DOSSIERS

OCTOBRE 2016

REUNION DU COR

Réunion COR octobre 2016

Cette Réunion du 19 octobre visait à étudier l’effet du report de l’âge de départ à la retraite et ses impacts macroéconomiques. Le secrétariat général du COR a passé des commandes à la DARES du ministère du Travail (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques), à la DREES, direction des ministères sanitaires et sociaux (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) et de la direction du Trésor du ministère de l’économie.
Vous avez eu accès à tous les documents sur l’extranet de la FSU. Ils cherchent à étudier les effets financiers et économiques et sociaux. En augmentant le nombre de cotisants, ils visent à regarder l’effet sur l’activité et l’emploi des seniors ainsi que les surcouts pour les risques sociaux (invalidité, minima sociaux et indemnisation chômage).
Après la présentation des 3 directions, les conclusions de ces mêmes directions sont très floues avec un emploi quasi systématique du conditionnel. Leurs calculs utilisent les données de la génération 1951 dont le départ était fixé à 60 ans avec une décote qui s’annulait bien avant 65 ans (annulation de la décote progressive mais qui n’existera plus). Les projections sur les effets financiers pour les générations futures sont donc biaisés. Ils utilisent aussi les données récentes du passage de 60 à 62 ans avec cette génération 1951. Pour eux, il y a une forte présomption de quasi indépendance du chômage des jeunes suite au recul de l’âge de départ tout en soulignant qu’il y aurait une faible substitution seniors/ jeunes dans la mesure où les compétences des jeunes et des plus vieux sont différentes. Il nous est précisé que les entreprises n’auront pas le temps de changer leur méthode de travail et qu’il y aura donc des différences de salaires et de d’adaptation des compétences pour les jeunes. Les effets macroéconomiques sont une hausse de l’assiette des cotisations avec un maintien dans l’emploi accompagnée avec une stagnation de l’offre et de la demande d’emploi pour les moins qualifiés et les jeunes et on nous demande d’accepter qu’il n’y ait aucun lien théorique entre la taille de la population active et chômage. Selon les études du Trésor, il y aura +0,7% de population active par année avec une augmentation transitoire du chômage. L’angle d’attaque du Trésor est le PIB qui augmenterait de 1,4 point à terme (2035 !) lors de l’étude liée à un report à 65 ans du départ qu’il a comparé au gel des pensions sans effet sur le PIB voire même en baisse de 0,1 point avec une hausse des cotisations.
Le paramètre santé, bien-être au travail s’il est évoqué sans être en tant que tel traité est renvoyé à la séance du COR de novembre 2016. Notons que suite à la réforme de 2010, la CNAV fait le constat que notamment pour les hommes à 60 ans, 37,8% ont continué à travailler, 32,3% étaient au chômage, 14,7% en invalidité, 11% en inactivité et 3,5% en congé maladie. On voit tout de suite que ce relèvement de l’âge de départ entraîne des transferts vers les minima sociaux.

Résumé des réactions syndicales

CFDT : se montre sceptique sur l’idée même de report. Ne comprend pas l’effet de la hausse théorique de la population active qui aurait une vertu sur tout le système. La hausse du PIB annoncée très précise surprend même si elle dit comprendre que c’est un modèle mathématique qui l’établit. Ce qu’elle retient c’est un effet immédiat de chômage. Pointe le risque d’amplification du mal être au travail. Se préoccupe très vivement sur la remise en cause du dispositif « carrières longues » et de la prise en compte de la pénibilité. Il faudrait selon la CFDT individualiser les choix et prendre en compte les aspirations des gens qui veulent partir tôt.
FO : n’a rien entendu sur un mécanisme de retraite progressive. S’inquiète sur l’explosion annoncée des dispositifs sociaux et s’étonne qu’on puisse évacuer si simplement que il y a beaucoup de salariés qui auront une faible pension qui ne sont déjà pas en activité au moment du départ.
CGC : fait remarquer que cette étude ne plaide pas en faveur du décalage de l’âge de départ.Le chômage reste trop élevé dans notre pays. La mesure la moins nocive serait la modération des pensions.
CGT  : surpris qu’on puisse affirmer qu’il y a un effet symétrique entre décalage de l’âge de départ et offre d’emploi sur le long terme. L’effet le plus probable sera en fait la persistance de l’existant mais avec en plus des effets sociaux dramatiques.
MEDEF : ravi de cette étude qui permet de faire avancer le schmilblick. Il n’y aurait qu’en France qu’on ne toucherait pas à l’âge de la retraite.
CFTC : La réforme de 2010 n’a pas ramené les gens au travail. Il faut relier le prolongement de l’activité en lien avec l’état de santé au travail. Favorable à une retraite à la carte.
UNSA  : prend avec réserves les modèles économétriques. L’âge ne doit pas être le seul angle de vue puisqu’il creuse les inégalités. Quel effet sur le taux d’épargne ? Cite les destructions d’emploi liées au numérique. L’homogénéisation par l’âge dissimule une forte disparité et une grande injustice.
FSU : s’étonne qu’on puisse ignorer les effets des réformes précédentes alors que la vie active aura été marquée par l’aggravation des conditions de travail et le stress. Vouloir résorber le chômage à long terme en augmentant la durée du travail dans un contexte de faible croissance relève de la quadrature du cercle. S’étonne qu’on ne prenne à aucun moment des éléments de démographie. Pour répondre au MEDEF, la FSU précise que d’ici 2060, l’Allemagne devrait perdre presque 15 millions d’habitants et avoir une population de 66 millions d’habitants, contre près de 74 millions en France qui en aura gagné 9 millions dans le même temps. Dès lors, en 2060, la part des plus de 65 ans atteindra presque le tiers de la population en Allemagne, contre 27% en France. Les perspectives de dépenses de retraite liées à l’âge sont donc plus préoccupantes en Allemagne ce qui peut expliquer des décisions politiques différentes outre Rhin. Rappel du contrat intergénérationnel avec ses deux faces. Si
les actifs paient les pensions des retraités, en contrepartie les salariés âgés laissent la place sur le marché du travail aux nouvelles générations.
UNAF : L’âge ne peut être un critère. Elle note qu’une organisation syndicale se prononce pour une baisse des pensions.

Le Président du COR conclut la réunion en arguant du fait que l’étude présentée n’engage ni le gouvernement, ni le COR ni la direction générale du Trésor. Il dit qu’il a juste demandé à des gens de travailler…

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