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Livrets de compétences du socle commun
lettre- pétition au ministre



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Monsieur le Ministre,

La loi Fillon de 2005 a institué un « socle commun de connaissances et de compétences » que tous les élèves doivent, en théorie, maîtriser avant de quitter le système éducatif.

L’attestation de la maîtrise de ce socle est prévue sous la forme d’un livret de compétences expérimenté depuis 2 ans, sans réel cadrage et sans bilan officiel. C’est dans cette absence totale de transparence et de débat que vous cherchez à imposer dans la note de service n° 2009-128 du 13 juillet 2009 ( BO du 29 octobre) la tenue du livret de compétences dès la rentrée 2009. Pourtant l’arrêté relatif aux modalités d’attribution du Diplôme National du Brevet (DNB) ne prévoit sa prise en compte que pour la session 2011.

Cette situation n’est pas acceptable car votre ministère n’a apporté aucune réponse satisfaisante aux nombreux problèmes soulevés depuis le départ tant sur le fond que sur la forme.

Ainsi sur le fond :

  • le passage à un enseignement construit autour de compétences pose de redoutables problèmes pédagogiques et éducatifs, didactiques et d’évaluation qui n’ont jamais été valablement réfléchis ni débattus avec la profession.
  • l’attestation remise à l’élève et à ses parents en fin de scolarité ne leur permettra pas d’apprécier ce qui est véritablement maîtrisé puisque la validation des items à l’intérieur de chaque domaine est globale ;
  • il n’est ni juste ni cohérent d’évaluer la maîtrise du socle en commençant par une classe d’examen (la classe de 3ème) pour des élèves qui n’ont pas été confrontés à l’approche par compétences durant leur scolarité et avec des enseignants qui n’ont pas été spécifiquement formés à cela ;

    Sur la conception même du livret :

  • bon nombre d’items renvoient à des « compétences » très générales et très vastes : sur quels objets portent-elles ? quel est le niveau réellement requis de l’élève ? ;
  • la pertinence d’autres items est contestable parce qu’ils renvoient au jugement de la personne même de l’élève ;
  • la plupart des domaines sont constitués d’items très disparates et de difficultés diverses : où placer le curseur pour définir si le domaine est maîtrisé ou non ? ;
  • une évaluation binaire (oui/non) n’est pas à même de rendre compte valablement du niveau d’un élève ;
  • les interrogations sur les modalités d’évaluation restent entières : à quel moment une compétence est-elle considérée comme acquise ? Comment valider des compétences qui ne font pas l’objet d’un enseignement prévu par les programmes ? Comment trancher lorsqu’une compétence se situe au carrefour de plusieurs disciplines ? Comment articuler la maîtrise du socle avec le reste des programmes ?
  • quel sens donner au caractère national du DNB quand chaque établissement est invité à établir ses propres règles de validation du livret ?

    Par ailleurs, la charge de travail des enseignants, et notamment des professeurs principaux, des CPE et des COPSY serait considérablement alourdie et aucun temps de concertation n’est prévu alors que de nombreux items concernent plusieurs disciplines ou personnels différents.

    Nous n’hésitons pas à consacrer du temps, à donner de nous-mêmes pour la réussite de nos élèves mais nous refusons de nous prêter à ce qui ne peut que donner lieu à une mascarade d’évaluation, à l’instar du B2i et du niveau A2 pour lesquels vous n’avez pas non plus jugé bon de dresser un bilan. La validation de ces deux piliers du socle a pourtant mis en évidence que l’administration s’intéressait moins aux acquis réels des élèves qu’à l’affichage de résultats qui « collent » aux objectifs assignés aux établissements dans le cadre de leur contrat d’objectifs, allant jusqu’à exercer des pressions sur bon nombre d’entre nous pour revoir notre évaluation.

    Nous ne voulons pas d’une évaluation incessante de nos élèves qui se substituerait à la construction patiente de savoirs solides et formateurs et à un travail réellement éducatif. En outre, le socle commun induit un tri des élèves selon qu’ils seraient jugés a priori aptes à poursuivre des études après le collège ou qu’ils devraient se contenter du socle.

    Une telle évolution du collège, qui se traduirait par une transformation radicale de nos métiers et de nos conditions d’exercice, n’est pas de nature à répondre aux problèmes que rencontre le collège aujourd’hui. L’expérience des pays qui ont fait le choix d’un enseignement par compétences n’a d’ailleurs pas permis de conclure qu’il apportait des réponses pertinentes à la difficulté scolaire (on note un recul de la maîtrise du français au Québec, par exemple).

    Pour toutes ces raisons, nous vous informons solennellement, Monsieur le Ministre, que nous ne renseignerons pas le livret de compétences ou que nous apportons notre soutien aux collègues directement concernés qui refuseront de le faire.

    Nous vous demandons d’initier un débat approfondi au sein de la communauté éducative qui pourrait s’appuyer sur le bilan des expérimentations menées jusqu’ici en France comme à l’étranger et les travaux pour le moins contradictoires de nombreux chercheurs.

    L’avenir du système éducatif et de la jeunesse mérite mieux que la marche forcée et l’opacité qui nous sont imposées depuis 2 ans.


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