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CINEMA AUDIOVISUEL Rencontre avec l’Inspection Générale au sujet des NOUVELLES EPREUVES de cinéma et audiovisuel à partir de la session 2013 du BAC

COMPTE RENDU du RENDEZ VOUS avec l’Inspection Générale de Cinéma et audiovisuel

Mercredi 12 septembre 2012

Le SNES a demandé une audience à l’Inspection générale afin d’échanger sur les nouvelles épreuves de spécialité en série L en cinéma et audiovisuel parues au BO n° 14 du 05 avril 2012.

La délégation, composée de Sandrine Charrier, secrétaire nationale, de Suzanne Dené et d’Alexandre Boza pour le groupe Cinéma et Audiovisuel, a été reçue par Patrick Laudet, IG chargé du cinéma et audiovisuel et Françoise Savine, chargée de mission auprès de l’IG et IA IPR de l’académie de Versailles.

Le SNES annonce avoir été alerté par l’inquiétude que manifestent beaucoup d’enseignants de plusieurs académies. Les questions sont récurrentes, et on peut en dégager trois catégories :

• L’impréparation des collègues dans un délai aussi court. Les nouvelles épreuves ont été publiées en avril. Un colloque a été organisé début juin mais réservé aux IPR.

• La nouveauté des sujets, sensiblement différents des anciens, et un sentiment d’incompréhension devant des sujets aussi éloignés de leur pratique.

• La peur de l’évaluation des candidats, donc de leurs propres élèves, par des collègues qui n’auront pas les mêmes appréciations sur les travaux réalisés. L’impréparation des enseignants va desservir les élèves.

Si les collègues peuvent comprendre que le sujet 1 avait fait son temps, et s’ils sont éventuellement prêts à le préparer pour le Bac 2013, les reproches pleuvent sur le sujet 2.

Le SUJET 1

Les collègues « valident » dans leur majorité le nouveau sujet 1. Ils sont prêts à expérimenter la « trame narrative » assortie d’une consigne d’écriture. Ils regrettent que la consigne limite le nombre de séquences à 4, ce qui exclut un montage alterné par exemple. Une grande partie du programme concerne l’enseignement du scénario, et cet aspect n’est pas suffisamment valorisé dans l’examen final. Les collègues auraient souhaité pouvoir se familiariser avec le sujet 1 pendant deux ans : le tester en Première et le préparer l’année du bac à partir d’une collection de devoirs réalisés.

Le SUJET 2

Le sujet 2, en revanche, fait l’objet d’une incompréhension totale. Les collègues reprochent à ce sujet de ne valoriser que la capacité d’analyse, qui est déjà prise en compte lors de l’épreuve orale. Ils craignent que la classe de terminale ne se transforme en une année de bachotage où les élèves devront apprendre par cœur les 3 films au programme, ainsi que les axes d’étude que l’on peut y trouver.

Ils trouvent également que la quantité de photogrammes est beaucoup trop importante et va faire perdre du temps aux candidats (temps de lecture et d’appropriation). (45 photogrammes pour MON ONCLE et L’HOMME A LA CAMERA, 48 pour YELEEN).

Ils reprochent à ce sujet de ne pas prendre en compte la créativité des élèves, qui figure pourtant dans les programmes.

Dans la Seconde Partie, c’est la quantité de choses différentes demandées qui les affole : un synopsis, l’explication et la justification des partis pris retenus, la description de 3 à 6 plans significatifs pour l’axe retenu, le tout accompagné d’éléments visuels comme plan au sol et storyboard, donc le tout en 90 minutes.

Le sentiment général est que cette épreuve est inadaptée.

REPONSES APPORTEES PAR L’INSPECTION GENERALE.

P. Laudet retrace l’historique de la décision de modification des sujets. Beaucoup de professeurs étaient mécontents des anciens sujets. Il était difficile d’obtenir des scénarios originaux de bonne qualité pour le sujet 2. Lors de la dernière session, le Recteur a même refusé de signer un sujet de scénario.

La DGESCO a également demandé une harmonisation des épreuves avec les autres disciplines qui ont toutes un programme limitatif. En cinéma et audiovisuel, le coût des droits pour l’exploitation des films est élevé et il faut davantage rentabiliser cette dépense. Le programme limitatif doit être évalué également à l’écrit.

Alain Bergala et Jacqueline Nacache se plaignent également du trop faible niveau en analyse filmique des étudiants en L1. Les élèves étaient impréparés. La décision a donc été prise de modifier les épreuves.

Les collègues et universitaires ont été consultés de Bac – 3 à Bac + 3 afin de créer un lien concerté. Une commission a été constituée. Elle regroupait des personnes ayant des compétences didactiques (A. Bergala, J. Nacache), 2 membres des Ailes du Désir, des enseignants en BTS (DLA) et en CPGE.
« Il a fallu faire des choix pour un cadrage restreint et lisible puis une exégèse dans le cadre des textes complémentaires et des ressources ».

Il déplore que le texte prêt en décembre 2011 n’ait été publié qu’au BO du 05 avril 2012. Il y a eu entre temps une circulation discrète et une diffusion en sous-main par les Ailes du désir pour que les collègues soient informés.
La formation des IPR a eu lieu en mai. A cause du calendrier et du coût que cela implique, il n’a pas été possible de faire un PNF, mais un séminaire national a été organisé début juin 2012. Y étaient convoqués un enseignant pour deux académies, sur désignation des IPR, ce qui représente 15 professeurs. Le but était de préparer les enjeux en constituant des ateliers. Des annales ont été préparées en amont.

Les collègues à l’issue de cette formation semblent plutôt satisfaits selon P. Laudet. Le retour en académie se fera dès la rentrée par l’intermédiaire des IPR.

P. Laudet ne voit pas d’un bon œil de surseoir à la mise en œuvre de l’épreuve. D’ailleurs c’est impossible à cause des autres arts. Cette année sera perçue comme un galop d’essai. Les jeunes professeurs « formés différemment » voient bien l’intérêt de ces nouvelles épreuves. Il ne pense pas que les élèves puissent pâtir de ce délai (jugé trop court par le SNES) vers l’évaluation. Il faut retrouver de la sérénité.

Le choix de photogrammes, donc d’images fixes, imprimés sur papier a été fait parce qu’il n’est matériellement pas possible d’organiser la projection d’un extrait le jour du Bac, comme cela se fait au concours d’entrée à la Fémis. Il y a aussi le problème des droits pour la question des sujets d’examen (DVD et extraits) car il n’existe pas de conventionnement.
Il n’y a pas de redondance entre l’oral et l’écrit. On n’évalue pas la même chose.

Le SNES : si le programme limitatif est évalué à l’écrit, quel est l’avenir de l’épreuve orale ? Y a-t-il des projets de Contrôle continu ?

P. Laudet n’a pas de réponse à apporter à la question du passage de l’épreuve orale en contrôle continu. Il dit son attachement au diplôme national, mais qui fait une machine gigantesque. La question de la reconquête du mois de juin n’est pas résolue. Les professeurs qui ont enseigné toute l’année sont souvent fatigués quand ils sont convoqués pour être jurys. Problème de jurys absents (malades), de délai de correction trop court. Une part peut sans doute être évaluée en contrôle continu. C’est une piste, la DGESCO y réfléchit. Il faut rechercher une cohérence entre l’année scolaire, l’examen et la place de la notation. Dans le cadre de la rénovation du DLA en BTS audiovisuel, le choix du passage au contrôle continu va probablement être fait.

Le SNES répète son attachement à des épreuves nationales et terminales. Est évoquée la question de l’évaluation de l’EPS qui a lieu en CCF et qui pose problème.

P. Laudet souligne le coût considérable de la préparation des questions nationales (temps, argent). Tous les ans se fabriquent 10 sujets de chaque type (sujet 1 et sujet 2) au bac.

F. Savine explique les attentes par rapport au sujet 2. Il ne s’agit pas d’une composition ni d’une dissertation. On acceptera une « Série de blocs pas reconstruits ». Il ne sera pas demandé de mise en disposition avec un seul mode d’écriture. Ce n’est pas nécessaire car les élèves en font déjà beaucoup dans d’autres disciplines. Et il y a le problème du temps imparti. On acceptera une écriture hétérogène dans le statut technique.

P. Laudet : sur le fond, la forme dissertative n’est pas exclue mais pas exclusive. La forme est un critère d’évaluation, parfois dans l’audace. Il peut y avoir un « bricolage » qui n’est pas la dissertation.

Le SNES : Quelle peut être cette forme ?

F. Savine : Il s’agit d’un « parcours de réflexion » comme processus dans la formation. Il ne doit pas être trop coercitif. Il ne sera pas attendu de logique de reconstruction de l’écrit, mais d’analyse.

Le SNES demande que les termes et attendus soient explicités dans le texte administratif de cadrage des épreuves.

F. Savine s’engage à recontacter les IPR pour la mise en œuvre.

Le SNES  : Si les enseignants du supérieur ne sont pas satisfaits des élèves qui arrivent en L1, les professeurs de lycée, eux, ne sont pas satisfaits des nouvelles épreuves qu’il assimilent à un examen sanctionnant une première année universitaire.. Certains collègues sont prêts à ne pas préparer leurs élèves au sujet 2.

P. Laudet (très surpris) : Le statut de fonctionnaire ne permet de se soustraire à ses obligations. C’est un risque qu’il ne conseille à personne de courir !

F. Savine : Des éléments de corrigés sont possibles pour le sujet 1 car le cadrage du travail est beaucoup plus grand. Le problème est lié à la nature et au degré d’urgence.

P. Laudet croit que ces épreuves sont intéressantes car elles permettent de faire valoir des compétences diverses. Est évoqué le problème de la formation sur les approches.

F. Savine ne croit pas qu’il soit nécessaire de revoir la façon d’aborder les films en classe car il faut plutôt « faire venir à la conscience les champs sur lesquels on s’appuie ». « Varier selon les films et peser vers une pertinence relative ». Il faut être du côté des élèves, quels que soient les axes retenus. Il ne s’agit ni d’une dissertation, ni d’une composition. L’écriture peut être hétérogène dans la rédaction. Il n’y a pas d’unique modèle formel. Il est possible d’avoir des entrées plus larges comme des grandes dominantes. Il faut varier les champs sur lesquels on s’appuie et les connaître en fonction des films. Il faut aller doucement, et les mettre en place en termes d’interrogations. (Par exemple, est-ce que le « costume » serait une entrée possible ?) Mais il faut reconnaître dans l’axe la thématique plus large.

P. Laudet souligne l’évolution de l’analyse filmique « qui n’est plus aussi formaliste. Il y a une volonté d’ouverture vers les humanités ». Il faut étendre le cinéma vers une formation humaine, vers l’herméneutique. Rompre avec la grammaire de l’image.

P. Laudet : Il faut poser la question de la formation et de l’accompagnement pour qu’ils soient pour les professeurs un moment intellectuel. Les professeurs sont des concepteurs. Il faut essayer d’avancer et « faire mémoire vers les anciens profs pour transmettre les principes et le faire dans l’évolution du temps ».

Le SNES regrette de ne pas avoir été consulté aux différentes étapes du travail de la commission d’experts. Le SNES a des groupes de travail dans toutes les disciplines et est prêt à faire des propositions.

L’Inspection Générale prend bonne note de la proposition du SNES.

17 octobre 2012

Ce compte-rendu n’a pas été relu par Patrick Laudet et Françoise Savine.

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