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Rapport Grosperrin : du socle au plafond !

Un rapport sur « la mise en œuvre du socle commun de connaissances et de compétences au collège » vient d’être publié par la Commission
des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Alors que la presse ne s’est focalisée que sur le brevet des collèges,
à travers ses 17 propositions il explicite tout l’enjeu du socle : un outil politique de transformation radicale du collège sous tous ses aspects.

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Rapport Grosperrin

Le socle : une logique globale
Pour le rapporteur, député (UMP) du Doubs, la loi Fillon a transformé le collège en « l’un des maillons de la scolarité obligatoire » qui forme un « continuum qui va du primaire à la Troisième ». Confirmant la mise en place d’une scolarité en deux temps qui éloigne le collège du lycée, il préconise dès lors que les pratiques d’enseignement en collège « s’inspirent du primaire » tout en reconnaissant que le « collège est le réceptacle des échecs du primaire ».

Malgré cette contradiction, le rapport continue de dérouler la logique du socle et de ses conséquences sur la conception du métier d’enseignant, la définition des contenus enseignés et l’organisation des établissements. Tout au bout de cette logique, on trouve la réorganisation des structures pédagogiques des premier et second degrés pour former à terme des « écoles du socle commun », ultime horizon assigné à la moitié d’une génération.

L’« obligation de résultat » doit conduire dès maintenant, dans l’esprit du rapporteur, à responsabiliser les établissements. Chaque collège pourrait ainsi devenir une entité autonome et déroger à toutes les règles : organisation pédagogique mais aussi recrutement local des enseignants. On retrouve ici l’esprit du récent décret EPLE qui constitue un outil privilégié de déréglementation en renforçant le pouvoir du chef d’établissement appuyé par le conseil pédagogique. L’évaluation devient, dans cette logique, un instrument essentiel de pilotage d’un système éducatif éclaté.

Lorsqu’il a été reçu par la mission parlementaire en décembre dernier, le SNES a dénoncé cette logique. Soulignant la lassitude et la colère des personnels devant les conditions de travail et d’étude (que le rapporteur reconnaît finalement en constatant que la « charge de travail supplémentaire (...) est d’ores et déjà très mal acceptée »), il a mis en avant ses ambitions pour un collège de la réussite pour tous.

Mais nos arguments, comme ceux portés par d’autres contradicteurs auditionnés, sont taxés « d’incompréhension de principe », d’expression
d’inquiétudes, d’oppositions. Seule réponse : « le rapporteur ne partage pas ces opinions ». Comme l’affirme l’un des députés lors du débat de la Commission, « les propositions du rapport forment un tout cohérent et doivent être mises en œuvre dans leur ensemble : il n’est pas possible de
les individualiser
 ».

Pierre angulaire de l’éclatement du système éducatif et de l’accroissement des inégalités scolaires, le socle est bien un instrument de transformation du collège, d’alourdissement de la charge de travail et de dénaturation des métiers.


Les RAR (réseau ambition réussite) « matrice » des écoles du socle
De nombreuses propositions émises par le rapport ont été mises en place dès 2006 par la réforme Robien :
– Réseaux collège et école gérés par un comité exécutif qui concurrence le CA.
– Socle commun comme « objectif cible ».
– Recrutement local des enseignants d’appui.
– Pressions pour des échanges de service école/collège.
– Multiplication des groupes de compétences.
– Déréglementations multiples (durée des cours, horaires, etc.).
Le rapport appelle à généraliser ce modèle.

Les métiers dénaturés
À partir de la conviction, assumée contre l’avis des personnels, que le socle commun est la seule solution à la construction du « collège unique », le rapport décline des propositions qui transformeraient les métiers de l’enseignement : bivalence « à réinventer », allongement du temps de
présence des enseignants dans les établissements, nouvelles missions, échanges de service avec le premier degré...

Cette transformation s’opérerait dans le cadre d’un fonctionnement bouleversé des établissements : heures non affectées et postes à
profil en échange d’engagements sur des objectifs précis, grilles horaires locales, évaluation des élèves par compétences, rôle du conseil pédagogique, refonte des cycles d’apprentissage en adossant par
exemple la classe de Sixième au primaire dans un cycle allant du CE2 à la Sixième...

En fait, considérant que le collège serait toujours trop tourné vers le lycée, le rapport ressort de vieilles recettes qui n’ont jamais réellement fait leur preuve. Faisant resurgir un débat aussi vieux que le collège lui-même, mais aujourd’hui inscrit dans l’idéologie qui présente l’autonomie comme solution miracle dans la lutte contre les inégalités, le rapporteur propose la fin d’un enseignement disciplinaire, et une formation initiale et continue des enseignants interdisciplinaire, centrée sur le socle et appuyée sur un « Mode d’emploi du socle » conçu par niveau et non par discipline.

Le constat sur la difficulté dans la gestion de l’hétérogénéité des classes et sur l’empilement des tâches ne conduit malheureusement pas l’auteur du rapport à s’interroger sur les conditions d’enseignement (lourdeur des effectifs de classes, nombre de classes prises en charge par un enseignant…) et les raisons sociales. De même, la vie scolaire n’est abordée que sous l’angle de l’expérimentation tous azimuts (plan Hirsch, mallettes des parents, projets pour valider les piliers 6 et 7 du socle...) rien sur les personnels et leurs conditions de travail...

On en reste au « faire plus... avec toujours moins » !

Les disciplines en accusation
L’organisation du collège et de l’Inspection générale en disciplines serait un frein à la mise en place du socle commun, il s’agirait donc de
les mettre au pas. Allant de pair avec un développement de la bivalence dont pourtant personne n’a jamais prouvé qu’elle permettait de faire davantage réussir les élèves, le rapport propose une restructuration de l’Inspection générale par grands champs disciplinaires ou par cycles d’apprentissage. Il s’agirait aussi « d’élaborer les programmes à partir de thèmes de convergences entre les disciplines ».

À l’inverse, le socle commun, paré de toutes les vertus, permettrait de redonner goût à l’école, de former les enseignants à l’interdisciplinarité
et au travail en équipe.

Pour « faire classe », comme ne sauraient le faire que les enseignants du premier degré, et donner sens aux apprentissages, toute la panoplie des
tenants de la « primarisation » du collège est utilisée : champs disciplinaires, accompagnement éducatif au service du socle commun,
organisation des enseignements et évaluation par compétences.

Dans cette logique, le brevet 2011 est qualifié de « bancal, voire baroque ». Ainsi, le rapport propose de le réduire à une attestation du socle commun simplifiée – car il juge le livret actuel « avec sa centaine d’items et ses multiples sous-compétences (...) trop touffu et décourageant pour les enseignants » –, délivrée sur la base de « quelques exercices simples et clairs reposant sur des mises en situation réelle » auxquels se réduiraient les épreuves terminales.

Privilégiant l’audition des promoteurs du socle commun (Dubet, Joutard, Lelièvre...), la commission n’a pas entendu de chercheurs spécialistes
de la difficulté scolaire (par exemple le groupe Escol avec Rochex, Bautier ou Bonnéry) ou ayant un regard critique sur la réforme des compétences en Belgique ou au Québec. Ce n’est sûrement pas un hasard.

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