Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Nobuhiro Suwa (Japon)

"2/duo" Sortie en salles le 31 octobre 2012

Elle est vendeuse dans une boutique de prêt-à-porter haut de gamme. Il est comédien en panne de contrat et ils vivent en harmonie dans un petit appartement avec balcon.

Elle est conciliante, toujours prête à débourser. Et lui, bien que mal à l’aise parce qu’il vit à ses crochets, se montre serein et agréable compagnon.

Jusqu’au jour où il lui demande de l’épouser.

Était-ce la phrase à ne pas dire, la question à ne pas poser, une proposition déplacée et dérangeante ?

Dès lors qu’il a fait sa déclaration, tout change entre eux. L’un pour avoir formulé la demande, l’autre pour s’en être étonnée, l’avoir d’abord prise comme une boutade ou une réplique qu’il aurait eue à mémoriser pour un film.

Ils deviennent irascibles, imprévisibles et leur relation vire au désordre, à des débordements et déclenche entre eux des moments d’une violence inhabituelle.

L’intérêt du film de Nobuhiro Suwa réside dans l’opacité du récit dès le moment où ils entrent dans la phase du conflit.

On ne saura jamais vraiment pourquoi la situation se dégrade subitement, pourquoi elle finit par prendre la pente de la rupture.

Le jour où elle disparaît sans laisser d’adresse et qu’il apprend qu’il n’a plus désormais le moindre moyen de la joindre puisqu’elle a, en même temps qu’elle a disparu, démissionné de son travail, il mesure à quel point la proposition de mariage qu’il avait formulée était loin d’être une boutade.

Du coup, il change de vie, trouve un emploi, change de look et devient méconnaissable dans son costume-cravate.

Et puis un jour, il la croise, roulant en vélo. Il la suit, l’aborde, roule à sa hauteur. Elle tente de fuir, il la rattrape. Aura-t-il enfin l’explication de sa disparition ?

Comme à chaque fois, avec les films asiatiques, il subsiste dans la narration une part de mystère qui tient au fait que des clés nous manquent, qui tiennent essentiellement à la différence de culture et à la signification des inflexions des voix qui ne correspondent pas à nos codes.

Ces discordances bousculent nos à-priori narratifs mais un autre plaisir survient, peut-être né de notre incapacité à pénétrer dans des situations des plus ordinaires, tel un conflit conjugal débouchant sur l’impossibilité d’un couple à poursuivre ensemble.

Presque huis-clos, "2/duo" offre des moments de grande émotion et d’autres qui, échappant à toute logique psychologique, nous obligent à nous interroger à la fois sur le mécanisme mystérieux d’une incompatibilité conjugale, à la fois sur la singularité du sujet et sur son universalité.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)
  • « Trois étés »
    Chaque année, Edgar et Marta qui appartiennent à la classe de la finance du Brésil organisent une grande fête dans la luxueuse résidence d’été qu’ils possèdent près de Rio de Janeiro. La réception est... Lire la suite (9 mars)
  • « La bonne épouse »
    Paulette Van Der Beck est la directrice d’une institution pour jeunes filles dont l’enseignement se résume à faire d’elles de futures parfaites épouses et maîtresses de maison. Ce genre d’établissement... Lire la suite (9 mars)