2010

QUI A EU CETTE IDEE FOLLE DE NOUS IMPOSER DE GAULLE ?

La parution du programme de lettres en terminale L (B.O. de janvier 2010) a d’ores et déjà suscité de vives réactions.

On peut effectivement s’interroger sur la pertinence d’un tel choix. Les mémoires du Général de Gaulle ne sont-ils un texte littéraire et ont-ils leur place dans un programme de littérature ?

Selon nous, un texte littéraire n’est pas nécessairement un texte de fiction bien sûr. Toutefois, même si ces mémoires contiennent des passages à tonalité lyrique ou épique, cela ne fait pas pour autant de ce livre dans son ensemble un texte à visée littéraire. Il s’agit essentiellement d’un document historique et politique, du témoignage d’un homme politique et d’un homme d’état sur son époque et sur les événements qu’il a vécus. Les procédés rhétoriques sont utilisés dans une visée oratoire, comme cela peut être le cas dans un discours politique, et non dans une visée artistique.

Le SNES demande donc que cet ouvrage soit retiré de la liste des textes à étudier. Ce programme, très déséquilibré par ailleurs, nous propose d’étudier une œuvre datant de l’antiquité et trois œuvres du XXème siècle, avec un sacré trou au milieu ! L ‘intitulé « littérature et histoire » ne saurait en aucun cas tenir lieu, à lui seul, de problématique pour mener une réflexion solide. Bien sûr, il existe de multiples façons de travailler en cours de français sur le rapport existant entre littérature et histoire et nous sommes nombreux à le faire mais aucun professeur n’a jamais étudié cela dans le vide et encore moins sans problématique ni littérature !

N’est-il pas plus urgent de faire étudier aux élèves de terminale L quelques œuvres littéraires majeures, comme c’était le cas avec les programmes précédents, qui proposaient un choix varié d’auteurs et d’époques, en littérature française et étrangère ?

On ne peut que s’inquiéter face à une dérive de plus en plus répandue, qui consisterait non pas à mettre l’école au service des apprentissages des concepts, de la pensée, de la réflexion, du développement de la sensibilité artistique ou du sens critique, mais au contraire à l’instrumentaliser au profit de l’admiration des « grands hommes » dans le cadre d’un « devoir de mémoire » qui n’a évidemment rien à voir avec l’histoire et encore moins avec la littérature.

Pour l’heure, nous ne savons toujours pas qui est à l’origine de ce choix saugrenu, ce qui nous amène à reposer la sempiternelle question du « qui décide ? » Il semblerait que la profession, réduite à un rôle d’exécutant, soit de plus en plus tenue à l’écart des décisions concernant les programmes, qui lui sont autoritairement imposés, fussent-ils infaisables. La réflexion en la matière ne saurait pourtant nous être confisquée car nous avons notre mot à dire ! Pour nous, la question des programmes est un enjeu majeur qui doit faire l’objet d’une réflexion collective.

Si le caractère littéraire ou non de ce texte est une question qui a suscité débat, n’est-ce pas une raison de plus pour l’inspection générale de remplacer ce texte par un autre, qui ne ferait justement pas débat, ce qui permettrait au passage de rééquilibrer le programme ?

Sans doute conviendrait-il enfin de se placer du point de vue de l’élève : la plupart de ceux qui trouvent pertinent d’étudier les Mémoires de Guerre en terminale L ne sont pas retournés dans un lycée depuis des années. Savent-ils seulement ce qu’on y fait et comment on y travaille ? Si beaucoup d’entre eux ont déjà lu toutes sortes d’oeuvres clefs du patrimoine littéraire français et étranger et ont une culture littéraire étendue, ce qui n’est pas le cas des élèves, qui n’ont que 17 ans et qui n’ont pas encore lu la plupart de ces oeuvres. Le programme de terminale L a justement pour vocation de faire découvrir plusieurs de ces oeuvres majeures. Il nous semble que l’étude des Mémoires de guerre ne s’impose donc vraiment pas, surtout dans le cadre d’un horaire disciplinaire qui, du collège au lycée, se réduit sans cesse, réforme après réforme.

La pédagogie consiste par ailleurs à faire découvrir et étudier aux élèves des ouvrages qui sont, non pas à leur niveau mais à leur portée. Or, les Mémoires de guerre sont un texte difficile d’accès qui plus est en oeuvre complète. En leur proposant ainsi trop tôt l’étude d’un texte complètement inadapté pour la terminale, on risque surtout de les dégoûter. Est-ce le but recherché ?

Alors que de nombreux collègues se demandent comment aborder ce texte et quelles séquences de cours construire à partir des Mémoires de guerre, le problème des sujets de bac risque également de se poser. Quels sujets littéraires pertinents et faisables va-t-on pouvoir inventer à partir d’une telle oeuvre ? N’oublions pas que la terminale est aussi une classe d’examen, avec au bout, le bac !

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