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Rapport du HCE sur le collège : De « vieilles recettes » pour un vrai problème

On attendait du Haut Conseil de l’Education des pistes pour relancer la démocratisation du 2nd degré à partir d’une analyse fine et sérieuse de la situation du collège. Or son rapport sur le collège est décevant sur les raisons des difficultés que rencontre aujourd’hui le collège et très convenu dans les recommandations.

Résumant l’histoire de l’unification progressive du collège de manière caricaturale - l’analyse de l’ensemble des difficultés manque pour le moins de rigueur - il s’appuie sur des chiffres erronés et/ou approximatifs pour dresser un tableau apocalyptique qui ne décrit que partiellement la réalité et conduit les rapporteurs à faire de la proposition de décrocher le collège du second degré pour le transformer en « école du socle commun » le point d’orgue de l’orientation de ce rapport.

Si les rapporteurs affirment la nécessité de maintenir le collège comme lieu unique de scolarisation de tous les jeunes d’une génération et reconnaissent que le collège est insuffisamment doté, ils n’interrogent jamais les inégalités sociales à l’œuvre dans la société française et se gardent bien de condamner l’assouplissement de la carte scolaire qui a pourtant renforcé la polarisation sociale des établissements.

Loin d’émettre le moindre jugement critique sur l’actuelle remise en cause de la formation des enseignants, ils ignorent complètement la complexité du métier en laissant entendre qu’il suffirait de transmettre quelques « gestes professionnels simples qui ont fait leur preuve » pour que les enseignants fassent mieux réussir leurs élèves. Ce faisant, ils passent totalement sous silence les conséquences des suppressions massives d’emplois (travail systématique en classe entière, effectifs pléthoriques des classes) qui rendent pratiquement impossible toute diversification pédagogiques.

Bien que reconnaissant que nombre d’élèves sortent de l’école primaire avec des lacunes importantes, les rapporteurs n’hésitent pas à rendre l’organisation disciplinaire du collège responsable de l’échec scolaire afin de prôner une « primarisation » du collège.

On retrouve ensuite toutes les fausses bonnes recettes qui ont pourtant été rejetées à plusieurs reprises par la profession : temps de présence des enseignants accru dans l’établissement, redéfinition de leurs missions, distinction entre enseignants de lycée et enseignant de collège pour conduire « certains professeurs de collège à enseigner plusieurs disciplines », utilisation locale différenciée d’une partie significative de la dotation horaire de base…

Le « cloisonnement disciplinaire » ayant été remis en cause au détour d’un bref paragraphe, le socle commun est présenté comme la seule solution pour « élever le niveau général » et permettre « enfin à l’ensemble d’une classe d’âge de s’appuyer sur des acquis communs et consolidés ». Le rapport reconnaît pourtant que le socle est en fait conçu pour tous les élèves qui n’auraient pas « les capacités d’aller au-delà », naturalisant ainsi les inégalités entre les élèves !
Rien n’est dit sur les moyens de réaliser l’impérieuse nécessité de faire entrer aujourd’hui tous les jeunes dans la culture scolaire, ignorant ainsi toutes les évolutions de la société française depuis 20 ans.

Le SNES combattra ce renoncement à construire la réussite de tous les élèves. Appelant depuis des mois à un large débat sur l’avenir du collège dont ce rapport ne peut être le seul élément de base, il rappelle son exigence d’une scolarité obligatoire prolongée jusqu’à 18 ans pour permettre l’accès de tous les jeunes à une culture commune réellement ambitieuse.

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