Autour du Jazz

« Utopia », Leila Olivesi Dessiner d’autres mondes.

Leila Olivesi, pianiste, compositeure et, un peu, chanteuse a voulu, pour cet album « Utopia », rendre hommage à Cyrano de Bergerac. Pas celui de la tirade du nez - « un pic, que dis-je un pic, une péninsule » et « les trois lettres du mot sot » - mais l’écrivain de cette science-fiction avant la lettre des États de l’empire du soleil et de ceux de l’empire de la lune, publiés après sa mort en 1655.

Reprendre à son compte ces mondes d’ailleurs, ces utopies – celle de Thomas More était passée par-là un siècle plus tôt – c’est faire preuve d’un sens du futur paradoxal. Elles ont beaucoup reculé ces temps-ci sous les coups de butoir du libéralisme qui fait du marché – donc de la marchandise, cette bête qui se reproduit à l’identique – le nec plus ultra de toute vision du monde. Cyrano apparaît comme un contemporain critique d’un monde qui ne sait plus où il va mais a décidé, contre toute mesure, d’y aller et vite. Peut-on représenter un gouffre ?
Jazz : Utopia
La musique, le jazz, se devait de répondre. Pour forger d’autres perspectives. Pour renouer avec l’imagination, seule manière d’innover, de créer un nouvel horizon. Les utopies, c’est le rêve, la construction d’autres univers…

Leila Olivesi a du talent. Elle subit pourtant l’air du temps. Comme beaucoup d’autres pianistes de sa génération, le piano est plutôt instrument de percussion tout en s’engageant dans des cercles concentriques. Il reste, des compositions qui se veulent dialogue de cultures pour s’engager dans un voyage interplanétaire pour susciter la fraternité, la compréhension mutuelle qui permet de se dépasser en intégrant d’autres cultures. Les utopies sont plus proches qu’il n’y paraît dans un premier temps.

La compositeure et leader a réussi à marier les personnalités de Donald Kontomanou, batteur, de Manu Codjia, guitariste, de Yoni Zelnik, bassiste qui devient incontournable au rythme sur, et même du saxophoniste alto – Américain et écolo – David Binney. Les envolées lyriques du saxophoniste, notamment dans « Lune », donnent un relief supplémentaire aux compositions qui gagnent ainsi en profondeur. Il n’empêche, il reste quelques longueurs. Il aurait fallu couper quelques bavardages…

Un beau son de groupe, dans l’ensemble. Une très inspirée composition de fin, « Summer Wings » qui fait la preuve que le passé, la tradition peuvent être présents pour inspirer le futur. La tradition bousculée fait surgir du nouveau. En plus, Yoni Zelnik fait la preuve que le son d’une contrebasse peut construire d’autres possibles, Codjia qu’il connaît ses jazz, la pianiste qu’elle sait se tourner vers ses inspirateur(e)s et le batteur s’inspirer des battements du cœur…

Nicolas Béniès.

« Utopia », Leila Olivesi, jazz&people/Harmonia Mundi.

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