Politiques sociales

RSA ,une mesure en trompe l’oeil

Nicolas Sarkozy a fixé au RSA un objectif majeur : contribuer à l’éradication de la pauvreté. Il faut donc regarder si de ce point de vue, le RSA est un outil adéquat, d’ autant que l’emploi ne met pas à l’abri de la pauvreté (1,7 millions de travailleurs sont pauvres).

Le RSA se substitue au RMI et à l’API (allocation parents isolés), il « complètera » les revenus du travail si ceux –ci s’avèrent inférieurs aux minimas sociaux perçus. L’intention est louable (certains pourraient y gagner une centaine d’euros), mais le premier problème est son postulat : les individus actuellement sans emploi ne souhaitent pas travailler car ils y « perdraient », il faut donc une incitation financière. Or, toutes les enquêtes montrent que la plupart des rmistes qui reprennent un emploi ne se sont pas posés la question et ont choisi de toute façon de retravailler. Le 2eme problème est celui de « l’employabilité », les plus immédiatement « employables » sont déjà les premiers embauchés. Les expérimentations dans certains départements montrent que les femmes sont les plus sollicitées. Une partie importante des emplois offerts se trouve d’ailleurs dans les activités de « services », aide à domicile, emplois du commerce… où elles occupent déjà une bonne partie des emplois à temps partiel et faiblement rémunérés. Le RSA risque de développer encore ce type d’emplois de mauvaise qualité.
Les chômeurs, surtout de longue durée, sont souvent en mauvaise santé, car ayant auparavant occupé des emplois pénibles, et faute d’argent, ont été tardivement soignés. Ils ont donc du mal à trouver, puis à garder un emploi dans des métiers souvent très durs (bâtiment).De plus beaucoup ne possèdent pas de véhicule, n’habitent pas dans les endroits les mieux desservis…Les familles monoparentales (essentiellement mère et enfants) ont de grandes difficultés,car le manque de places en crèches,et le coût élevé de la garde d’enfant rendent la prise d’un emploi très compliquée. L’isolement, est en lui –même est un facteur aggravant de la pauvreté et un obstacle à la reprise d’emploi.
Et le principal problème reste bien la faiblesse du nombre d’emplois proposés, que ne va pas améliorer la récession qui se profile. Mais le RSA est une aubaine pour les patrons qui pourront embaucher à temps très partiel (une dizaine d’heures) et à salaire de misère, puisque celui-ci sera complété.
Au bout de 6 mois de versement du RSA, les bénéficiaires toujours sans emploi verront leur cas réexaminé par le Conseil Général,qui pourra décider de réduire, suspendre ou supprimer le RSA. Comme il n’y aura plus de RMI, on peut s’inquiéter légitimement du devenir de certains allocataires,( qui seront nombreux pour les raisons citées plus haut), d’autant que l’incitation au travail devient de plus en plus une « obligation d’ emploi » -voir la loi sur l’Offre Raisonnable d’Emploi. La question se pose aussi parce que le financement* est bien en – deça des besoins,que ce soit pour couvrir la masse des allocataires ou pour financer des formations, des aides au retour à l’emploi de personnes qui en ont été très longtemps éloignées.
La lutte contre la pauvreté passe par le développement de services publics et de politiques sociales fortes (santé, garde d’enfant, logement, transports, formation…) ; elle suppose des créations d’emplois correctement payés. Faute d’une mise en musique de ces politiques à tous les niveaux, le RSA risque de décevoir et la pauvreté de rester le lot de plusieurs millions de personnes.
Elizabeth Labaye

Alors que le chiffre de 4 milliards avait été avancé,on en est aujourd’hui à un milliard et demi( au-delà du redéploiement du RMI et de l’API).De plus, alors que le président avait un temps évoqué la possibilité de « faire payer les riches », il a bien vite tourné casaque : le bouclier fiscal mettra à l’abri de la contribution les « 200 familles » ! Faisant porter uniquement la solidarité sur les classes moyennes, même si un plafonnement des niches fiscales (gain de 40 à 100 millions d’euros) est maintenant avancé comme une aumône.

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