rolet (co-secrétaire générale), Xavier Marand (secrétaire national), Virginie Pays et Claire Richet (responsables du groupe Documentation).

Les syndicats Se-Unsa, Sgen-CFDT, CGT Educ’action, Sud Éducation, SNALC-CSEN et FO-SNFOLC étaient également représentés.

En préambule de la rencontre, M. Turion fournit des éléments d’explications sur le contexte de ce document et sur le calendrier. Il s’agit, dans le cadre de la mise en place des futurs ESPE (Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation), de remettre à plat les compétences attendues des futurs enseignants. Ces référentiels seront un élément du nouveau cadre national de référence de la formation (en lieu et place de l’actuel cahier des charges) et doivent être transmis au plus tôt afin que le travail sur les maquettes puissent commencer et être prêtes pour la rentrée 2013. Ces référentiels feront l’objet d’un arrêté pour remplacer celui du 12 mai 2010 «  Définition des compétences à acquérir par les professeurs, documentalistes et conseilles principaux d’éducation pour l’exercice de leur métier »

Xavier Turion conscient qu’un consensus ne sera pas possible à l’issue de cette rencontre, propose un échange numérique pour de possibles amendements et une 2ème réunion début janvier 2013.

Le SNES s’étonne et interroge tout d’abord sur les raisons qui ont conduit à l’élaboration d’un référentiel particulier pour les professeurs documentalistes alors même que ceux-ci sont des enseignants. Le référentiel des professeurs documentalistes doit avoir une matrice commune avec celui des enseignants avec une mention de leur spécificité. Ce point semble avoir été entendu par les interlocuteurs présents.

Après avoir rappelé le statut d’enseignant des professeurs documentalistes, un certain nombre de remarques sur la forme et le fond ont été formulées. Pour le SNES, ce projet de document pose plusieurs problèmes et n’est donc pas acceptable.

Ainsi, sur la forme, le SNES dénonce l’ambiguïté et la double mission de ce document. En effet, celui-ci mélange des compétences, des prescriptions et des principes. Il y a donc une problème de hiérarchie, de lisibilité et de visibilité entre ce qui relève d’une circulaire de missions et d’un référentiel. Le flou entourant la nature de ce document n’est pas acceptable et entretient le doute sur les intentions de la DGESCO. D’autant que le ministre a annoncé l’ouverture en 2013 de négociations sur les missions des personnels d’éducation. Or, pour une part, parfois importante, le projet de référentiel préjuge des conclusions de cette négociation, ce qui pose des problèmes de méthode, d’autant que nous ne sommes pas favorables à l’évaluation par compétences, y compris pour les personnels.

En ce qui concerne le texte, les remarques ont essentiellement porté sur les passages spécifiques au professeur documentaliste. Une fois éludée la question de la formulation de certaines des compétences et du caractère difficilement évaluable de celles-ci, le débat a été centré sur l’absence de cohérence entre la circulaire de missions de 1986 et le référentiel de compétences proposé (alors même que le référentiel doit induire les missions) et sur la réduction importante du rôle pédagogique du professeur documentaliste. Le projet de référentiel montre une toute autre conception du métier de professeur documentaliste que celle défendue par le SNES. On y trouve ainsi pêle-mêle des missions qui relèvent des Co-psy, des assistantes sociales mais également la création de nouvelles compétences : promoteur de l’innovation pédagogique et des réformes en cours, et enfin un rapprochement avec la Vie Scolaire. Il y a de plus un déséquilibre évident entre la fonction de gestion et celle de formation.

Cette énumération – indigeste - de compétences éloignées du cœur du métier (enseignant) de professeur documentaliste n’est pas acceptable ; de même que le transfert de certaines missions (liées à l’orientation des élèves par exemple) alors que dans le même temps les missions des Co-psy sont mises à mal par le projet de loi sur l’école. Si le professeur documentaliste a une responsabilité dans l’orientation des élèves, celle-ci ne peut se substituer à des missions d’autres personnels.

Les échanges se sont poursuivis sur la nécessité de recadrer et d’alléger les compétences en les recentrant autour du métier de professeur documentaliste et de son rôle pédagogique tout en prenant de la distance avec le rôle administratif vers lequel tend ce projet de texte.

Pour clore la rencontre, Xavier Turion propose aux syndicats d’amender le texte pour la semaine suivante afin qu’une synthèse des différentes propositions soit communiquée début janvier.

Pour le SNES, cette rencontre n’a pas permis de lever le doute sur la nature du document : évaluation pour la formation initiale (stagiaire), continue (protocole d’inspection), préparation d’une nouvelle circulaire de missions ?

Si certaines compétences font référence au rôle du professeur documentaliste comme « garant « de l’éducation aux médias...l’ensemble est bien en-deçà des revendications pédagogiques que le SNES portent pour la profession. Le SNES a tout au long des échanges rappelé son désaccord avec les orientations prises pour le métier de professeur documentaliste.

Enfin, les méthodes employées et le calendrier (moins d’une semaine pour amender un texte) ne peuvent être acceptés par le SNES. Il n’y a pas d’urgence à mettre en place un nouveau référentiel. L’arrêté de 2010 bien que critiquable peut encore servir de base à l’évaluation des futurs stagiaires. Il est important d’engager une réflexion sur cette question et de ne pas se précipiter.

Alors que le Ministère n’a toujours pas répondu au courrier qui lui a été adressé début novembre sur la création d’une agrégation en Information-Documentation, ce texte traduit encore une fois les intentions de l’Institution de vouloir nier notre rôle et notre liberté pédagogique en nous plaçant au plus près de la vie Scolaire !

Dans un courrier adressé au Ministre de l’Éducation Nationale, le SNES demande le retrait de ce projet.

Affaire à suivre …

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    D’autre part, le professeur documentaliste de par sa mission d’accueil des élèves et de gestion du centre de ressources est bien concerné par l’organisation du temps scolaire. Non sous la tutelle de la Vie Scolaire mais bien en collaboration, dans le respect des missions et des personnels concernés.

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