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Un film de Borys Lankosz (Pologne)

"Tribulations d’une amoureuse sous Staline" Sortie en salles le 24 novembre 2010

Varsovie 1950. Sabine, sa mère et sa grand mère vivent toutes trois dans un petit appartement du centre ville. A trente ans, Sabine, jeune femme introvertie, peine à trouver l’âme sœur. Le défilé des prétendants devant la tasse de thé et l’immuable gâteau à la crème n’a jamais donné de résultat probant. Jusqu’au jour où, alors qu’elle est importunée par des hommes ivres dans une ruelle sombre, vole à son secours, comme tombé du ciel, le beau Bronislaw. C’est un solide gaillard, charmant, intelligent et beau parleur. Quels revers pourrait bien cacher cette abondance de qualités.
Le film de Borys Lankosz aborde l’époque stalinienne avec une grande originalité et du seul point de vue de femmes, en esquivant la peinture d’une réalité sociale à laquelle se prêtait le sujet. Il repose sur l’observation des gens ordinaires soudain confrontés à une situation extraordinaire face à laquelle, il n’ont d’autre choix que de faire face.
"Les tribulations d’une amoureuse sous Staline" est un récit en parfaite concordance avec son curieux titre à la fois mystérieux et transparent. Il est constitué d’épisodes d’humeur contrastée allant de la comédie de mœurs (l’insistance et la naïveté que montrent la mère et la grand mère pour trouver un mari à une Sabine qui est l’archétype de la vieille fille donne lieu à des scènes risibles et dignes du théâtre de boulevard) au drame, et jusqu’au sordide mais dans une tonalité qui échappe toujours au réalisme.

Les prétendants sont coincés, versatiles ou mal intentionnés et face à eux la jeune femme, derrière ses lunettes disgracieuses, observe avec lucidité le manège autour de sa personne. Le drame surgit. Il était totalement imprévisible et le film bascule. Le récit déraille et les personnages se révèlent. Chacun modifie alors l’image dans laquelle les circonstances d’une existence insatisfaisante mais paisible l’avait cantonné.
En maintenant son film entre drame bourgeois et comédie noire, Borys Lankosz, considéré comme le leader de la nouvelle école du cinéma polonais, réussit une œuvre originale et inclassable, construite sur une accumulation de clichés et sur une reconstitution fidèle des années cinquante. Grâce à des décors soignés, aux costumes et maquillages, mais surtout en traitant une image qui donne au film un charme intemporel qui pourrait laisser penser qu’on est en présence d’un tournage de l’époque, "Tribulations d’une amoureuse sous Staline" est une œuvre singulière dont le charme en apparence désuet cache d’étonnantes qualités esthétiques et narratives. La petite histoire de personnages étriqués s’immisce avec efficacité dans la grande et éclaire un épisode saillant de l’époque stalinienne.
Francis Dubois

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