A la une des lycées

Redoublement en seconde et en terminale : une improvisation dangereuse

Le redoublement en lycée est concerné par des mesures récentes qui entrent en application en ce moment (en seconde GT) ou à la rentrée prochaine (en terminale) :
- en fin de seconde GT, le redoublement ne peut plus être proposé par les conseils de classe ; il ne peut plus qu’être demandé par les familles si la décision d’orientation du conseil de classe ne leur convient pas. Pour le ministère, le redoublement doit devenir « exceptionnel ».
- en revanche, les élèves de terminale qui échouent au bac auront désormais le droit de redoubler dans leur lycée d’origine, qui sera donc tenu des les accueillir – jusqu’ici, ce droit au redoublement n’impliquait pas forcément la garantie de rester dans son établissement.

Double mesure sur le redoublement, et double improvisation de la part du ministère, qui n’a visiblement pas envisagé les conséquences désastreuses que ces mesures risquent d’avoir :

- Aucun moyen supplémentaire n’a été prévu pour les lycées qui devront accueillir les redoublants de terminale : les élèves auront donc le « droit » de s’entasser dans des classes surchargées, ce qui n’est pas la meilleure garantie de conditions de travail propices à la réussite. Dans le même temps, des lycées qui pouvaient accueillir préférentiellement les redoublants d’un « bassin » donné, en leur offrant des conditions de travail améliorées, risquent d’être « vidés » d’une partie de ces élèves (cas de certains lycées parisiens par exemple). Dans tous les cas, les rectorats le disent clairement : ils n’ont aucun moyen de savoir comment cette mesure va se traduire en termes de « flux » à la rentrée prochaine, les redoublants de terminale n’ont donc pas été inclus dans les prévisions d’effectifs. Gouverner, c’est prévoir ?...

- En seconde GT, les enseignants ont de moins en moins de possibilités pour aider les élèves à progresser et réussir dans leurs apprentissages. L’affichage de l’accompagnement personnalisé est en complet décalage avec la manière dont il est perçu par les élèves comme par les équipes pédagogiques. Le redoublement n’est pas une solution « miracle », mais sa suppression de fait l’est encore moins, et le ministère n’a rien d’autre à proposer aux élèves en difficulté à l’issue de leur année de seconde que la réactivation des « stages de remise à niveau » : rattraper en deux semaines ce que l’élève n’a pas réussi à acquérir en dix mois de cours voire au collège... Le redoublement rendu quasi impossible est un leurre pour ces élèves qui risquent d’être envoyés vers des souffrances certaines.
Résultat de cette situation intenable : des équipes pédagogiques sont parfois conduites, sous la pression de leur hiérarchie, à conseiller aux élèves en difficulté une orientation vers la voie professionnelle ou à imposer une orientation vers la voie technologique en « espérant » que la famille refusera, et demandera alors le redoublement de la seconde GT. Ainsi, cette mesure conduit à :

- l’adoption par les personnels de stratégies qu’ils réprouvent moralement, mais qui leur apparaissent comme le seul moyen pour empêcher que des élèves soient envoyés vers un échec certain ;
- renforcer de manière cynique les hiérarchies entre voies et séries, les voies technologique et professionnelle apparaissant encore plus comme une « punition » destinée aux élèves les plus fragiles. Belle revalorisation de ces voies de formation !

Le Snes-FSU demande que soient clarifiées très rapidement les conditions d’application des nouveaux textes concernant le redoublement en terminale et en fin de seconde GT.

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