Autour du Jazz

Un trio

« The Rich and the Poor » Pierre Durand/François Chesnel/David Georgelet

Il est rare que trois musiciens arrivent à se transcender pour arriver à la fois à un dialogue – un trilogue ? – et à une osmose qui laisse croire à la fraternité. Un trio étrange à première vue, mélange de celui de Nat King Cole et de celui classique de Bill Evans. Ici, piano – François Chesnel -, guitare – Pierre Durand – et batteur (producteur en plus) – Davis Georgelet – mêlent idées, sonorités, phrasé pour flatter l’imagination de l’auditeur devenu partie prenante de cette création. Les images succèdent aux sons de ce voyage immobile au plus profond de nous-même. Chacun est tour à tour leader et accompagnateur pour forger un son original tout en intégrant la mémoire du jazz.

Jazz : The rich and the poor

Osons une parenthèse. Si ce trio n’était pas « de jazz » mais de « musique » aurait-il plus d’auditeur-e-s ? Si oui, il faudrait abandonner l’étiquette « jazz » même si cette musique née quasiment avec le 20e siècle charrie le patrimoine de tout ce siècle. Une mémoire trop souvent abandonnée comme en friche. Mais le terme ne fait rien à l’affaire…

La référence visible est le trio de Keith Jarrett de ce milieu des années 1970 – « les années Impulse » pour les biographes -, composé de Charlie Haden, contrebasse et de Paul Motian à la batterie. Référence ne signifie pas copie mais même volonté d’entrer dans la modernité – je sais que le terme a mauvaise presse et, pourtant, c’est bien de cela dont il s’agit – par le biais de la culture commune de générations entières. D’une sorte de réflexion sur la transmission du patrimoine loin de tout académisme.

La simplicité – un résultat complexe à obtenir qui demande un travail – est un élément central pour permettre l’entrée dans ce monde fait de compositions personnelles, de François et de Pierre ici, d’un standard, de trois compositions de Keith Jarrett – dont celle qui donne son titre à cet album « Prado », « The Rich and the Poor », deux faces d’une même médaille qui ne se rencontrent jamais pour citer Julio Cortazar -, d’une chanson de Leonard Cohen (qui fait un retour remarqué) qui ouvre l’album et d’une autre des Beattles, « Girl » qui le ferme.

Nicolas Béniès

« The Rich and the Poor », Pierre Durand/François Chesnel/David Georgelet, Prado, renseignements : pradorecords2014@gmail.com

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