26 juin 2007
Le contexte dans lequel s’inscrit le congrès
Les politiques auxquelles nous sommes confrontés
Ces dernières années ont été marquées, par un renforcement constant du caractère néolibéral des politiques auxquelles nous sommes confrontés. Ces politiques agressives et inspirées par le patronat doivent être replacées dans leur contexte d’une mondialisation croissante du capitalisme et d’un cadre européen de plus en plus contraignant. Remettant en cause les solidarités, renforçant les inégalités, ces politique sont à l’origine de ruptures sociales de plus en plus grandes : montée du chômage, de la pauvreté et de la précarité qui touchent une part grandissante de la population. Elle conduit aussi au désespoir de larges franges de la population et en particulier de la jeunesse ainsi qu’à des crises sociales
Ces politiques sont particulièrement marquées par
La casse de l’emploi, l’accélération des délocalisations, la remise en cause de droits des salariés, la détérioration des conditions de travail, la faiblesse des rémunérations et la baisse du pouvoir d’achat,
La référence de plus en plus systématique aux thèmes de la « responsabilisation », de l’ »égalité des chances » et du « mérite » est la traduction du choix libéral de privilégier les stratégies individuelles à l’exercice des solidarités collectives ( réformes des retraites, de la protection sociale et du code du travail par exemple)
La casse des services publics dans toutes ses dimensions : recours au secteur privé, suppressions d’emploi, restrictions budgétaires, casse des statuts et réforme de l’Etat.
Ces évolutions n’épargnent pas le système éducatif.
Se refusant à traiter les dépenses d’éducation comme un investissement pour l’avenir, les politiques menées renoncent à l’objectif d’élévation des qualifications de tous et aggravent les effets des inégalités sociales et territoriales. Dans une conception capitaliste de l’économie de la connaissance, l’éducation devient un marché, source de profit et les investissements éducatifs doivent dans cette logique devenir rentables à court terme. Cela va de pair avec une réduction du rôle de l’État et le développement de financements mixtes. Le jeune est rendu seul responsable de son parcours et de sa formation, puis adulte, de son employabilité. L’utilitarisme prime sur les valeurs humanistes. Cette conception directement inspirée de la stratégie de Lisbonne qui guide les politiques économiques, sociales et éducatives de l’Union européenne, s’appuyant sur la théorie libérale du « capital humain », est opposée à celle que porte le Snes d’une société de la connaissance, dans laquelle le savoir est un bien public, fondé sur l’échange et la coopération, dans laquelle l’investissement éducatif public est une priorité.
Une résistance de plus en plus forte
Ces politiques rencontrent une résistance de plus en plus forte. Les échecs électoraux du gouvernement en 2004 et plus encore, la bataille d’opinion qui a conduit au rejet du TCE en sont une confirmation. Comme en attestent aussi des mobilisations importantes qui ont rassemblé largement, et notamment dans la jeunesse : décentralisation, retraites, protection sociale, loi Fillon mouvement anti- CPE, qui a contraint le gouvernement à reculer, mais aussi batailles pour le droit au logement ou pour la défense des élèves sans papiers. Toutes ces luttes, en dépit de leurs limites et de leurs contradictions, et même si elles n’ont pas jusqu’ici permis de construire un véritable mouvement social débouchant sur de véritables alternatives, traduisent des aspirations qui concernent toute la société.
Le mouvement anti-CPE
Déjà confrontés à la précarité (stages, CDD), les jeunes ont refusé et combattu le Contrat Première Embauche, présenté comme modalité incontournable de leur entrée sur le marché du travail. Ils ont revendiqué le droit à la stabilité nécessaire pour se construire et se projeter dans l’avenir.
Les salariés et leurs organisations syndicales se sont mobilisés à leur côté dans leur diversité (classes moyennes qui se sentent menacées de déclassement, chômeurs, travailleurs pauvres à force d’être précarisés...).
Ensemble, ils ont exprimé :
leur refus d’une société où il faut assurer sa survie “ d’employable ”, où le salarié n’est qu’une simple variable d’ajustement économique et où la relation avec l’employeur s’individualise
leur opposition à la multiplication des contrats de travail au rabais avec la perte des droits associés (santé, retraite…), conjuguée à la prolifération des postes flexibles.
leur aspiration à la reconnaissance des qualifications et du travail, l’exigence d’une sécurité de l’emploi, dans une société où les la part des revenus du travail doit être augmentée au dépend des revenus du capital.
Ensemble, jeunes et salariés, au terme d’un mouvement exemplaire,mené avec détermination pendant plusieurs mois dans le cadre d’une unité syndicale large et sans faille, ont su faire comprendre à l’opinion publique la portée générale de leur action, ce qui a finalement contraint le gouvernement à retirer le CPE
La révolte des banlieues
Refusant toute stigmatisation liée à sa situation sociale ou à son lieu de résidence, une partie de la jeunesse revendique une société qui offre des perspectives d’insertion et de réussite sociale pour toutes et tous. Les jeunes des cités ont dénoncé en novembre 2005 les discriminations racistes et sociales dont ils sont victimes ainsi que les excès d’une politique essentiellement sécuritaire menée dans leur quartiers. Les inégalités sociales, le racisme, la ghettoïsation, les risques de repliements communautaires obligent à réaffirmer le « modèle républicain ”dont nous sommes porteurs ; modèle qui ferait sa place à tous dans une société laïque,, n’opposerait pas intégration et respect des diversités ; modèle aussi dans lequel l’école n’épouserait plus une géographie urbaine ségrégative, contribuant ainsi à reproduire les mécanismes sociaux et culturels de l’exclusion
Le TCE
Quelques mois auparavant, le vote majoritaire contre le TCE, dans sa disparité, illustrait bien le refus d’un modèle libéral fondé sur la concurrence de tous contre tous.
Se sont en particulier exprimés
le refus du dumping social provoqué par la mise en concurrence au sein de l’Europe des différents systèmes sociaux des différents pays
le rejet des directives européennes qui induisent une régression des acquis et des droits sociaux, qui imposent une prétendue « concurrence libre et non faussée » aux entreprises et services publics et qui impliquent la privatisation des entreprises publiques et nationalisées
l’absence d’un véritable contrôle démocratique des peuples sur des questions qui conditionnent leur vie quotidienne autant que l’avenir de toute la société : énergie, transports, éducation, logement , santé, ….
S’est exprimée en même temps la volonté d’une autre Europe où les normes sociales et environnementales, les droits sociaux et humains primeraient sur le droit du commerce, ce qui impliquerait une harmonisation des normes sociales et fiscales par le haut. En tout état de cause, l’État doit garantir les acquis et un niveau élevé de droits sociaux.
L’émergence des mouvements alter mondialistes
L’émergence des mouvements alter mondialistes ou d’associations comme ATTAC illustre également la volonté d’un nombre croissant de citoyens de militer
pour un autre modèle de développement et de consommation,
pour des politiques de préservation de l’environnement à la hauteur des enjeux auxquels seront confrontées les générations futures,
contre les inégalités Nord/Sud, aggravées par des accords de libre-échange du type de l’AGCS, et notamment la situation intolérable de l’Afrique.
Volonté de plus de démocratie
La défiance vis-à-vis du pouvoir politique et des politiques, le sentiment d’impuissance lié au manque de débouchés des mobilisations de ces dernières années sont bien réels. Pourtant, la volonté d’expression démocratique est très forte : en témoignent le développement des forums de discussion, des cafés citoyens, des collectifs divers, de la vie associative… ainsi que l’augmentation des inscriptions sur les listes électorales. Participer à la vie démocratique nécessite les moyens de s’approprier les débats. Il revient à l’École de leur assurer l’acquisition d’une culture commune de haut niveau qui permette de comprendre le monde et d’en penser collectivement les transformations.
La période est marquée par une aspiration profonde à une société plus juste, plus égalitaire, plus solidaire, répondant mieux aux besoins sociaux et respectant des valeurs fondamentales comme la laïcité et les droits des femmes et par la conviction que les pouvoirs publics ont la possibilité de mener des politiques permettant d’assurer plus d’emplois, une meilleure répartition des richesses et plus de respect de l’environnement. Et cela même si l’intériorisation des normes libérales tend à faire du chemin dans les esprits. Cette aspiration nécessite de remettre à plat les problèmes auxquels est confrontée notre société et de revoir le type de réponses à y apporter. Il faut :
maintenir et le développer des services publics assurant la satisfaction des besoins sociaux partout pour tous, contribuant à une dynamique de créations d’emplois, et devant rester l’apanage de la fonction publique dont le niveau de recrutement et la qualité des interventions sont garantis par ses statuts. Cela nécessite de renoncer aux politiques de réduction des dépenses publiques aux conséquences profondément inégalitaires. La dramatisation systématique de la question de la dette publique, qui a pour fonction de faire accepter comme incontournable l’austérité budgétaire et la remise en cause des Services publics, doit être combattue comme les politiques de baisse de l’impôt sur le revenu et sur l’ISF. Il faut, au contraire, accroître les ressources publiques pour donner les moyens de l’action publique et réformer la fiscalité dans le sens d’une plus grande justice sociale en lui donnant un rôle véritablement redistributif, en faisant, notamment, contribuer largement les revenus financiers.
Garantir et développer un modèle de protection sociale qui ouvre de nouveaux droits (la création d’un véritable droit au logement opposable en constitue un exemple), un modèle qui offre, loin de la protection individuelle fondée sur une logique assurantielle marchande, des garanties collectives, une protection sociale de haut niveau fondées sur les solidarités, une assurance maladie qui assure réellement la gratuité des soins et des médicaments, des retraites par répartition et non financées par des fonds de pension ou la capitalisation. Ce qui implique notamment la retraite public-privé à 60 ans avec un taux de remplacement de 75% pour 37,5 annuités et donc l’abrogation des réformes Balladur et Fillon
La crise écologique pèse et va peser de plus en plus sur la vie de notre société. Elle met déjà en danger des populations entières, et, à terme, c’est la survie de l’humanité qui est en cause. C’est à juste titre qu’elle est devenue une préoccupation majeure pour le public et qu’elle traverse aussi nos professions.
En revanche, les gouvernements se contentent volontiers de déclarations d’intention autour du concept fourre-tout de « développement durable » mais jusqu’à maintenant, ils ont été incapable de manifester une quelconque volonté politique qui soit en mesure d’inverser la tendance.
Il est nécessaire que notre syndicat intègre cette dimension à la fois dans notre projet de société et dans notre rôle éducatif.
un mode de production dont le profit est l’ objectif, est le facteur principal de cette crise et ne peut en aucun cas donner les moyens de la résoudre.
C’est en luttant pour mettre au premier plan la satisfaction des besoins sociaux et le développement des services publics contre la marchandisation, que nous pourrons aussi contribuer à améliorer les relations entre les sociétés humaines et leur environnement.
ceci dit, la gravité de la crise nous impose de prendre des positions claires sur des questions d’actualité :
Les choix énergétiques en premier lieu ont des conséquences déterminantes : le recours au tout pétrole, comme la réponse nucléaire actuelle ne peuvent en aucun cas être des solutions durables.
La brevetabilité du vivant, les OGM, promus par les multinationales de l’agroalimentaire comme la solution aux problèmes de la faim dans le monde, présentent en réalité des risques dont il faut mesurer toute l’étendue.
Nous avons besoin, sur ces questions, de prendre le temps d’un large débat démocratique et serein, c’est pourquoi le SNES rappelle les mandats du congrès de la FSU (moratoire culture, OGM en plein champs et tendre à remplacer le nucléaire).
Cette aspiration interpelle très directement la responsabilité du syndicalisme qui doit savoir être efficace, unitaire et porteur de propositions. C’est dans une telle démarche que le SNES-FSU entend s’associer.
La question de l’emploi
L’emploi reste la question majeure à laquelle est confrontée notre société. La baisse du chômage dont se revendique le gouvernement est factice (cf récente étude de chercheurs de l’INSEE).
Le SNES dénonce les pseudo politiques en faveur de l’emploi menées depuis plusieurs dizaines d’années par les gouvernements et qui ont eu comme conséquence de généraliser et banaliser le recours au travail temporaire, au temps partiel et aux contrats précaires, le tout soutenu par des exonérations de cotisations sociales. Ces politiques ont contribué très largement à la diffusion de nouvelles “ normes ” de l’emploi, tant dans le privé que dans le public, à creuser le déficit des comptes sociaux, à privilégier le développement d’emplois non qualifiés ou dont la qualification n’est pas reconnue..
La construction d’un rapport de force plus favorable aux salariés permettra d’imposer des politiques économiques orientées vers le plein emploi, l’équilibre écologique et une répartition des richesses produites plus favorable aux salaires. La réduction du temps de travail permettant de lutter contre l’intensification du travail et de créer des emplois, la défense et l’élargissement des droits sociaux, la défense et le développement des services publics, l’augmentation des salaires, la défense de l’environnement créeraient les conditions d’une nouvelle conception de la croissance permettant le plein-emploi. Cela implique de travailler, dans un cadre large de concertation avec les organisations syndicales de salariés, avec comme objectifs :
le CDI comme norme en terme de contrat de travail, suppression des contrats précaires ; limitation du recours aux stages, de leur durée (non reconductibles) avec rémunération décente et ouverture des droits sociaux, non substitutif à un emploi et en lien avec le contenu de formation contrôlé par l’Education Nationale
la disparition effective des discriminations à l’embauche dont sont victimes les immigrés, les jeunes, notamment ceux issus de l’immigration, les femmes, les plus de 50 ans, avec un contrôle élargi de l’Inspection du travail et une voie de recours simple et rapide pour les salariés qui en sont victimes.
l’égalité des droits sociaux entre travailleurs nationaux et immigrés, et la lutte effective contre les employeurs qui utilisent une main d’œuvre non déclarée ;
la sécurisation des situations de transition entre l’école et l’emploi, entre deux emplois, entre le chômage (ou l’inactivité) et l’emploi, Cela supposerait la mise en place d’un nouveau statut du salarié affectant à chacun des droits transférables en matière de rémunération, de droits à la retraite et à la formation. Ce statut doit être mis en place dans le cadre d’une réglementation et d’un contrôle renforcé des licenciements et des suppressions d’emplois. Son coût doit être pris en charge par les entreprises dans leur ensemble et non par la société entière au travers des impôts.
l’émergence d’un service public de la formation professionnelle continue, assurant accès égalitaire et transférabilité des droits à la formation, développement de la VAE débouchant sur des diplômes nationaux, droit pour un salarié d’avoir une formation qui réponde à ses besoins.
Et celle des territoires
La France comme la plupart des pays développés a mis en œuvre une politique de décentralisation depuis près de trente ans, avec l’appui de la majorité des partis politiques, mais sans véritable débat démocratique.
La décentralisation a été posée comme un principe, sans que jamais la question du niveau pertinent d’intervention publique n’ait été clairement débattue.
Cette politique a cependant suscité en 2003, dans notre secteur, une très vive opposition parce qu’elle remettait en cause l’unité du service public national d’éducation. Le transfert des TOS vers les collectivités territoriales, n’a cependant pas pu être empêché.
Dans l’immédiat l’urgence n’est pas de se lancer dans une nouvelle étape de centralisation par la régionalisation (menaçant en particulier les COP de transfert vers les collectivités territoriales) mais de faire un bilan de la décentralisation permettant de réaliser les conditions d’un débat démocratique sur les dysfonctionnements, les superpositions institutionnelles actuellement observés, la mise en concurrence des territoires..
Inégalités
Alors que l’Etat avait manqué volontairement à ses obligations, les collectivités territoriales se sont vu confier de plus en plus de compétences, certaines même n’hésitant pas à aller au delà de celles qui leur ont été confiées par la loi, sans pour autant recevoir de l’État les moyens de les mettre en oeuvre. Elles doivent donc dégager ces moyens par des mesures fiscales locales, directes ou indirectes. Inégalitaires et injustes entre les habitants de communes différentes d’une même région ou d’un même département du fait même des modes de calcul de cette imposition. Inégalitaires entre territoires qui n’ont pas les mêmes marges de manœuvre en fonction de leurs environnements géographiques, économiques et démographiques très différents. C’est d’autant plus grave que les collectivités territoriales jouent aujourd’hui un rôle important dans la formation.
Loin de faciliter la démocratie de proximité, la multiplication des structures (bassins d’emploi, territoires...) rend particulièrement opaque le système de décision. Éviter un renforcement des ségrégations spatiales nécessite la mise en place d’un véritable système de redistribution des recettes entre territoires riches et pauvres. Cette redistribution doit s’opérer sous la responsabilité d’un État garant de l’égalité des citoyens sur l’ensemble du territoire.
Les zones rurales isolées
Certains départements ont subi de plein fouet les effets des transformations de l’économie et leurs habitants cumulent isolement géographique, isolement social et vieillissement de la population. L’apparition régulière, sur le devant de la scène, des difficultés urbaines ne doit pas cacher des difficultés tout aussi lourdes et importantes dans les zones rurales, dans lesquelles l’accès aux services publics, aux loisirs, à la culture, sont souvent plus difficile qu’en ville.
Dans ces « zones rurales isolées », le maintien des services publics est indispensable même si le coût en est relativement élevé (pour le second degré, maintenir dans chaque établissement une réelle diversité de l’offre de formation). Seul cet effort permettra de préserver l’avenir. Cet effort est tout aussi indispensable pour les territoires et départements d’outre-mer pour lesquels la solidarité nationale et la continuité territoriale doivent pleinement s’appliquer et les retards comblés dans le respect de l’environnement.
Les quartiers « sensibles »
Toutes les politiques mises en œuvre depuis 20 ans, concernant les quartiers « sensibles », ont prétendu chercher à développer la mixité sociale. Mais elles n’ont pas amélioré la situation ni l’image des quartiers de relégation. La loi SRU sur l’obligation de logement social n’est pas appliquée dans de nombreuses communes, faute d’être suffisamment astreignante. Sous l’effet de la spéculation immobilière, l’homogénéité sociale des communes se renforce, les classes moyennes se retrouvent dans une périphérie de plus en plus éloignée, les couches populaires sont, elles, reléguées dans des quartiers, voire des villes entières de plus en plus déshérités, vécus comme de véritables ghettos. Le contournement de la carte scolaire, et notamment l’évitement de certains établissements scolaires que renforce le dualisme scolaire, illustrent bien l’échec de cette politique de la ville.
La mixité sociale implique de créer les conditions d’un choix consenti, facilité par la transformation des lieux concernés, continuité entre le centre-ville et sa périphérie… Pour cela nous revendiquons l’interdiction des expulsions, la réquisition des logements vacants, la revalorisation et l’extension des allocations logements, un véritable plan de construction de logements sociaux sur l’ensemble du territoire et l’instauration d’une sécurité sociale du logement.
Le lieu de résidence n’est pas le seul lieu du mélange social. Promouvoir et développer la mobilité des citoyens, leur permettre de franchir les frontières symboliques ou réelles sont aussi des pistes à travailler. Dans cette optique, la gratuité des transports publics de proximité devrait être assurée aux jeunes, aux chômeurs et aux précaires
Le SNES et la FSU doivent être en première ligne des luttes pour le développement des services publics sur tout le territoire et renforcer les collectifs pour les défendre (convergence).
Enjeu central de politique publique, la lutte contre la ségrégation territoriale et urbaine suppose aussi une politique économique et sociale qui s’attaque résolument à la misère et à l’exclusion.
Faire progresser la démocratie
Les institutions politiques se sont éloignées des citoyens qui ont le sentiment d’avoir peu de pouvoir entre deux scrutins et de ne pas voir, le plus souvent, leurs mobilisations déboucher en termes de décisions politiques. Le cadre institutionnel de la 5e République y contribue beaucoup.
En 2006 la mobilisation contre le CPE a posé la question d’un véritable « dialogue social » et dénoncé le passage en force d’un gouvernement qui considère les personnels, les usagers, comme des obstacles et les écarte des délibérations sur les réformes qui les affectent. Ainsi dans l’Éducation nationale, il prétend imposer des évolutions à coup d’audits et d’indicateurs qui ne sont discutés que par quelques experts et ignore systématiquement les avis des instances de concertation. à tous les niveaux. Ce ne sont pas les lieux, les outils d’une démocratie représentative qui manquent, c’est la volonté politique de la faire vivre.
Concernant les organisations syndicales, les pistes tracées ces derniers mois autour des questions de représentativité et des accords majoritaires marqueraient un progrès très important, dans la mesure où elles s’adossent au vote direct des salariés. Il faudra cependant combattre les stratégies d’immobilisme qui tendent à empêcher ce débat d’aboutir.
La mise en œuvre de la démocratie participative
Elle est proposée dans certaines collectivités territoriales comme réponse à l’aspiration des citoyens à peser en cours de mandat sur les choix. Elle se réduit trop souvent à une simple validation des propositions des élus. Ce dialogue entre les élus et quelques citoyens ne doit réduire en rien le rôle de la démocratie représentative et des syndicats. En particulier les instances de concertation, mises en place dans le cadre des lois de décentralisation doivent fonctionner réellement, être de véritables lieux de débats démocratiques, et non être ignorées ou contournées en permanence par les pouvoirs publics à commencer par les CA des EPLE qui ont un pouvoir délibératif, ce que trop de collectivités locales oublient souvent.
La démocratie suppose des droits et un haut niveau de garantie des libertés publiques.
Le droit à l’éducation doit être garanti pour tous. Le SNES lutte fermement contre la remise en cause de celui-ci pour les jeunes scolarisés « sans papiers ».
Tous les résidents étrangers doivent pouvoir bénéficier de l’éligibilité et du droit de vote aux élections locales. Il faut par ailleurs faciliter l’accès à la nationalité française.
Le SNES dénonce l’ensemble des lois répressives dont l’objectif est d’accentuer le contrôle social de toute une partie de la population, notamment les mineurs et de criminalisation du mouvement social..
La multiplication des fichiers, avec le risque de leur interconnexion et l’absence de contrôle par leurs utilisateurs mobilisent tous ceux qui craignent le fichage des citoyens. Est clairement posée la question du respect des libertés et de son contrôle démocratique dans l’exercice du droit à la sécurité.
L’élévation des niveaux de formation, le développement des médias et des nouvelles technologies peuvent favoriser l’expression démocratique. Ce qui pose la question des moyens de maintenir une véritable diversité des médias et celle de leur indépendance, notamment au plan financier..
Les défis de l’éducation
Après avoir répondu, dans une large mesure, aux exigences de démocratisation grandissantes pendant 20 ans, le système éducatif peine à poursuivre le mouvement depuis le milieu des années 90.
Du fait des inégalités sociales et culturelles, les conditions de l’égalité face à l’École ne sont pas réunies. Au lieu de réduire ces inégalités, l’École, en raison des choix politiques et budgétaires opérés, notamment ces dernières années, tend à les reproduire, voire à les aggraver. Les taux d’accès aux filières de formation dont les hiérarchies perdurent, sont inégalement distribués en termes sociaux et de genre. En ce sens, l’École ne répond pas aux attentes des milieux populaires, et est parfois même vécue comme un rouage de relégation. Les lois Fillon, Borloo, Villepin marquent une régression sans précédent de l’Ecole. Elles consacrent le renoncement à réduire ces inégalités. Pire, elles organisent leur aggravation par un tri social précoce.
L’École doit aussi répondre à un défi culturel, celui de construire une culture commune exigeante qui prenne en compte la diversité des élèves et de leurs cultures, et permette à chacun de se construire. Une société en pleine mutation, ouverte sur le monde et de plus en plus complexe, et où l’École n’a plus le monopole de la diffusion du savoir, impose un niveau de culture toujours plus exigeant et des qualifications de plus en plus élevées.
Une formation initiale forte et le développement d’une formation tout au long de la vie débouchant sur des qualifications et des diplômes sont des enjeux cruciaux qui justifient pleinement de porter à 18 ans l’âge de la scolarité obligatoire. En finir avec les sorties sans qualification qui concernent encore 60 000 jeunes chaque année, améliorer l’accès aux bacs, porter à 50 % la part des diplômés à bac +3 sont des objectifs incontournables. Le second degré qui a déjà montré ses capacités à élever le niveau de qualification du pays peut y contribuer de manière décisive. Encore faut-il qu’il en ait les moyens.
L’investissement financier dans l’Ecole doit être porté à la hauteur de ces enjeux. Le SNES propose que la part du PIB affecté à la Dépense Intérieure d’Education soit portée à terme à 10% et dans un premier temps porté de 6,9% au niveau qui avait été atteint en 1995 (7,6%). Une telle évolution permettrait un changement de cap aujourd’hui indispensable pour un second degré qui vient de perdre en 5 ans plusieurs dizaines de milliers de postes.
Il faudra en même temps prendre appui sur des personnels recrutés en nombre, avec une conception exigeante de leurs métiers, qui doivent être rendus plus attractifs, par des conditions de travail améliorées et des salaires revalorisés, leur garantir une formation initiale et continue solide parce que leurs métiers se sont complexifiés et nécessitent un haut niveau de qualification et d’expertise. Les améliorations que nous revendiquons pour nos métiers supposent l’arrêt du recrutement de nouveaux précaires et la mise en œuvre d’un plan de titularisation.
L’école peut faire réussir tous les élèves. Il ne s’agit pas de s’en tenir à préparer « l’employabilité » de l’individu, mais bien de lui donner tous les moyens de son plein épanouissement professionnel, personnel, social et de citoyen, de le rendre acteur de son propre devenir et de celui de la société.
C’est ce projet éducatif ambitieux que doit porter le SNES.