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Un film de Jia Zhangke (Chine)

"24 City" Sortie en salles le 18 mars

"24 City" retrace, à travers les témoignages d’hommes et de femmes, l’histoire de la Chine entre 1958 et 2008.
A Chengdu, la capitale de la province de Sechuan située au centre-ouest de la Chine, l’usine 420 et sa cité ouvrière disparaissent, entraînant le départ ou la reconversion douloureuse de ses ouvriers.
Cette usine militaire d’état, vieille de soixante ans, qui est passée par les différents mouvements de la Chine communiste, va laisser place à un vaste complexe d’appartements de grand luxe.
"24 City" est construit à partir de huit témoignages. Il s’agit, pour la plupart de récits spontanés d’anciens employés de l’usine. Certains, nostalgiques du socialisme passé reviennent sur leur attachement au lieu et au travail qu’ils y pratiquaient. D’autres, nouveaux riches sont passés à autre chose. Il apparaît dans le discours des plus jeunes, une méconnaissance –ou un refus- de cette époque et de l’histoire de leurs parents. Un grand désir de réussite à tout prix martèle leur discours.
Certains entretiens ont été réalisés avec de véritables ouvriers de l’ancienne usine. D’autres ont été joués par des comédiens comme c’est le cas pour le personnage de "Petite fleur" cette ancienne ouvrière, jeune femme trop belle qui, à cause de sa ressemblance avec une célèbre actrice et parce qu’elle paraissait inaccessible à tous les hommes, est aujourd’hui une femme seule, toujours belle et un peu amère.
C’est aussi le cas de cette jeune femme qu’un intense désir de réussite avait éloignée de ses parents et qui, lorsqu’elle prend le temps de découvrir ce qu’a été leur vie d’ouvriers, trouve un nouvel élan à son amour filial…
"24 City" ne cherche pas à reconstituer l’Histoire mais invite à la connaître par d’autres moyens. Les témoignages sont autant des révélations sur l’implication directe des personnages avec l’usine 420 que des constats intimes à la périphérie de leur engagement professionnel. "24 City"est un film de la parole où les sentiments les plus profonds et les expériences les plus complexes passent par le seul récit, le narrateur étant souvent figé, dans une attitude de "pose", face à l’objectif.
Et c’est cette alternance de genres, entre documentaire et fiction -dont les limites sont souvent floues-, dans la montée progressive d’une intensité dramatique masquée, dans la simplicité des cadres, dans l’alternance de témoignes "techniques" et intimes que se crée le charme, une sorte d’effet mystérieux qui finirait par produire, comme on monte un puzzle, en même temps que la construction finale du film, l’étendue, la force et la précision de son propos.
Francis Dubois

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