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Un film d’Emmanuel Mouret (France)

"Une autre vie" Sortie en salles le 22 janvier 2014.

Aurore est promise à une grande carrière de pianiste. Dans la maison familiale du Sud de la France où elle décide de passer quelques jours après la mort de son père, elle rencontre Jean, un électricien dont le travail est d’installer et d’assurer la maintenance de systèmes d’alarmes dans les maisons individuelles.

Ils tombent immédiatement amoureux d’un de l’autre malgré la différence sociale, et envisagent de vivre ensemble, une autre vie.

Jean est prêt à quitter Dolorès avec qui il vit depuis plusieurs années.

Mais la jeune femme tentera par tous les moyens de garder auprès d’elle l’homme qu’elle aime.

Emmanuel Mouret qui n’avait, jusque-là réalisé que des comédies sentimentales où il excellait, accuse un virage à cent-quatre-vingt degrés. " Une autre vie" est un drame romanesque où sont réunis tous les ingrédients et les codes du genre.

Si, au départ, le scénario épouse en droite ligne le fil du triangle classique (le coup de foudre mutuel et immédiat, les rendez-vous l’après-midi, les soupçons de la compagne, les maladresses de l’amant peu cultivé sauvé par son charisme, l’inquiétude de l’entourage …), très vite, Emmanuel Mouret se débarrasse du carcan du mélodrame.

Il s’y prend de deux façons.

D’une part, en forçant le trait pouvant aller jusqu’au lyrisme (l’accident de voiture, Dolorès réduite au fauteuil roulant à vie, les mensonges pathétiques…) et d’autre part en donnant à son récit un contour anguleux et en le livrant à des scènes frontales qui n’appartiennent habituellement pas à la tradition du genre, ni dans leur déroulement, ni dans la tonalité.

Ce qui donne à son film, un aspect à la fois rugueux et doux, sinueux et direct et conduit au propos du film : la complexité du sentiment de culpabilité.

Dolorès est une femme douce, souriante mais déterminée. Emmanuel Mouret l’a souhaitée sexy, fière, provocante, douée d’une malignité redoutable.

Elle fascine par ses excès et ses paradoxes.

Aurore est l’envers du miroir. Elle est sans certitude, n’a d’assurance en rien. N’ayant connu jusqu’ici que la musique, elle découvre l’amour avec sa violence, ses tourments. Les cas de conscience auxquels elle est confrontée la laissent totalement démunie.

Mais, chez Mouret, les rôles de coupable et de victime ne sont pas figés.

Dans la dernière partie de son film, il tisse son mélodrame sur la trame de ses comédies sentimentales. Son récit devient géométrique et le récit reste "soyeux" malgré les rebondissements.

Passé l’amour passion, c’est le retour cruel à la réalité, au nivellement social, chacun reprenant sa route.

Mais on ne raconte pas un film d’Emmanuel Mouret sans prendre le risque de le trahir. Car l’essentiel de son récit n’est pas dans l’anecdote, ni dans le mélodrame assumé. Il est dans les interstices du film, dans la délicatesse, dans la fluidité ou au contraire, la rudesse des "articulations," dans une scène d’amour à peine suggérée où, au lieu des corps enlacés, apparaît sur l’écran différents cadrages de la façade de l’hôtel où se sont réfugiés les amants.

Francis Dubois

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