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Un film de Benoît Jacquot (France)

"Trois cœurs" Sortie en salles le 17 septembre 2014.

Dans la gare de la ville de province où il était en mission, l’inspecteur des impôts Marc Baulieu rate de justesse le dernier train qui devait le ramener à Paris.

A la recherche d’un hôtel où passer la nuit, il rencontre Sylvie en compagnie de qui il fait quelques pas. Au moment de se séparer, ces deux êtres qu’on devine à égalité de solitude, décident de poursuivre leur marche nocturne.

Elle les amènera au petit matin, à la gare où avant que Marc ne monte dans le premier train, ils ont le temps de se fixer un rendez-vous parisien.

Elle sera à l’heure devant le bassin du jardin des Tuileries mais pas lui qu’une alerte cardiaque aura retardé assez de temps pour qu’elle en déduise qu’il n’a pas tenu ses promesses.

La déception de Sylvie est telle qu’elle quitte la France pour aller vivre au États-Unis avec son compagnon aimant mais pâlichon.

Les hasards de la vie vont mettre Sophie, qui n’est autre que la sœur de Sylvie, sur le chemin de Marc. Second coup de foudre ou passion de rattrapage, ces deux-là vont s’aimer, se marier et mener une vie heureuse sous le regard protecteur d’une mère à qui rien n’échappe.

Mais ce qui devait arriver arrive, et dès leur premier face à face, Marc et Sylvie découvrent que leur première rencontre était bel et bien un coup de foudre et que la force de leur amour est intacte.

Le film de Benoît Jacquot (Il renoue ici avec le récit contemporain après le très convaincant "Adieux à la Reine ") fourmille de moments très réussis.

Mais ce sont surtout des moments d’ambiance, des scènes à table, des instants furtifs, toujours à la périphérie mais rarement (mise à part la séquence d’ouverture) ceux qui touchent au nœud du sujet et mettent en présence les protagonistes lors de scènes clés ayant trait aux coups de foudre et de tout ce qui en découle.

L’exil forcé de Sylvie aux États-Unis, la rencontre fortuite de Marc et Sophie et même la force des liens censés unir les deux sœurs manquent de cette puissance souterraine qui nourrit les grandes histoires.

Benoît Jacquot manque de conviction dans le déroulement de son récit et laisse traîner en longueur des "articulations" qui auraient dû être suggestives alors qu’elles sont démonstratives.

Ainsi les liens forts qui existent entre les deux sœurs tour à tour sous-traités et trop démonstratifs restent à un niveau bien en deçà du drame cornélien auquel est censée se trouver confrontée Sylvie : tenir sa sœur à l’écart de sa trahison et sacrifier son amour pour Marc ou laisser exploser la vérité.

On est plus dans un mini drame bourgeois que dans les hauteurs du mélodrame qui semblait être l’objectif de Benoît Jacquot.

Et la prestation de Catherine Deneuve dans le rôle de la mère ressemble plus à une participation amicale, un clin d’œil de distribution, qu’à une nécessité dramatique.

Chiara Mastroiani est très bien. Benoît Poelvorde aussi, même si ce que lui demande de faire Benoît Jacquot est un peu répétitif. Charlotte Gainsbourg à qui on semble avoir laissé le champ libre est inégale et son jeu, parfois d’une fausse sobriété, peut irriter.

Francis Dubois

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