Réformes et rénovations

REFORME STI : REPONDRE AUX ENJEUX

30 avril 2007

 

Après deux années de tergiversations ministérielles les projets de réforme STI, signifiant « Sciences et technologies de l’ingénieur », ont été mis en ligne sur Eduscol et soumis à la consultation des enseignants(1).

Le SNES avait été le seul à révéler le contenu de ces projets sur son site il y a plusieurs mois. Il s’agissait d’imposer un réel débat sur les évolutions des ces formations tant en terme de structure que de contenus.

En effet, les présupposés qui fondent ce projet sont pour certains contestables :

• Il faudrait améliorer la lisibilité des formations et donc les définir sur des champs technologiques plus larges ;

• La « désindustrialisation » du système de production dans notre pays imposerait de n’envisager ces formations que sur un cycle réduit de la vie du produit : « de l’analyse du besoin au prototype » ;

• Certaines formations seraient trop pointues et trop professionnelles. En dehors de ces orientations, le projet pose des questions fondamentales pour le développement de ces séries :

• Comment attirer d’avantage de jeunes sur des domaines technologiques peu concrets et élargis ?

• Quelles sont les conséquences sur les flux de bacheliers vers les BTS, qui demeurent l’un des meilleurs outils pour l’insertion professionnelle et sociale des jeunes diplômés ?

• Les appellations de la série et des spécialités seront-elles comprises par les jeunes et leurs familles ?

• Que deviendront les formations (génie énergétique, génie des matériaux, structures métalliques, bois, systèmes motorisés, matériaux souples...) qui semblent être « oubliées » par la réforme ?

• Quelle sera la place des enseignants de ces spécialités dans les nouvelles formations ? Des formations continues seront-elles prévues ? Quelle sera la politique de recrutement des enseignants des disciplines industrielles dans l’avenir ?

• Qui financera les équipements nécessaires à la mise en oeuvre de la réforme dans les lycées ? L’absence de réponses à ces questions augure mal de la volonté du ministère d’impulser une politique dynamique de développement de l’enseignement technologique industriel.

Le SNES est conscient des difficultés de certaines des formations actuelles, notamment en terme de recrutement. Depuis des années, il réclame une modernisation des contenus et surtout une réflexion globale sur leur nécessaire évolution. Réflexion qui aurait dû être menée avec tous : enseignants et leur représentants, salariés, employeur... Dans le même temps le SNES a proposé un axe de réforme plus ambitieux (voir supplément à L’US n° 619 du 6 mai 2005), réforme qui s’appuierait sur les compétences des enseignants, sur les équipements présents ou à développer dans les établissements, sur l’aspiration des jeunes à étudier sur des supports attractifs. Pour développer les formations industrielles, il faudrait d’abord augmenter leur périmètre en diversifiant les supports pédagogiques, en s’appuyant sur les formations spécifiques qui répondent à des besoins locaux, régionaux.

Nous alertons à nouveau : l’application brutale de ce projet de réforme risque d’entraîner des regroupements de sections, de supprimer des spécialités porteuses et finalement de diminuer l’offre de formation.

Si nous sommes favorables à une réforme, nous refuserons de jouer les apprentis sorciers. Tout projet devrait tenir compte des réponses aux questions posées. Toute application devrait être « progressive et raisonnée », et réversible afin de pouvoir corriger des éventuelles erreurs et dysfonctionnements que peuvent entraîner ces évolutions. Il conviendrait également de s’interroger sur l’évolution et la place des disciplines générales.

L’exemple de l’histoire-géographie (voir ci-dessous) est plus qu’inquiétant.

Enfin, comment expliquer que la série STL ou le génie optique ne soient pas associés à ce projet ?

Les concepteurs seraient-ils en train de « tâtonner » sans une vue globale de ce dossier ?

Et pourquoi pas une grande série STIL « Sciences et technologies industrielles et de laboratoire » capable de faire naître des synergies entre ces formations éminemment stratégiques en terme de développement économique et social ?

Les enjeux sont énormes, les prochains ministres devront en être conscients.

1. Nous confirmons que la fin de consultation est reportée à la fin du mois de juin, ce que semblent ignorer nombre de rectorats.

Effectifs spécialités de STI année 2006 (France métropolitaine)

Génie électrotechnique

13 147

Génie mécanique A : productique mécanique

8 759

Génie électronique

8 375

Génie civil

2 727

Arts appliqués

2 076

Génie mécanique B : systèmes motorisés

1 564

Génie mécanique F : microtechniques

1 316

Génie énergétique

632

Génie mécanique C : structures métalliques

594

Génie des matériaux

417

Génie mécanique D : bois et matériaux associés

438

Génie mécanique E : matériaux souples

332

Génie optique

230

Thierry Reygades

 
 

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