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« Un nouveau rêve américain », Sylvain Cypel Une nouvelle nation en cours de création, les États-Unis d’Amérique ?

« Un nouveau rêve américain » peut sembler un titre étrange. Les interrogations sont multiples. « American Dream » relève souvent du cauchemar… Sylvain Cypel, journaliste, fait plutôt référence à l’imaginaire, cet imaginaire qui soude les habitant(e)s d’une même nation au-delà même du territoire. Les immigrations successives sont venues trouver, dans ce pays pour le moins bizarre, l’eldorado, la terre promise. Le « melting pot », un terme provenant du théâtre yiddish, péjoratif au départ devenu une sorte d’étendard de la capacité d’intégration de ce pays sans nom. Ce rêve s’est accompagné d’une blessure profonde jamais guérie, l’esclavage de millions d’Africains déportés sur cette terre. Le racisme est constitutif de cette formation sociale et pas seulement dans les États du Sud. Les « races » - il faut utiliser ce terme comme situant socialement les individus -, les racines européennes sont restées très présentes. Les phénomènes d’acculturation se sont accompagnés de références, de culture commune. Celle des ghettos avec le blues et le jazz mais aussi des « street corner society » pour emprunter le titre du livre de Andrew Foote Whyte (La Découverte) ou des villes marquées par une immigration spécifique. Chaque groupe social référencé a trouvé des formes d’intégration spécifique dans une société où le modèle était le WASP, Blanc, Anglo Saxon, Protestant. L’intégration pour les Juifs d’Europe de l’Est surtout et pour les Siciliens fut plus problématique. Aujourd’hui les « Hispaniques » - l’immigration provenant de l’Amérique latine – posent d’autres types de question.

Dans ces États-Unis, l’appartenance à un groupe social et « racial » se traduisait par un accent spécifique. L’accent du Texas était réputé mais celui de Hoboken (New Jersey) aussi, la ville où a grandi Frank Sinatra. Le langage spécifique des ghettos noirs a été étudié comme celui des Italo-américains ou de Juifs-américains, de ces Américains à trait d’union comme on disait jusque dans les années 1960.

Le « mâle blanc » était dominant avec sa dimension raciste.

La thèse de Sylvain Cypel, et ses arguments sonnent justes, se résume dans le basculement en cours. Les États-Unis, via une intégration plus poussée par l’École notamment, sont en train de naître comme une nouvelle nation qui perd peu à peu ses spécificités « raciales ». L’accent du Texas est en train de se perdre, celui des immigrés d’Europe du Nord aussi, les « Hispaniques » comme les « Asiatiques » s’intègrent beaucoup plus rapidement. La figure de référence, le WASP, perd de son aura. Même les « street corner society » sont en voie de disparition.

Il reste que le racisme reste présent. Mais, dit Cypel, il représente la résistance du « mâle blanc » qui ne veut pas laisser la place, ne comprenant pas que son temps est fini. La violence est sa seule possibilité d’action. Il a une capacité de nuisance comme les tueries récentes l’ont encore montré, que ce soit de la police – blanche – ou du jeune illuminé qui a tué pasteur et ouailles dans une église.

Dans les familles les oppositions sont profondes. Dans ces familles « blanches », les femmes ont voté massivement pour Barak Obama alors que les « mâles blancs » répandaient du fumier sur ce président qui ne serait même pas Américain et aurait partie liée avec la mouvance islamiste… La société américaine – comme toute société – change d’abord par les femmes.

Le « nouveau rêve américain », un nouvel imaginaire est en train de se construire pour configurer des nouveaux USA qui s’inscriraient dans un basculement complet du monde. Ils pourraient représenter l’avenir des sociétés. Les différences féconderaient une nouvelle définition de la nation. Mais les résistances seront vraisemblablement fortes. Dans ce processus de basculement, les victimes seront vraisemblablement nombreuses.

Une thèse qui devrait faire taire tous les tenant(e)s d’une soit disant « pureté nationale », thèses qui rejoignent celles du « mâle blanc dominant » américain qui ne peuvent que prévoir…le passé.

Nicolas Béniès.

« Un nouveau rêve américain », Sylvain Cypel, Autrement.

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