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Un film de Emanuele Crialese (Italie)

"Terraferma" Sortie en salles le 14 mars 2012

Terraferma est sans soute ce à quoi aspire ces émigrés clandestins qui embarquent sur des radeaux de fortune depuis l’Afrique à destination de l’Italie et autres " pays de cocagne".

Mais la terre ferme est peut-être ce à quoi aspire chacun de nous.

Dans une petite île au large de la Sicile. Filippo, sa mère et son grand père qui vivaient jusqu’ici de la pêche, ont de plus en plus mal à joindre les deux bouts.

L’été arrivant, Giulietta prend la décision de retaper sa maison et de la louer pour la belle saison à des touristes étrangers. En attendant que le vieux rafiot qui sert de bateau de pêche soit remis en état après avoir heurté une mystérieuse épave, Filippo fera le garçon de plage pour son frère aîné qui lui, a opté pour le tourisme depuis longtemps.

Un jour de sortie en mer, Filippo et son grand père, défiant l’interdiction des autorités locales, sauvent de la noyade un groupe de clandestins naufragés parmi lesquels Sara, enceinte sur le point d’accoucher et son petit garçon d’une dizaine d’années.

Ils prennent la décision d’ héberger la jeune femme qui accouche chez eux et qui, pour rejoindre son mari, doit arriver à atteindre le continent.

Mais la police est de plus en plus vigilante et chaque véhicule qui se présente au port pour l’embarquement est soigneusement fouillé.

Le film de Emanuele Crialese à qui l’on doit " "Respiro" en 2002 se découpe en deux parties distinctes.

Dans un premier temps, il traite de la difficulté à survivre pour ceux qui ont toujours pratiqué la pêche artisanale.

Le grand père qui est sorti en mer chaque jour de sa vie et Filippo qui maintenant l’accompagne,veulent garder confiance en l’avenir mais Guilietta qui à du recul et la tête sur les épaules, sait bien elle, que le temps où l’on pouvait vivre des seuls produits de la pêche est révolu.

De la même façon que le cinéma à plusieurs reprises nous a prédit la fin des petites exploitations agricoles, " Terraferma" sonne le glas de la pêche artisanale.

Il eut été souhaitable que le film aille plus loin et qu’il creuse plus profond le sillon de cette agonie.

Or, à partir du moment où le bateau d’Ernesto prend à son bord les naufragés qui, pour fuir les violences ou les difficultés économiques de leur pays, sont prêts à embarquer, au péril de leur vie, à bord de radeaux dont la plupart échouent en cours de route, "Terraferma" bascule dans un autre récit, celui de la rencontre entre la famille de pêcheurs et cette femme africaine en plein désarroi dont l’enfant qu’elle porte est le résultat d’un viol.

Ici le cinéma italien renoue avec un genre où il a excellé autrefois : le mélodrame.

La douleur du tiraillement entre la générosité et un égoïsme rendu légitime par les circonstances, marque le beau visage sombre de Giulietta. Et celui encore juvénile de Filippo est de plus en plus empreint de gravité au fur et à mesure qu’on avance dans le récit. L’image inaltérable de la maternité est sauve même quand l’enfant qui naît est illégitime et pour cette raison même, refusé par l’aîné qui n’y voit qu’une trahison.

La famille clandestine sera-t-elle arrêtée par la police à force d’être empêchée de passer sur le continent ? Ou bien qui, de Giulietta, du grand-père ou de Filippo prendra le risque de braver les autorités ?

Une première partie escamotée et une seconde partie qui sombre dans le mélodrame font de "Terraferma ", malgré sa charge de bonnes intentions, une œuvre bancale dont la qualité essentielle est de renouer avec un genre tombé en désuétude et qui, peut-être, ne demande qu’à retrouver ses lettres de noblesse.

Francis Dubois

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