Actualité théâtrale

Jusqu’au 10 avril au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis

"Tempête sous un crâne" d’après "Les Misérables" de Victor Hugo. Adaptation de Jean Bellorini–Camille de la Guillonnière, mise en scène de Jean Bellorini.

Il fallait à Jean Bellorini un sacré goût du pari pour faire des Misérables de Victor Hugo, un spectacle destiné à la scène.
Pari gagné !
Tempête sous un crâne est une réussite incontestable et chaque fois que le spectacle est repris, il connaît le même succès.
L’élan du travail d’adaptation (qui n’est surtout pas un "digest" du livre mais une habile construction constituée de coupures du texte), celui d’une mise en scène toujours vive et inventive, celui de comédiens magnifiques, rendent passionnant un spectacle de 3 heures trente et font qu’à aucun moment, l’histoire de Jean Valjean, Fantine, Cosette, les Thénardier ou Javert, pourtant si présente dans nos mémoires, ne nous lasse.
La première période qui "prend" Jean Valjean à sa sortie du bagne en 1815, qui suit l’histoire de Cosette depuis sa naissance jusqu’à son départ de chez les Thénardier, met le spectacle "en bouche" en donnant le ton d’une narration passionnante et en créant une vive émotion.
Quatre artistes sur scène : deux musiciens, l’un à la batterie, l’autre accompagnant à la guitare des chansons sur des poèmes issus des Contemplations et des Châtiments de Victor Hugo, et deux comédiens d’allure juvénile entament un tourbillon théâtral magnifique allant de la narration au dialogue, de la parodie au réalisme, du drame au burlesque, nous laissant à peine, tant le rythme est soutenu, le temps de nous émerveiller de tant de virtuosité et... d’évidence.
Rythme soutenu donc, d’une douce fluidité.
Th&âtre : Tempête sur un crane
Un jeu de lumières et une musique qui accompagnent les déplacements des protagonistes, un décor d’une grande simplicité constitué d’un arbre, d’un lit-cage. Rien d’autre et pourtant rien ne manque à cette première partie livrée à l’émotion autant qu’au sourire, pathétique et espièglerie se partageant la donne.
Dans la seconde partie (où les personnages sont plus nombreux) on suit Javert et son obstination à poursuivre Jean Valjean devenu M. Leblanc, l’histoire d’amour de Cosette et Marius, on retrouve les Thénardier devenus les Jondrette, Gavroche, les barricades…La mort de Gavroche est aussi poignante que l’était la détresse de la petite Cosette dans la première partie. C’est la même actrice qui incarne les deux personnages et elle est bouleversante.
Qu’est-ce qui fait que l’on quitte le théâtre avec autant de plaisir ? Le plaisir d’avoir assisté à une fresque historique et d’avoir retrouvé cette histoire bien gravée dans nos mémoires, ces Misérables qui font partie intégrante de notre culture ? Oui, mais pas seulement ! C’est surtout au travail d’orfèvres d’adaptateurs inspirés, à la démarche audacieuse d’un metteur en scène passionné par l’œuvre, et au talent de comédiens qui ont su prendre la balle au bond et nous ravir avec leur talent aux multiples facettes.
A ne manquer sous aucun prétexte… C’est magnifique !

Francis Dubois et Micheline Rousselet

Vendredi à 19h30, samedi à 18h30, dimanche à 15h, relâches du lundi au jeudi
Théâtre Gérard Philipe
59 Bld Jules Guesde, 93200 Saint Denis
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 13 70 00
www.theatregerardphilipe.com

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Pièce en plastique »
    Dans cette pièce écrite en 2015, Marius von Mayenburg met en scène une famille, bien installée socialement, dont il excelle à montrer les rêves avortés, les contradictions, les frustrations et le mal... Lire la suite (20 octobre)
  • « Le poète aveugle »
    Jan Lauwers appartient à une génération d’artistes reconnus dans toute l’Europe, qui réinvente une écriture où se mêlent théâtre, musique, installation et danse. C’est la première fois qu’il est invité à La... Lire la suite (20 octobre)
  • « Haskell Junction »
    C’est à l’occasion d’un voyage au Canada, où il découvre la ville de Stanstead installée sur la frontière canado-étasunienne que Renaud Cojo a l’idée de cette pièce. À l’heure où des migrants poussés par... Lire la suite (19 octobre)
  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)