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Un documentaire de Renate Costa (Espagne-Paraguay)

"108 Cuchillo de Palo" Sortie en salles le 23 mars 2011

Après une longue période d’instabilité politique, Alfredo Stroessner accède au pouvoir en 1954. Il transforme le "Colorado Party", au départ de tendance plutôt socialiste, en parti d’extrême droite. Il devint très vite le pire dictateur d’Amérique du Sud au regard des droits de l’homme.
A la suite de deux meurtres imputés à des homosexuels, Stroessner fit établir une liste noire d’homosexuels qui fut largement distribuée et affichée dans les entreprises, dans les universités et sur les murs des villes .C’est ce qu’on appela "la liste des 108", le premier affichage comportant 108 noms.
Beaucoup de ceux dont le nom y figurait furent victimes de discrimination, stigmatisés, licenciés, harcelés, reniés par leurs familles. Une véritable chasse aux sorcières débuta et cet acharnement fit passer, dans l’inconscient collectif, l’idée que l’homosexualité n’était pas seulement une maladie, mais que les homosexuels représentaient un danger public.
Aujourd’hui encore,"108" est utilisé par les paraguayens comme une insulte, l’équivalent du "pédale"de notre vocabulaire homophobe et, dans certains hôtels d’Asuncion, il n’existe pas de chambre N° 108, les clients refusant d’y dormir. Il en est de même pour les immatriculations de voitures et pour les billets de loterie.
Renate Costa, dans son film, revient sur la mort de son oncle Rodolfo Hector Costa Torres dont elle allait apprendre, à la suite de recherches, que son nom figurait en quarante et unième position sur la liste des 108.
Lorsque Renate Costa s’interroge sur les circonstances de la mort de son oncle découvert nu, étendu au sol, son père comme tous les proches répondent que c’est "de tristesse". Cette réponse ne convainc pas la jeune femme qui gardait un autre souvenir de cet homme bien vivant qui avait refusé de devenir forgeron comme son père et avait caressé, en pleine dictature, dans les années 80, le projet de devenir danseur.
C’est en fouillant dans le passé de Rodolfo que Renate Costa finit par apprendre que, figurant sur la liste, il avait été arrêté et torturé avant d’être assassiné.
Dès lors, elle tente de lever le voile sur une période obscure de son pays, sur les vingt années les plus dures de la dictature au cours desquelles les homosexuels furent pris pour cible par les collaborateurs du régime.
Dans "108, Cuchillo de Palo" s’affrontent deux générations. Ceux qui ont vécu sous la dictature et ont appris à se taire et ceux qui ont connu la démocratie et semblent occulter ce qu’étaient les "108".
Renate Costa filme le présent pour comprendre le passé et elle tente d’amener son père, pris dans ses convictions enracinées et dans le déni de la vérité, à ouvrir son esprit, à reconnaître les faits et à accepter la vraie version de la mort d’Alfonso.
Aujourd’hui, après quinze ans de démocratie, personne n’a été poursuivi pour les crimes commis pendant la dictature. Le silence est toujours de rigueur et les faits les plus atroces sont restés impunis, voués à l’oubli.
Francis Dubois

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