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Un film de Jacob Berger (Suisse)

"1 journée" Sortie en salles le 20 mai

Jacob Berger serait-il l’héritier du cinéma suisse des années 70, de la grande période des Tanner, Souter, Goretta ?
John Berger, son père, fut le co-auteur de "La salamandre" et de "Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000", deux films phares de l’époque. Et lui-même a fait l’acteur dans "La vallée fantôme" d’Alain Tanner en 1988.
Après des études de cinéma à la "New York University Film School", Jacob Berger réalise de nombreux reportages et documentaires pour la Télévision Suisse Romande avant de mettre en scène en 2002 son premier long métrage de fiction, "Aime ton père", qui réunissait Gérard et Guillaume Depardieu.
Il réalise, six années plus tard "1 journée", une œuvre singulière construite avec une extrême précision à laquelle pourrait convenir le terme de thriller intime.
La journée qui sert de cadre temporel au récit est de celles au cours desquelles une accumulation d’événements surgit et impose à des personnages qui n’y étaient pas préparés, une modification sensible de leur tracé de vie.
Serge, la quarantaine, se lève tôt pour rendre visite à sa maîtresse avant d’aller animer une émission d’informations dans les locaux d’une radio. Mais sur un chemin où il n’aurait jamais dû se trouver, alors qu’il pleut à verse, sa voiture heurte un obstacle et il croit avoir renversé un piéton.
Ce jour là, Piétra, sa femme qui travaille à mi-temps dans une bibliothèque, ne peut accéder à son lieu de travail, un chien qui pourrait être dangereux s’étant introduit dans l’immeuble où se trouve son bureau. Ce dérèglement de son emploi du temps et la déambulation qui s’en suit, lui fera découvrir un pan caché de la vie de son mari.
Vlad, leur fils d’une dizaine d’années pose un regard lucide sur le monde démissionnaire des adultes en même temps qu’il vit sa première déception amoureuse.
"1 journée" qui raconte l’histoire de personnages ordinaires à un moment charnière de leur existence fonctionne un peu comme un Rubik’s cube. Une même scène peut être répétée plusieurs fois du point de vue de chacun des protagonistes pour apporter la pièce narrative qui manquait à l’éclairage de l’ensemble. Ainsi, les moments de chacun s’imbriquent selon un mécanisme minutieux invitant parfois le spectateur à faire lui-même le travail de reconstitution. Au final, le chien blessé qui hante les couloirs de la bibliothèque pourrait bien être l’obstacle que Serge a heurté avec sa voiture et la petite amie d’école de Vlad, s’avère être la fille de Mathilde, la maîtresse de Serge. Mais ces opportunités narratives qu’on pourrait voir comme des facilités n’ont d’autre fonction que de maintenir l’équilibre fragile de la construction et la symétrie du récit. SNES_1Journee
La plupart des moments qui constituent le film appartiennent au quotidien ordinaire : un petit déjeuner silencieux, le chemin de l’école, des voyages en bus ou en voiture, une déambulation dans un parc, un regard échangé avec un inconnu et cette banalité, ce demi sommeil éveillé qui laisse filer comportements et gestes coutumiers, conduit à des situations qui, tout à coup, se teintent d’un léger surnaturel.
"1 journée" commence par une série de plans fixes représentant des lieux pris dans une luminosité nocturne ou pré matinale. Ce défilé d’espaces vides où le silence est encore total finit par produire une impression de danger caché. Au bout de centaines de matins identiques et inoffensifs, il en survient un qui ne ressemble pas aux autres, où la menace longtemps demeurée souterraine jaillit soudain.
"1 journée" est un film en demi teintes, à la fois simple et malin où le quotidien quitte sa ligne toute tracée pour nous livrer sa part d’étrangeté.
Francis Dubois

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