Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 décembre au Théâtre de La Commune d’Aubervillers

« 3 Folles Journées » ou la Trilogie de Beaumarchais

Sophie Le Carpentier et Frédéric Cherboeuf ont eu l’idée d’adapter la Trilogie de Beaumarchais - Le Barbier de Séville, Le Mariage de Figaro et La Mère coupable - pour la présenter en un seul spectacle. Beaumarchais avait ouvert la voie en écrivant : « j’approuve l’idée de présenter en trois séances consécutives tout le roman de la famille Almaviva, dont les deux premières époques ne semblent, dans leur gaîté légère, offrir de rapport bien sensible avec la profonde et touchante moralité de la dernière, mais elles ont dans le plan de l’auteur, une connexion intime. »

© Grange

Au vu de la taille des trois oeuvres il fallait les adapter, en taillant dans les scènes sans altérer le propos et la philosophie de l’ensemble, pour qu’elles tiennent en un spectacle de deux heures trente. Sophie Le Carpentier et Frédéric Cherboeuf ont choisi de présenter le portrait d’une génération d’hommes et de femmes de la gaîté et de la légèreté de la jeunesse (Le Barbier de Séville) aux désillusions et à l’acceptation plus grave des sentiments propres à la vieillesse (La Mère coupable) en passant par les contradictions de l’âge adulte (Le mariage de Figaro). Ils ont aussi choisi d’insister sur ce qui fait le génie de Beaumarchais et sa modernité, pas seulement l’exaltation de la jeunesse, de l’amour et du désir, mais aussi sa dénonciation des inégalités, du sort fait aux femmes, sa défense de la liberté et son admiration pour la façon dont ces femmes et ces serviteurs se tirent, avec finesse et esprit, des situations périlleuses où veulent les enfermer leurs maîtres.

Parfois on se plaît à regretter un peu de n’avoir pas tout le texte, de n’avoir pas la totalité des critiques que fait Beaumarchais de son temps, pas si éloigné du nôtre, et de ne pas jouir pleinement de la langue et des traits d’esprit qui se répondent en tirs croisés. Mais, en contrepartie, on a un éclairage différent. On voit évoluer de la jeunesse à la vieillesse Almaviva, la Comtesse, Suzanne et Figaro. Habilement la pièce s’ouvre sur un extrait de La Mère coupable, ce qui nous permet de partir en un long flash-back vers Le Barbier de Séville et Le mariage de Figaro, avant de revenir en point d’orgue sur La Mère coupable. Ce dernier texte est beaucoup moins représenté que les deux premiers volets de la trilogie. Pourtant Beaumarchais écrit à son sujet « mes deux comédies espagnoles ne furent faites que pour le préparer ». Cette présentation donne à l’ensemble une tonalité différente, on glisse de la comédie vers une vision plus crépusculaire. On s’intéresse à d’autres thèmes présents dans la trilogie. Sophie Le Carpentier écrit d’ailleurs à ce propos : « Nous avons tenté de montrer comment, en près de 25 ans (un quart de siècle !), le désir, les sentiments, la fidélité à ses engagements (qu’ils soient politiques ou amoureux), la vigilance, la résistance, la gaîté ( au sens fort que lui donne le XVIIIe siècle) sont tour à tour bousculés, abîmés, parfois étouffés par le vieillissement ».

La mise en scène fait aussi la part belle à la musique. Des chansons de Beaumarchais ont été mises en musique par Bertrand Belin et sont interprétées par Figaro (Frédéric Cherboeuf ) accompagnant ses prises de parole et ses émotions. Le décor léger permet de maintenir un rythme rapide et de préserver les élans des personnages au gré de leurs désirs, des petites trahisons, des secrets plus ou moins bien gardés, des intrigues, des amours et des désamours. Les costumes noirs et austères de La Mère coupable tranchent avec la couleur et les décolletés des deux comédies. Les acteurs s’adaptent avec talent à la richesse des variations de style, au rythme rapide et percutant de la langue de Beaumarchais.

Ce spectacle nous permet de retrouver le mouvement, l’insolence, l’esprit, la recherche d’un monde meilleur, toutes ces qualités qui font de Beaumarchais un auteur admirable.

Micheline Rousselet

Mardi et jeudi à 19h30, mercredi, vendredi et samedi à 20h30, dimanche à 16h.

Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)
  • « L’éveil du printemps »
    La pièce de Franck Wedekind fit scandale a son époque (1890) et fut interdite de longues années pour pornographie. Elle offrait un regard osé sur la jeunesse, défendait le désir adolescent et pointait... Lire la suite (16 mars)
  • « Médéa mountains »
    Alima Hamel, la jeune poétesse, musicienne et chanteuse d’origine algérienne évoque ici son histoire personnelle. Elle se souvient du bonheur des vacances familiales quand elle quittait Nantes avec... Lire la suite (12 mars)
  • « Le pays lointain (Un arrangement) »
    C’est l’ultime pièce de Jean-Luc Lagarce mort à 38 ans, en 1995, quelques jours après l’avoir terminée. On y retrouve le thème du retour de l’enfant prodigue parmi les siens. Louis revient, au pays... Lire la suite (11 mars)