Observatoire des collèges

Une rentrée toujours sous tension

La rentrée 2013 restera sous tension avec la hausse démographique qui se poursuit et qui mobilise l’essentiel des moyens supplémentaires ; des effectifs par classe qui restent très élevés ; des manuels scolaires en panne de renouvellement ; des vies scolaires réduites ; les fonds sociaux qui fondent...

Malgré le rétablissement de postes pour cette rentrée, les dotations académiques ne permettent pas de compenser la hausse démographique qui se poursuit au collège. Conséquence immédiate, les effectifs par classe resteront particulièrement importants, voire s’alourdiront encore.

Hausse démographique qui se poursuit

La hausse des effectifs de collèges n’a rien de conjoncturel et la « vague » va se propager dans le second cycle avec des effets pour l’ensemble du second degré au moins jusqu’en 2025. Il y a en effet une augmentation continue des naissances depuis 1993 avec un saut quantitatif en 2000.

JPEG - 31.5 ko

La Note d’Information sur les prévisions d’effectifs pour les rentrées 2013 et 2014 rappelle que l’augmentation du nombre de collégiens est constante depuis 2008. Pour la rentrée 2013, ce sont 16 800 élèves de plus qui sont scolarisés au collège :


Au collège, l’augmentation des effectifs observée depuis 2008 devrait se poursuivre aux rentrées 2013 (+ 16 800 élèves) et dans une bien moindre mesure en 2014 (+ 4 100). Elle reposerait essentiellement sur un contexte démographique favorable.
En effet, les générations d’enfants nés en 2002 et 2003, en âge d’entrer au collège, sont plus nombreuses que celles qui le quittent (générations 1998 et 1999 respectivement). Cet effet serait toutefois atténué par la plus grande fluidité des parcours liée à la baisse des redoublements. En effet, les taux de
redoublement au collège ont diminué depuis une dizaine d’années de plus de cinq points en sixième pour atteindre 3,1 % en 2012, mais restent un peu plus conséquents en troisième (4,1 % en 2012), palier d’orientation.

Un taux d’encadrement particulièrement faible

Entre 1999 et 2010, comme le montrent les chiffres de l’OCDE, le taux d’encadrement en collège, maillon déjà « faible… ment doté », s’est effondré en passant de 12,9 élèves à 15 élèves par enseignant alors qu’il s’est amélioré dans les autres pays. Le ministre l’a reconnu lui-même lors des débats sur la loi d’orientation :


Vincent Peillon , Assemblé Nationale, 3 juin 2013
Pour ce qui est de l’allocation des moyens, je vous ferai remarquer – cela amènera chacun à quelques considérations simples – que nous avons un problème de taux d’encadrement. Les chiffres de l’OCDE, que vous ne contesterez pas, montrent que (...) pour le collège le taux d’encadrement moyen dans les pays de l’OCDE est passé de 15,2 élèves à 13,7 élèves par enseignant, tandis que la France passait de 12,9 élèves à 15 élèves par enseignant ! Non seulement notre taux d’encadrement est moindre, mais en plus, il recule !

Des effectifs par classe qui restent très lourds

Dans les établissements, il n’est pas rare que les effectifs par classe approchent, voire dépassent les 30 élèves. Des remontées de plus en plus nombreuses montrent des pics à 32, voire 33 élèves, y compris en 6ème.

La dégradation des conditions de travail des personnels qui exercent en collège et des conditions d’études des élèves, dans un système éducatif par ailleurs particulièrement marqué par une fracture sociale et scolaire accrue, pèse lourdement sur la réussite de tous.

Dans ce contexte, la mise en place de « réponses pédagogiques différenciées », appelées par la circulaire de rentrée 2013 , ou encore de pratiques pédagogiques diversifiées, essentielles pour faire entrer tous les élèves dans les apprentissages, ne seront guère possibles. Pour le SNES, le collège, parce qu’il correspond notamment à l’entrée dans l’adolescence, est un maillon sensible du système éducatif qui doit avoir les moyens, sans attendre les effets de la priorité au 1er degré, de mener tous les élèves sur la voie de la réussite.
Les effectifs ne doivent pas dépasser 25 élèves (et 20 en EP). Et il est impératif que les enseignants, de langue et de sciences notamment, puissent bénéficier de la constitution de groupes réduits afin de retrouver des conditions d’exercice satisfaisantes pour la pratique des langue et des expérimentations.

Des Vies Scolaires dégradées

La suppression de près de 2000 postes d’AED et, en éducation prioritaire, d’assistants pédagogiques, réduit la capacité des vies scolaires à encadrer et accompagner les élèves.

Manuels scolaires qui datent


« Les ouvrages, depuis la loi Haby de 1975, sont gratuits pour les élèves et les parents avec le prêt à tous les élèves des collèges de tous les manuels scolaires. Ils sont achetés par les départements qui reçoivent une dotation budgétaire de l’Etat. Légalement les manuels doivent être renouvelés environ tous les 4 ans. »
Eduscol (circulaire no 77-188)

Mais, depuis 2006, et la mise en place de la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), les crédits de renouvellement des manuels ne sont plus spécifiques mais globalisés avec les carnets de correspondance, les frais de stage, les droits de photocopie des œuvres protégées, l’achat et la maintenance des matériels informatiques et techniques, l’achat de logiciels pédagogiques, les ateliers artistiques et les actions d’animation...

Au collège, tous les programmes ont été revus ces dernières années. Dans le même temps, ces crédits pédagogiques ne cessent de baisser. Et c’est sans compter sur l’augmentation de la TVA sur les livres qui a encore alourdi la note. Les retards de renouvellement s’accumulent et nombreux sont les élèves qui ne disposent pas de manuels à jour dans telle ou telle(s) discipline(s). Certaines d’entre elles sont même souvent sacrifiées. Pour la rentrée 2012, les nouveaux programmes d’histoire-géographie et de français sont mis en place en 3ème, mais combien de collèges ont-ils pu fournir les manuels adaptés ?

Certaines académies comme Lilleont lancé à la rentrée 2012 des actions contre les pénuries de ces crédits, actions payantes puisque le DASEN du Pas de Calais, par exemple, avait décidé de puiser dans ses réservespour soutenir quelques collèges… même si c’était encore loin d’être suffisant ! Il ne faut pas hésiter à contacter les sections académiques du Snes-Fsu sur toutes ces questions.

Bourses et fonds sociaux en baisse, encore

Enfin, alors que le contexte économique et social est notablement dégradé et que le nombre de boursiers continuera de croître, le budget consacré aux bourses et aux fonds sociaux poursuit sa baisse inacceptable qui rendra plus difficile encore les conditions de vie des élèves.

Alors que les fonds sociaux des collèges sont sensés aider à faire face rapidement à des situations urgentes et difficiles rencontrées par les familles pour assumer les dépenses de scolarité et de vie scolaire (lunettes, équipements sportifs, aides pour les voyages scolaires, par exemple)
et que les fonds sociaux des cantines doivent permettre aux élèves issus de milieux défavorisés de fréquenter la cantine de leur établissement, la dotation des fonds spéciaux a diminué de 4,4 % entre 2011 et 2012 (on est passé de 36 millions d’euros dans la loi de finance de 2011 à 34,4 millions dans le projet de loi de finances 2012). De plus le nombre de bénéficiaires a chuté de 53 % entre 2006 et 2010 passant de 676 225 à 318 842. Les choix politiques de ces dix dernières années en matière d’aide sociale ont conduit à une très forte baisse des fonds sociaux et à une très faible revalorisation des bourses en même temps que se mettaient en place les bourses au mérite avec un montant nettement supérieur aux aides ordinaires. Il est donc impossible de répondre actuellement aux demandes d’urgence et d’inscrire à la cantine des élèves dont les familles n’ont pas les revenus suffisants pour faire face à ces dépenses, notamment dans les zones d’éducation prioritaire.

Voir toutes les rubriques Collèges

Autres articles de la rubrique Observatoire des collèges