Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Christophe Sahr (France)

"Voie rapide" Sortie en salles le 8 août 2012

Alex, vingt-cinq ans, manutentionnaire dans une grande surface, vit avec Rachel employée elle aussi dans le même établissement. Ils ont une petite fille de deux ans et vivent en banlieue.

Encore immature, mal préparé à la paternité et aux contraintes d’une vie conjugale, Alex a gardé contact avec ses anciens amis et se passionne pour sa grosse cylindrée au volant de laquelle, il fait parfois des pointes de vitesse de nuit sur le périphérique.

Jusqu’au soir où l’accident survient. Alex renverse un homme qu’il laisse agonisant au milieu de la voie rapide.

Aucune trace ne trahit sa présence cette nuit-là sur le périphérique mais c’est lui-même qui fera barrage à la voie du silence.

Le film de Christophe Sahr repose à la fois sur les personnages et sur le cas de conscience auquel est confronté Alex. Il est possible que ce soit la peinture qu’il fait de jeunes couples modernes qui prenne le pas sur le reste et contribue à la réussite d’un récit maîtrisé porté par deux jeunes comédiens qui collent magnifiquement à leur époque, Johan Libéreau et Christa Théret.

La justesse avec laquelle il dresse le portrait de ces jeunes gens trop prématurément engagés dans une vie de responsabilités est saisissante.

La jeune femme plus mature est à même de faire face aux difficultés du quotidien. Elle a tiré un trait sur sa vie de jeune fille et l’amour qu’elle porte à sa petite fille ne fait pas de doute.

Elle est une sorte de sentinelle de son propre couple et tente de marquer les limites qu’Alex a tendance à déborder.

A l’opposé le garçon fait souvent l’impasse sur ses responsabilités de père. Les liens qu’il a gardés avec ses anciens copains, sa passion pour son bolide, ses réactions de sale gosse le laissent sur la touche de son rôle de chef de famille.

Le couple d’amis qui fait réplique à celui d’Alex et Rachel est tout aussi très vrai, dans une tonalité à peine différente.

Lorsque Alex, après l’accident, prend la vraie mesure de l’acte qu’il a commis et de ses conséquences, le film prend une autre tournure. Le silence n’est plus supportable pour lui mais il ne suffira bientôt plus d’avouer le drame à son meilleur ami ou à sa mère. Il lui faudra approcher la mère de la victime et entamer avec elle une relation qui lui permettra de se substituer au jeune homme qu’il a tué jusqu’à frôler l’inceste.

A partir de là, le terrain narratif devient glissant et il faut les talents réunis d’Isabelle Candelier et de Johan Libéreau (très bien) pour éviter le pire et qu’il soit possible d’admettre, dans une histoire aussi contemporaine, un détour par les codes de la tragédie.

Si "Voie rapide" ne dispose pas d’atouts suffisants pour faire date dans le cinéma, il aura sa place parmi les films témoins sur le traitement des tâtonnements, les hésitations, les engagements trop précoces qui, en ce début de millénaire, caractérisent une jeunesse qui, à défaut de repères, se cherche des "refuges".

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Leçon de classes »
    Bratislava 1983. Au moment où le communisme s’achève. Maria Drazdechova, enseignante et membre du Parti, manipule sans états d’âme élèves et parents, pour tirer des bénéfices personnels de son pouvoir... Lire la suite (23 octobre)
  • "Corps et âme"
    Maria est la nouvelle responsable-qualité recrutée par une entreprise d’abattage de bêtes dont Endre est le directeur financier. Lorsque Maria, personnage inhibé et solitaire, voit apparaître en... Lire la suite (22 octobre)
  • « Brooklyn Yiddish »
    Menashé habite et travaille dans le quartier juif ultra orthodoxe de Brooklyn. Modeste employé dans une épicerie, il a du mal à joindre les deux bouts. Cependant, après la mort de sa femme, il... Lire la suite (22 octobre)
  • « Mémoires d’un condamné »
    Jules Durand, docker-charbonnier au port du Havre et syndicaliste modéré, est condamné à mort en novembre 1910 pour un crime qu’il n’a pas commis. « Le Dreyfus des ouvriers » sera innocenté par la cour... Lire la suite (21 octobre)
  • « Tous les rêves du monde »
    Pamela est une jeune fille portugaise de la deuxième génération. Elle vit en France et elle est parfaitement intégrée à la société française. Cependant, très attachée à sa famille restée fidèle à la... Lire la suite (20 octobre)