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"Rome plutôt que vous" un film de Tariq Teguia - Algérie, France, Allemagne

"Rome plutôt que vous" est à plusieurs titres une œuvre passionnante. D’abord parce qu’on doit ce film à un jeune réalisateur algérien qui y mène de front un portrait de l’Algérie actuelle -nous sommes dans les années 90- celle qui traverse une guerre larvée, et un film personnel, rude, qui n’explique, ni ne s’apitoie mais montre sans concessions, avec un souci d’esthétisme brut, ce mélange de désespoir et d’optimisme qui laisse en équilibre périlleux des personnages en attente de lendemains.
Kamel a la trentaine. Il mène une existence incertaine entre chômage, petit trafic et problème de logement. Son projet est ce visa qui lui permettrait de quitter son pays, l’enfermement où il est piégé et d’aller vivre ailleurs, peut-être en Italie. Pour entrer en contact avec Le Bosco, un marin qui pourrait l’aider, il entreprend avec Zina une virée d’une nuit dans Alger et sa banlieue, principalement le quartier de La Madrague à bord d’une voiture empruntée. Les difficultés qui les attendent sont annoncées dès les premières images. La préparation d’un simple café est un jeu d’obstacles : les allumettes qu’on trouve dans le commerce sont déficientes et le robinet de la cuisine ne crachote à certaines heures que quelques gouttes d’eau.
Le Bosco introuvable, le couple va se perdre dans les rues d’une banlieue poussiéreuse, au milieu des chantiers interrompus, des maisons inachevées, partiellement habitées. Dans ce quartier déserté par des habitants qui anticipent l’heure du couvre-feu, la voiture et ses occupants tournent en rond à l’image de la jeunesse piégée par l’enfermement dans un pays qui a peu à lui offrir.
Avec une errance dans un décor dont on peut penser qu’il est le symbole d’un devenir possible ou celui du dernier espoir sacrifié, une partie de foot avec des enfants sur une plage, un interrogatoire musclé et moralisateur par des policiers en civil dans la salle d’un bar, une halte nocturne chez un ouvrier boulanger journaliste de son état, Rome plutôt que vous pénètre mieux qu’on ne l’a jamais fait, à travers les images d’une ville, l’intimité d’une génération privée d’avenir et dont la seule possibilité, la seule préoccupation est l’exil.
Huit années ont été nécessaires à Tariq Teguia pour faire son film. Il aura fallu deux autres années pour que le film présenté à Venise en 2006 arrive en France. Le cinéma africain ne bénéficie pas encore de l’engouement que les financiers et les critiques ont pour le cinéma asiatique. Il faut espérer que ce film singulier, cette œuvre personnelle qui compte sans aucun doute parmi les productions les plus fortes du cinéma maghrébin attirera l’attention. On attend avec beaucoup d’intérêt, le prochain film de Tarik Teguia.
Francis Dubois

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