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Un film de Oriol Canals (France-Espagne)

"Sombras" Sortie en salles le 26 septembre 2012

Chaque année, au printemps, comme s’ils obéissaient à un rituel, des milliers d’immigrés africains, à bord d’embarcations souvent peu fiables, viennent s’échouer sur la côte espagnole.

Des hommes qui, au péril de leur vie, veulent à tout prix atteindre cet Eldorado moderne qu’est "le rêve occidental".

S’ils ont échappé à un naufrage en mer, un autre naufrage les attend : une errance dans des villages hostiles à leur présence, une existence au jour le jour où toutes sortes de problèmes se posent à eux : les hébergements de fortune, la recherche quotidienne d’embauche, le souci constant d’échapper à des contrôles, les difficultés à constituer des dossiers pour l’obtention d’un permis de séjour.

Il aura fallu sept années à Oriol Canals pour que son film existe.

Début 2005, il louait une voiture, prenait avec lui son matériel de tournage et allait à la rencontre de ceux qu’il appelle les rescapés, (par opposition à ceux qui se comptent par milliers et que la mer a engloutis au cours des "voyages"), à Alcarràs, un village perdu dans une vaste plaine agricole, dans le nord de l’Espagne, au moment des récoltes, période d’embauche.

Il lui a fallu approcher ces "ombres" puis les amener à s’exprimer sur l’empreinte des souffrances endurées, sur l’amère réalité du "rêve occidental", sur la honte liée à l’échec, sur la mort et sur le destin.

Chacun de ces témoignages que le réalisateur présente sous la forme d’une mosaïque de personnages, d’histoires, de lieux traversés, par des liens entre parole et image, donne chair à un récit collectif.

Oriol Canals n’a pas réalisé un film à thèse, pas plus qu’un plaidoyer. Il se contente d’observer, d’écouter et de filmer frontalement, en gros plan, le visage de ces hommes, au moment où ils se confient à leurs famille, par lettre vidéo. Ils font beaucoup référence à Dieu à qui, en dernier recours, ils confient leur destin. Croyance, refuge ultime, le signe du profond désarroi auquel sont soumises ces "vies suspendues" réduites à l’attente, traversées ici et là de moments d’espoir ?

" Sombras" existe pour nous rappeler que ce que vivent ces hommes ne se résume pas à de minces colonnes dans les journaux, quand les médias veulent bien le révéler de façon anecdotique. Que l’isolement, la peur, l’éloignement de leurs familles, la faim, dans l’indifférence générale, a réduit ces individus à n’être que des "ombres" dans une société qui se pense impuissante avant même d’avoir mesuré l’étendue du drame.

Les images simples d’Oriol Canals donnent toute sa force à un film qui, malheureusement, risque de n’être vu que par un public déjà conscient de cette terrible réalité.

Francis Dubois

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