Actualité théâtrale

Au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise

"Une maison en Normandie" Jusqu’au 17 novembre

Neuf personnages se trouvent réunis, pour certains par hasard, dans une vieille maison du Perche, un week-end d’été. Il y a là celui qui vient d’en hériter. Cool et généreux, c’est lui qui invite. Il y a celle qui ne cesse d’évoquer ses souvenirs d’enfance liés à la maison. Naïve, elle fait preuve d’un sentimentalisme dégoulinant qui ne masque guère son conservatisme et son égoïsme. Il y a une femme, agent immobilier, obsédée par la rentabilité, le black vaguement musulman, qui semble tout savoir sur tous et que personne ne connaît vraiment, le jeune, variété geek toujours branché sur un écran, qui préfère le virtuel au réel. Il y a même une jolie fille, oubliée sur l’autoroute par son compagnon du moment, qui joue les stars et un gentil voisin qui fait des tartes. Chacun est là sans trop savoir pourquoi. L’héritier aimerait élaborer un projet qui les rassemblerait autour de cette maison. Des propositions fusent à l’image de ceux qui les formulent et bien dans l’air du temps : placement lucratif, centre de remise en forme, écomusée, etc. Certains s’en moquent et n’aspirent qu’à un week-end agréable. Pour les autres, les projets se télescopent, la parole s’anime, mais au fond personne n’est prêt à s’engager.

JPEG - 27.7 ko

Pour Joël Dragutin, l’auteur et metteur en scène, cette maison est une métaphore de l’état de la société d’aujourd’hui. Tous ceux qui sont rassemblés là ont une attitude consumériste. Ils veulent bien parler mais ne sont pas prêts à faire quelque chose et chacun n’écoute que son point de vue. Nous sommes dans la grande salle de séjour d’une maison de campagne très représentative de cette classe moyenne. Il y a la télévision, une grande table où l’on se retrouve pour déjeuner et dîner, des canapés, peu de meubles. C’est simple mais confortable. Il y a de grandes baies vitrées ouvrant sur de vertes prairies, des escaliers par lesquels entrent et sortent les personnages. La référence à l’univers du cinéma est évidente dans ce décor tout comme dans le rythme de l’action, tantôt un peu lent et contemplatif, tantôt accéléré.

On s’intéresse à ces personnages même si on souhaiterait de temps à autre s’attarder davantage sur l’un d’eux, sur ce qu’il pense ou désire, car la multiplication des propositions suscite parfois le sentiment d’un éparpillement un peu superficiel. Pour autant il y a le grain de fantaisie et l’humour qui nous incite à les suivre dans leurs rêves et leurs faiblesses. Pour interpréter ces personnages qui sont souvent des archétypes, il fallait des acteurs qui parviennent à faire apparaître des failles, qui introduisent des déséquilibres. Ils y réussissent bien dans l’ensemble et on peut saluer particulièrement Valery Gauthier, Marc-Henri Boisse et Pauline Huruguen.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h
Théâtre 95
Allée du Théâtre, 95000 Cergy-Pontoise
Réservations : 01 30 38 11 99
Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours.

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)