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Un film de Damjan Kozole (Slovénie/Allemagne/Serbie/Croatie)

"Slovenian girl" Sortie en salles le 2 février 2011

Aleksandra a 23 ans. Elle étudie l’anglais dans une faculté de Ljubljana, capitale de la Slovénie. Elle a très peu de contacts avec sa mère à qui elle reproche d’avoir quitté le domicile conjugal pour vivre une autre histoire. Elle est plus proche de son père, un vieux rocker pathétique, dépourvu de talent.
Pour vivre de façon décente, Aleksandra se prostitue par petites annonces sous le nom d’emprunt de Slovenian Girl. Saisie par le goût de l’argent facile, elle se laisse aller petit à petit à multiplier les rencontres. Avec le pécule accumulé, elle achète un appartement pour l’acquisition duquel, elle fait un emprunt qui l’engage à payer des traites importantes.
Mais un jour qu’elle rejoint un député étranger (l’action du film se situe pendant la présidence slovène de l’Union Européenne) celui-ci, qui a sans doute ingurgité une trop forte dose de viagra, succombe sous ses yeux à une crise cardiaque.

A cette occasion, celle qui se cachait derrière le pseudonyme de Slovenian girl est recherchée puis repérée par un proxénète qui veut la faire chanter.
Pour lui échapper, elle est obligée de suspendre les petites annonces qui lui fournissaient sa clientèle et du coup, se retrouve privée de ses revenus…
En Slovénie, la production cinématographique dépend directement du bon vouloir du pouvoir en place puisque les chaînes de télévision n’y sont pas impliquées.
Sous le régime de droite, le gouvernement qui avait décrété que tous les cinéastes étaient des opposants, avait coupé les vivres à tout projet. Le gouvernement actuel, plus favorable au cinéma, permet une production de quatre à cinq films par an, ce qui paraît peu mais qui représente en réalité une grosse avancée, compte tenu du petit marché du pays.
Les films slovènes bénéficient de l’ouverture qui est faite à l’étranger au cinéma des pays de l’Europe de l’Est. Ils sont accueillis dans certains festivals et sont distribués ailleurs, le plus souvent en Allemagne ou en France.
Le sujet de "Slovenian girl" qui peut paraître un sujet déjà maintes fois traité au cinéma mérite qu’on le resitue dans le contexte de la Slovénie actuelle ou il prend une autre dimension.
Il dérange dans la mesure où les slovènes ont toujours soutenu que les problèmes de prostitution qui touchent leur pays provenaient de pays voisins. Or, il a été prouvé que 70% des prostituées étaient des slovènes, quelquefois des étudiantes qui trouvent là une source de revenus pour subsister et financer leurs études mais également des filles qui se prétendent étudiantes mais qui en réalité, ne le sont pas. Avec son film, Damjan Kozole avait pris le parti de déranger l’idée entretenue par les slovènes qu’ils sont un peuple bien sous tout rapport.
Le fait qu’il ait situé son récit pendant la Présidence du pays à l’Union Européenne est une façon d’enfoncer le clou pour rappeler que cette illusion de reconnaissance n’avait rien apporté d’autre que des embouteillages dans la ville.
Mais "Slovenian Girl" n’est pas seulement un film sur la prostitution, c’est un film qui traite à la fois des retombées du capitalisme, notamment de la déshumanisation qu’il entraîne et des dérives dues à la crise économique.
Un film de facture assez classique qui a le mérite de souligner à travers l’existence de son cinéma, la réalité d’un pays encore un peu nébuleux, né de la dislocation de la Yougoslavie…
Francis Dubois

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