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Un film de François Ozon (France)

"Une nouvelle amie" Sortie en salles le 5 novembre 2014.

Claire et Laura étaient inséparables depuis l’enfance. Laura a épousé David et Claire a épousé Gilles. Mais Laura, tombée gravement malade au moment de la naissance de sa fille, meurt subitement.

Lorsqu’elle prend la parole au cours de la messe d’enterrement de Laura, Claire promet à la défunte que, quoiqu’il en soit, elle sera toujours présente aux côtés de David et de sa fille.

Un jour, Claire prolonge son footing jusque chez David et, pénétrant à l’improviste dans la maison, découvre le mari de son amie, habillé en femme, son enfant dans ses bras.

David explique à Claire que face à un bébé inconsolable, il a eu l’idée de revêtir des vêtements de Laura pour offrir à l’enfant l’illusion de la présence maternelle.

Le travestissement qui s’est avéré efficace est dès lors devenu pour lui une habitude.

Mais l’apaisement des pleurs du bébé est-il la seule raison pour laquelle David revêt des vêtements de femme ?

La relation Claire-David prend une autre tournure quand David en robe et perruque, demande à Claire de l’accompagner pour une journée de shopping entre filles.

David va-t-il devenir la "nouvelle amie" de Claire ?

Cinéma : une nouvelle amie

Le nouveau film de François Ozon renvoie à un court métrage qu’il réalisa en 1996, " Une robe d’été" où un garçon à qui on a volé ses vêtements sur la plage pendant qu’il faisait l’amour avec une fille dans un bois voisin, est obligé de revêtir une robe pour rejoindre le cabanon où il passe ses vacances avec un ami. Sur le chemin de retour, le port de la robe lui procure un plaisir inattendu…

" Une nouvelle amie" a été librement inspirée au cinéaste par une nouvelle de Ruth Rendell dans laquelle l’idée du deuil n’existait pas.

Avec la mort de la jeune épouse, l’existence d’un nouveau-né, le travestissement s’impose au départ comme le moyen de remédier aux pleurs de l’enfant.

Si le début du film, assez dramatique, retrace en quelques raccourcis visuels, vingt ans de vie, le film prend, dès lors que Claire découvre David habillé en femme, une autre tonalité.

La maison où vivent David et le bébé, située à l’orée d’un bois, de par sa situation et son architecture, s’impose comme un décor de conte. Et l’image de la maison renvoie, pour confirmer le caractère singulier de la narration, à celle de Laura dans son cercueil vêtue de sa robe de mariée et du diadème de fleurs, sorte de belle au bois dormant.

Entre cette image de Laura et celle de David-Virginia sortant du coma, ouvrant les yeux dès le moment où Claire l’a revêtu de ses habits féminins, l’histoire bien qu’en de nombreux points en prise avec la réalité, ne s’est jamais départie de la dimension universelle et intemporelle des contes de fée.

François Ozon réussit le tour de force (mais les trois comédiens dont il s’est entouré ne sont pas étrangers à la réussite du film) de maintenir le cap en jouant sur différents genres, sur le réalisme, le plausible et en incorporant l’inconcevable à son récit sans qu’on n’y voit goutte.

Le choix de Romain Duris pour incarner David-Virginia est d’une grande audace car le visage très masculin du comédien s’accorde mal avec les codes de la féminité. Mais on découvre très vite qu’avec un interprète plus féminin, l’acrobatique narration aurait perdu en crédibilité et en cohérence.

En choisissant Raphaël Personnaz pour incarner Gilles, il a eu également "la main heureuse" mais c’est engageant Anaïs Demoustier pour interpréter Claire qu’il a tapé dans le mille.

Cette comédienne irradie de son visage limpide. Rousse comme la nature au début de l’automne elle est la grâce même, la force et la vulnérabilité, l’élégance naturelle. Chaque regard, chaque geste, chaque posture est chez elle, l’évidence de la justesse et de la précision.

Le film de François Ozon est une franche réussite.

Francis Dubois

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