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Un film de Philippe Grandrieux (France)

"Un lac" Sortie en salle le 18 mars

On ne sait rien du pays où l’action se passe, si ce n’est que c’est un pays de neige.
A la lisière de la forêt, au bord d’un lac se dresse, au milieu d’une clairière immaculée, une maison où vivent les cinq membres d’une famille. La mère est aveugle et le frère et la sœur nourrissent l’un pour l’autre une tendresse sans retenue sous le regard du père et du cadet, un enfant d’une dizaine d’années.
Alexi, le frère, est bûcheron. Il abat des arbres qu’il débite en tronçons et que tracte un cheval vigoureux à la robe tavelée. Lorsqu’Alexi, de retour d’une journée de travail tombe à terre, saisi par une crise d’épilepsie, les soubresauts de son corps creusent dans l’épaisseur de neige une tombe-sarcophage.
L’existence des personnages avance dans une irréalité totale jusqu’au jour où apparaît l’étranger, un jeune homme qui a la beauté d’un ange et dont la sœur tombe amoureuse.
Il ne faut pas chercher dans le cinéma de Philippe Grandrieux les repères tangibles d’une narration linéaire même si la trame générale est construite et cohérente. Les personnages sont, plutôt que des marginaux retirés dans une existence austère voulue et même si leur présence est physique et réelle, des silhouettes border-line appartenant à un monde imaginaire, proche de celui des contes.
Philippe Grandrieux déjoue les clichés. Son bûcheron n’est pas un sauvage, barbu et carré d’épaules. C’est un adolescent pur au regard clair. Sa hache, par ses coups répétés, finit par avoir raison de l’arbre géant qui s’abat et meurt dans un silence terrible qui fait suite au fracas de sa chute.
Jamais comme chez ce cinéaste, la forêt n’a eu cette densité, ce mystère, n’a été filmée comme une sorte de broderie subtile. Jamais on n’a filmé la mort d’un arbre comme il le fait. Jamais on n’a filmé un corps agité au plus près de ses soubresauts, un visage si près de l’émotion, le déplacement d’un corps comme un simple frôlement d’étoffe.
"Un lac" n’est pas facile d’accès mais lorsqu’on a franchi le cap des premières images, lorsque les visages sont devenus familiers, il ne reste plus qu’à se laisser porter par cette œuvre singulière, ce poème d’une autre sorte, simple et fulgurant…
A l’opposé des comédies qui remplissent les salles et procurent au spectateur un plaisir immédiat, il y a pour établir l’équilibre, et pour que le cinéma vive, ces films apparemment plus lointains, dont les images persistantes rejoignent celles d’œuvres souvent boudées en leur temps, mais qui ont résisté aux décennies et qu’on a tant de plaisir, à chaque fois que l’occasion se présente, à revisiter.
Francis Dubois

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